Site internet François de Laval 2008 Éléments d'histoire - Fêtes de François de Laval
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Hommage à François de Laval  (1623-1708)
par Gilles Bureau

 

Préliminaire 

Merci à M. René Cloutier, ancien collègue du Petit Séminaire de Québec, pour les propos élogieux de sa présentation. Le programme de ce congrès indique mon principal titre soit celui d’enseignant en histoire durant trente ans au secondaire et au collégial du Petit Séminaire de Québec.

 

Souvent des journalistes sérieux, même à Radio Canada, répètent que l’enseignement de l’histoire n’est pas obligatoire et que les étudiants n’ont pas l’occasion d’apprendre à connaître leur passé. Il faut se rappeler, que vers 1970, les Sociétés de professeurs d’histoire ont mené une longue lutte pour que le gouvernement d’alors rétablisse l’obligation de l’enseignement de l’histoire au secondaire. Depuis 1974, c’est chose faite. Tous les élèves de l’enseignement général doivent réussir l’examen du cours d’histoire nationale de 4e secondaire.

 

Les gens voudraient que les programmes d’histoire obligatoires comprennent des périodes plus nombreuses d’histoire religieuse, sociale, économique, politique et locale. Ils souhaitent qu’à un aussi jeune âge les élèves possèdent des connaissances acquises grâce à l’expérience de la vie. L’histoire est un goût qui augmente avec le temps. Certains de nos élèves manifestent un intérêt précoce pour cette matière ; il faut laisser aux autres le temps de vieillir. Le nombre d’heures pour l’enseignement d’un programme scolaire a des limites. En histoire, est-il nécessaire de le dire, chaque année qui passe ajoute de la nouvelle matière.

 

J’ai enseigné au Petit Séminaire, école que j’avais fréquentée pendant trois années de mon cours classique. Quel cadre magnifique au cœur du vieux Québec, à proximité du Saint-Laurent, dans les lieux fondés et habités par François de Laval dont je vais vous entretenir.

 

Chaque jour de travail me ramenait aux sources de notre histoire. Vous pouvez imaginer la chance que j’ai eue. Comme le dit notre poète Gilles Vigneault : « C’est en remontant la rivière qu’on connaît le sens de l’eau. »

Gilles Bureau, historien.

Professeur retraité du Petit Séminaire de Québec.


Introduction
 

Le Séminaire de Québec souligne depuis longtemps les moments importants de la vie de François de Laval et profite de toutes les occasions pour le célébrer : l’ordination épiscopale à Saint-Germain-des-Prés le 8 décembre 1658 ; la fondation du Petit Séminaire le 6 octobre 1668 ; son retour en Nouvelle-France en 1688 et son décès le 6 mai 1708. Cette année 2008, la communauté des prêtres du Séminaire propose une année jubilaire en hommage à leur fondateur et premier évêque de la Nouvelle-France. Le deuxième centenaire de sa mort a été marqué par l’inauguration de l’imposant monument de Louis-Philippe Hébert sur de la côte de la Montagne. Les fêtes de 2008, elles, se dérouleront autour de son Séminaire, en souvenir du travail apostolique accompli durant les cinquante années consacrées à mettre sur pied l’Église de la Nouvelle-France.

 

Son nom

 

En 1980, l’abbé Honorius Provost, historien, archiviste et vice-postulateur de la cause du premier évêque de Québec, a rédigé un texte intitulé François de Laval est son nom. La Société canadienne des postes a émis un timbre en 1973 pour souligner le 350e de sa naissance.  François-Xavier de Montmorency Laval de Montigny y est inscrit. Pourquoi cette exagération ? Parfois, à son époque, des parents appelaient du même prénom deux de leurs enfants, la mortalité infantile ne permettant pas de prévoir combien atteindraient l’âge adulte. Le prénom François-Xavier pourrait s’expliquer par la coïncidence de la naissance de François et de la promulgation de la canonisation du grand missionnaire jésuite. Le nom de Laval lui, était porté par sa famille depuis le 13e siècle, ce qui, en 1708, était déjà une ancienneté impressionnante.

 

Les premières mentions des liens entre les noms de Laval et de Montmorency remontent aux oraisons funèbres prononcées trente jours après le décès du premier évêque de Québec. M. Joseph de la Colombière, archidiacre du chapitre de Québec, et M. François Vachon de Belmont, supérieur des Sulpiciens de Montréal, ont voulu ajouter à la gloire du défunt. François de Laval, homme pauvre et modeste, n’a jamais de son vivant fait pareille référence. Comme évêque, il signait : François évêque de Pétrée ou de Québec. Les quelques années où il a exercé les fonctions de seigneur du patrimoine familial, il signait : François de Laval de Montigny. L’inscription sur sa tombe déposée sous le chœur de la basilique révèle son véritable nom : François de Laval.

 

Sa situation financière

 

Selon une opinion assez répandue, le premier évêque de Québec aurait possédé de grands biens. Son père, Hughes de Laval, seigneur de Montigny-sur-Avres, Montbaudry, Alaincourt et Revercourt, en Normandie entre Chartres et Évreux avait des revenus qui lui permettaient de remplir ses obligations seigneuriales, sans plus. Pour payer la pension de François au collège de La Flèche, il a bénéficié de l’aide de Mgr François de Péricard, évêque d’Évreux et frère de son épouse. Après le décès de deux de ses frères à la guerre, François, devenu seigneur de Montigny, cède ses droits à son frère Jean-Louis qui construira l’actuel château de Montigny, ce qui lui occasionne de graves difficultés financières et l’oblige à envoyer étudier deux de ses fils prénommés François au Petit Séminaire de Québec. Le Séminaire des Missions étrangères de Paris, auquel Mgr de Laval est très lié, lui accorde tout le soutien possible. Il loge les procureurs de Québec à Paris, mais déjà très sollicité par les missions d’Asie, il ne peut payer les travaux entrepris au Séminaire de Québec. Reconnaissant les besoins financiers de l’évêque missionnaire, le roi Louis XIV lui accorde une subvention annuelle et le fait abbé commendataire de deux abbayes de France. En 1674, lorsqu’il devient officiellement évêque de Québec, Mgr de Laval demande à la Propagande à Rome d’être exempté du paiement du coût des bulles (3000 livres). Les autorités romaines refusent pareil précédent même pour un évêque d’une mission éloignée.

 

Le choix d’un vicaire apostolique pour Québec

La formation de François de Laval le préparait à devenir évêque : études dans les grands collèges des Jésuites, dix ans à La Flèche, cinq ans à Clermont et une année à Paris en droit canon en vue de devenir archidiacre du diocèse d’Évreux. Lorsque le père de Rhodes, célèbre missionnaire français, propose la nomination d’évêques pour les missions d’Orient, François de Laval est pressenti pour le Tonkin, le nord du Vietnam de l’époque. Il se retire à Caen auprès de M. de Bernières afin de se préparer par la prière, la méditation et les bonnes œuvres à ce nouveau rôle. Les retards de sa nomination pour l’Orient amènent ses maîtres jésuites à proposer leur ancien élève pour la Nouvelle-France. L’archevêque de Rouen, partisan de l’église gallicane, s’y oppose affirmant ses droits sur l’Église de la colonie française. Dans la nuit du 8 décembre 1658, clandestinement, le nonce Picolomini, secondé de l’évêque de Rodez et celui de Toul, préside l’ordination de François de Laval dans une chapelle de l’église de Saint-Germain-des-Prés à Paris. En 1923, lors des célébrations du troisième centenaire de la naissance de François, un bas-relief du sculpteur Henri Charlier rappelant l’ordination de l’évêque a été installé dans une chapelle de cette église.

 

Lorsque Mgr de Laval arrive à Québec le 16 juin 1659, la localité fondée cinquante ans plus tôt ne compte que cinq cents personnes. Tout au plus deux mille Européens vivent en Nouvelle-France, certains en Acadie, la majorité dans la vallée du Saint-Laurent, de Tadoussac à Montréal. L’administration coloniale comprend un gouverneur, quelques fonctionnaires et des militaires. Il n’y a pas encore d’intendant. Le personnel religieux se compose de pères jésuites à Québec, à Trois-Rivières et dans quelques missions, de prêtres sulpiciens à Montréal, des Ursulines et des Hospitalières à Québec. Marguerite Bourgeois a réuni quelques compagnes pour l’enseignement et Jeanne Mance se dévoue à l’Hôtel-Dieu qu’elle a fondé. Le travail missionnaire auprès des Amérindiens est ralenti par les guerres entre nations et les maladies qui frappent les populations évangélisées.

 

Un évêque jeune et audacieux
 

Les historiens écrivent à partir de textes qu’ils interprètent selon l’avancement de la recherche et les préoccupations de leur époque. Les écrits de Marie de l’Incarnation, les Relations des Jésuites, les lettres échangées avec Rome, la correspondance des gouverneurs, des intendants et les réponses des autorités métropolitaines fournissent des renseignements sur les premières années de l’évêque de trente-six ans qui s’amène en Nouvelle-France. Un personnage important qui arrive dans une petite société suscite des commentaires de la part de ses contemporains. Ces impressions des premiers témoins nous privent d’une meilleure connaissance d’un évêque audacieux, tenace et généreux décrit par ceux qui l’ont connu plus tard.

 

Si les textes des religieux sont généralement favorables à l’évêque, il en va tout autrement de ceux des autorités civiles. Entre autres, l’épineuse question de la vente de l’eau-de-vie aux Amérindiens en paiement des fourrures assombrit l’épiscopat de François de Laval et fournit l’occasion de longs développements. Des historiens de la Nouvelle-France ont décrit les rapports de l’évêque de Québec avec les gouverneurs et les intendants. Reprenons quelques têtes de chapitres de l’Histoire de la Nouvelle-France de Marcel Trudel : Les conflits entre l’Église et l’État, Les adversaires et le médiateur, La traite de l’eau-de-vie aux sauvages, Conflit des institutions, L’intervention décisive du vicaire apostolique, La grande mutation de 1663. Le professeur Trudel fait le récit d’une sorte de psychodrame qui conviendrait mieux à une société plus nombreuse et mieux organisée que celle de la Nouvelle-France de l’époque.

 

L’évêque, qui désire une véritable prohibition de la vente de la boisson aux Amérindiens, n’obtient pas de succès prolongé, le commerce des fourrures étant à la base de l’économie de la colonie durant toute la période française. Pour défendre sa cause, il fait deux séjours en France et utilise tout son prestige et ses influences dans la Métropole. À certains moments, le roi lui accorde son appui. Il nomme M. de Mézy comme gouverneur et l’autorise à désigner des membres du Conseil souverain. Les commerçants finiront par l’emporter, ce qui n’enlève rien à la justesse de sa cause.

 

Les querelles de préséance 

Lorsque François de Laval arrive à Québec, l’église paroissiale est un des rares lieux où peut se rassembler la population. Normalement le gouverneur, représentant du roi, est le personnage le plus important de la colonie ; il occupe donc une place d’honneur dans l’église. Qu’en est-il de sa suite et des militaires qui l’accompagnent ? Les règles du protocole sont habituellement complexes même aujourd’hui. Elles le sont encore plus dans une société hiérarchisée comme celle de l’époque où le roi de France est préoccupé d’affirmer la prépondérance de l’État sur l’Église. Avant la formation officielle du diocèse de Québec, en 1674, François de Laval, qui n’est que vicaire apostolique, désire mettre un peu d’ordre dans le déroulement des célébrations et des rassemblements à l’église. En modifiant certaines habitudes que les pères jésuites toléraient avant son arrivée, il suscite des commentaires dans les missives envoyées en France. Lorsqu’il aura officiellement le titre d’évêque de Québec, ce genre de querelle se fera plus rare.

L’organisation de l’Église de Nouvelle-France

Dans la France du 17e siècle, la nomination d’un évêque relève de l’autorité conjointe du pape et du roi. Lors du séjour de François de Laval en France, en 1661-1662, Louis XIV l’accueille chaleureusement et lui confirme qu’il sera toujours son choix comme titulaire du futur diocèse de Québec lorsque Paris et Rome en viendront à une entente. Le règlement intervient en 1674 après le second voyage de l’évêque en France. Le roi maintient son aide financière au nouveau diocèse et, en plus des revenus de l’abbaye de Méobec dans le diocèse de Bourges, il ajoute ceux de l’abbaye de l’Estrées dans le diocèse d’Évreux. L’Église de Québec ne pouvait se priver de ces cadeaux du roi même si les revenus de ces abbayes n’ont jamais été très élevés.

 

François de Laval se révèle un administrateur prévoyant. Il fait l’achat d’un imposant domaine seigneurial, l’utilisant judicieusement pour procurer des revenus au diocèse et au Séminaire de Québec. Des seigneuries ne rapportant que si elles sont exploitées, avec les années et l’augmentation du nombre de censitaires les revenus seront supérieurs aux dépenses. En 1675, François Berthelot, désireux de devenir seigneur, offre d’échanger l’île d’Orléans contre l’île Jésus qu’il possède dans la région de Montréal. Cet échange rapporte une somme d’argent qui permet à Mgr de Laval de commencer la construction du Petit Séminaire la même année. En 1678, il entreprend la construction du Grand Séminaire (aile de la Procure) et, en 1694, celle d’une grande chapelle qui relie les deux séminaires. Une gestion avisée de l’héritage de son fondateur amènera le Séminaire de Québec à jouer un rôle majeur dans l’histoire de l’éducation au Québec.

 

Le Séminaire de Québec, l’œuvre des œuvres

 Un des fondateurs du Séminaire des Missions étrangères de Paris, François de Laval en adopte les grands principes à Québec en réunissant des prêtres dévoués dans une communauté. Il se préoccupe d’une relève sacerdotale locale en fondant un grand séminaire en 1663 et, cinq ans plus tard, un petit séminaire regroupant des jeunes du collège des Jésuites dont il paie déjà la pension. Ils seront à l’origine de l’Église canadienne. En 1680, au presbytère de Saint-Josse de Paris où demeure son ami l’abbé Armand Poitevin, premier procureur du Séminaire en France, il lègue tous ses biens au Séminaire de Québec. Il fournit ainsi un havre aux prêtres âgés ou malades qui oeuvrent sur un immense territoire où le petit nombre de fidèles ne peut suffire à leur entretien. La mise en commun des personnes et des biens était certainement la meilleure façon d’assurer l’implantation d’une nouvelle Église.
 Le rôle de l’évêque

Selon les volontés du concile de Trente, François de Laval réside dans son diocèse qu’il ne quittera que pour régler des questions vitales. Lors des dix-huit années qu’il passe en Nouvelle-France comme évêque responsable, il fait six visites pastorales dont deux de Tadoussac jusqu’à Montréal. Il parcourt son diocèse à pied, en canot l’été, en raquette l’hiver. Il confirme des centaines de jeunes et d’adultes qui ne l’avaient pas été faute d’évêque. Il ordonne des religieux prêtres et les premiers prêtres séculiers canadiens. Il fonde des confréries dont celle de la Sainte-Famille. Les congrégations religieuses présentes en Nouvelle-Fance font l’objet d’un intérêt soutenu du premier pasteur du diocèse. Marguerite Bourgeois reçoit son approbation pour un regroupement d’enseignantes non rattachées à un cloître, ce mode de vie étant mieux adapté aux conditions du pays. Il s’intéresse à la formation des jeunes dans une école d’arts et métiers à Saint-Joachim. Ses conseils aux missionnaires ont été conservés et sont encore très pertinents. Pour répondre aux exigences du roi, il fonde quatorze paroisses estimant que c’est le maximum que peut supporter une petite population. « En 1674, il y a trente-sept lieux de culte privés ou publics et soixante prêtres pour une population d’environ 8000 habitants. » (Marcel Trudel, Histoire de la Nouvelle-France, IV, La seigneurie de la Compagnie des Indes occidentales, Fides, 1997, p. 788.) 

Dès son arrivée en Nouvelle-France, Mgr de Laval s’intéresse aux Amérindiens. Il fait les premiers pas et les impressionne tellement que les Hurons le surnomment Hariouagui  « homme de la grande affaire ». Une rencontre avec les Amérindiens, organisée dans la région de Montréal par les missionnaires à Laprairie-de-la Madeleine en 1676, est particulièrement célèbre. Elle démontre son attachement envers les Amérindiens et l’affection qu’ils lui portent. Il envoie des prêtres du Séminaire chez les Micmacs d’Acadie et les Tamarois de la  Louisiane.

 Retour à Québec en 1688 
 

Souvent malade, François de Laval estime que, après vingt-cinq ans comme responsable de l’Église de Québec, il doit laisser la place à un plus jeune. Il retourne en France pour une quatrième fois afin de remettre sa démission qui sera acceptée quatre ans plus tard. Mgr de Saint-Vallier lui succède en 1688. Après quelques réticences de la part des autorités françaises, le roi l’autorise à revenir en Nouvelle-France. Son désir exaucé et ayant restauré sa santé, Mgr l’Ancien voyage à cheval sur presque cinq cents km de Paris à La Rochelle. Lui qui se croyait à la fin de sa vie lorsqu’il décide de remettre sa démission vivra jusqu’à l’âge de quatre-vingt-cinq ans.

 

Durant vingt-trois ans, la Nouvelle-France aura deux évêques. Ce ne fut pas de tout repos pour Mgr de Laval. Le nouvel évêque respecte la volonté du roi au sujet de la formation des paroisses. Par ailleurs, il s’en prend au rôle prépondérant du Séminaire de Québec et supporte difficilement l’autorité des prêtres très respectés qui le dirigent. Retiré au Séminaire ou à Saint-Joachim, François de Laval mène une vie de prières et s’intéresse toujours au Séminaire de Québec et à la gestion de son patrimoine. De 1691 à 1713, Mgr de Saint-Vallier passe dix-sept ans en France et en Grande-Bretagne où il est retenu prisonnier, capturé en mer lors de la guerre de la Succession d’Espagne. Durant ses absences, François de Laval remplit diverses fonctions à sa place.

 

Avant son départ en 1684, Mgr de Laval laisse une somme d’argent pour que le Séminaire de Québec construise une grande chapelle entre les deux séminaires. Il désire être inhumé sous cette chapelle. Malheureusement, les édifices du Séminaire subissent de graves incendies en 1701 et en 1705. À son décès, son cercueil sera déposé sous le chœur de la basilique. Durant les dernières années de sa vie, le vieil évêque loge au Séminaire où il encourage les directeurs à poursuivre leur œuvre d’éducation et à reconstruire les édifices incendiés. Les travaux de restauration ne sont toujours pas complétés à sa mort.

 

Témoin privilégié, le frère Hubert Houssard accompagne Mgr l’Ancien durant toute la période qui suit son retour en Nouvelle-France. Après son décès, il envoie une longue lettre à l’abbé Henri-Jean Tremblay, procureur du Séminaire de Québec à Paris, témoignage émouvant où il dit son admiration envers celui qu’il a servi tant d’années. Il y trace le portrait d’un homme généreux qui vit pauvrement dans la mortification et l’oraison. Il décrit les derniers jours de son maître qui mourra, le 6 mai 1708, des suites d’une engelure au talon occasionnée par le grand froid lors de la célébration du Vendredi saint. L’émotion qui suit son décès est palpable dans une population qui lui exprime son affection. À la demande des religieuses cloîtrées, on déplace la dépouille de l’évêque jusqu’à leurs monastères.

 

Lors de la restauration de la basilique, en 1878, la redécouverte de la tombe de Mgr de Laval permet d’inhumer son fondateur sous la chapelle du Séminaire, selon ses volontés. Par la suite, le Séminaire de Québec fait construire deux chapelles funéraires : dans la chapelle extérieure en 1949 et dans la basilique cathédrale de Québec après la béatification de François de Laval par le pape Jean-Paul II en juin 1980. Inauguré en 1993, ce dernier site permet aux fidèles de rendre un culte public au nouveau bienheureux.

 

Les historiens et les archivistes du Séminaire de Québec

 

L’abbé Honorius Provost publie en 1964, Le Séminaire de Québec, documents et biographies qu’il introduit ainsi : « Nos fondateurs étaient venus de France animés d’une sorte de culte pour les documents d’archives et, ce culte, ils ont su l’inculquer à leurs héritiers et leurs successeurs. » Lui-même y a consacré l’essentiel d’une longue carrière à la suite de prédécesseurs célèbres : l’abbé Charles Glandelet, Mgr Thomas-Étienne Hamel, Mgr Amédée Gosselin et l’abbé Arthur Maheux entre autres. Les archivistes du Séminaire ont bénéficié de protections particulières car, malgré des guerres, des incendies et de nombreux déménagements, l’essentiel des documents importants du Séminaire a été conservé. Comme il arrive souvent, les historiens aimeraient découvrir dans les archives ce qui ne s’y trouve pas et, dans le cas de Mgr de Laval, des réflexions spirituelles, des sermons et autres documents qui seraient tellement appréciés aujourd’hui.

 

Grâce à ces archivistes, les biographes ne manquent pas de matériel. M. Bertrand de La Tour, son premier biographe, recueille le fruit du travail de l’abbé Charles Glandelet, contemporain de François de Laval. L’abbé Auguste Gosselin, ancien du Séminaire, rédige fin 19e siècle une biographie en deux volumes dans l’espoir de hâter la canonisation du premier évêque de Québec. L’abbé Émile Bégin, il y a tout juste cinquante ans, au moment du troisième centenaire de l’ordination épiscopale de François de Laval, met ses remarquables talents d’écrivain au service d’une biographie plus accessible.

 

Au milieu du 19e siècle, paraît l’Abeille, journal du Petit Séminaire. Les anniversaires de François de Laval et de son Séminaire y sont mentionnés. L’abbé Charles-Honoré Laverdière, historien érudit du Séminaire, y publie le fruit de ses recherches. Lors du transfert des restes de l’évêque de la basilique dans la crypte de la chapelle extérieure du Séminaire en 1878, l’abbé Thomas-Étienne Hamel, instigateur de cet événement mémorable, le décrit en détail. Les abbés Amédée Gosselin et Georges-Édouard Demers recueillent, classent et publient l’essentiel des documents nécessaires en vue de la béatification du premier évêque de la Nouvelle-France. L’abbé Noël Baillargeon (1914-2008) publie, entre 1974 et 1994, quatre volumes d’une monumentale histoire du Séminaire de Québec, des origines à 1850. Récemment, l’actuel supérieur du Séminaire, Mgr Hermann Giguère, a publié le fruit de ses recherches sur la spiritualité de François de Laval.

 

Les fêtes de l’année 2008 ajouteront à tous ces hommages et contribueront à mieux faire connaître un homme à l’origine de notre Église et de notre culture.


François de Laval en France (1623-1659)

Gilles Bureau, historienÀ l’époque du cours classique, la littérature et l’histoire de la France du XVIIe siècle, celui de Louis XIV (1638-1715), occupait une place de choix dans le curriculum d’études. Sans trop d’efforts, on pourrait énumérer des lieux importants, des personnages, des écrivains et des artistes célèbres. François de Laval (1623-1708) a traversé ce siècle. Il a consacré cinquante ans de sa longue vie à l’organisation de l’Église de Nouvelle-France. Il a vécu trente-huit ans à Québec et quarante-sept dans son pays. Visitons quelques coins de France que notre premier évêque a connus avant de partir pour Québec en 1659.

Montigny-sur-Avre
François de Laval naît le 30 avril 1623 à Montigny-sur-Avre. Ce petit village du Thimerais entre le Perche, la Beauce et la Normandie n’apparaît que sur des cartes détaillées. Depuis quelques générations, la famille de Laval y possédait une petite seigneurie dont les revenus ne se comparaient en rien aux fortunes des ducs ou autres grands seigneurs de l’aristocratie française. Les historiens se sont interrogés sur le lieu et la date de la naissance de François de Laval. Pour sa naissance c’est maintenant certain; quant au lieu, on balance encore entre Montuel et Montigny. En France, certains estiment qu’il s’agit de « querelles de clocher ». Le château actuel de Montigny a été construit par Louis, jeune frère de François, qui lui avait cédé ses titres. Celui de Montuel, plus ancien, est situé à deux kilomètres de Montigny. Par contre, la petite chapelle de la seigneurie construite à Montigny en 1618 par leur père Hughes de Laval a servi de lieu du baptême de tous les enfants de la famille.

Ces questions auraient facilement été réglées s’il ne manquait pas des pages dans le registre de Montigny pour les années 1601 à 1627. Ou le registre n’a pas été complété ou des pages ont été supprimées durant la Révolution française. François de Laval a eu l’occasion de signer les registres de Montigny comme parrain aux baptêmes, seigneur en titre, prêtre et évêque. Il aurait pu signer François-Xavier de Montmorency-Laval de Montigny, comme on l’a supposé après sa mort. Pourtant, il signait toujours François de Laval, son véritable nom, ou son prénom suivi de son titre d’évêque de Pétrée ou de Québec.

De son enfance de 1623 à 1631 à Montigny-sur-Avre, on a peu d’informations, ce qui n’est pas exceptionnel pour des enfants de cette époque. Troisième enfant d’une famille qui en compte huit, dont six garçons, il fera ses études à La Flèche. Ce collège étant trop éloigné de chez-lui il n’y reviendra que de 1641 à 1654, aux étés de ses études à Paris et après la mort de ses frères lorsqu’il deviendra seigneur de Montigny. Jusqu’à son départ pour le Canada, en 1659, il y séjournera de façon sporadique. Divers documents prouvent qu’il visitait sa famille lors de ses séjours en France.

Chartres
Montigny-sur-Avre, rattaché au diocèse de Chartres, en est éloigné de cinquante kilomètres. Il n’y a pas de preuve que François de Laval se soit rendu dans cette ville, mais l’importance de la cathédrale de Notre-Dame et la piété mariale de notre premier évêque incitent à le croire. C’est du moins la conviction de l’abbé Auguste-Honoré Gosselin qui a publié, en 1910, Au pays de Mgr de Laval, récit d’un voyage fait en 1891. Il mentionne les noms des évêques du diocèse au temps de François de Laval : Léonor d’Estampes de Valençay (1620-1641) et Jacques Lescot (1643-1656). « C’est avec la permission du premier qu’il fut tonsuré (1631) au collège de La Flèche, et avec celle de Jacques Lescot qu’il reçu les ordres sacrés à Paris. » P. 31.

Les études au collège de La Flèche (1631-1641)
François de Laval poursuit l’essentiel de ses études dans deux collèges très renommés des pères jésuites : La Flèche dans le Maine et Clermont à Paris. Il entre à La Flèche à huit ans et demi et y demeure dix ans sans retourner à Montigny qui se trouvait à cent vingt-cinq km. Le roi Henri IV, fondateur de ce collège, l’avait confié aux Jésuites en 1603. Après dix ans à ce collège, François termine ses études de philosophie. La Flèche est une petite ville dont le principal attrait est l’ancien collège devenu Prytanée militaire fréquenté par les fils des officiers français. Au temps de François de Laval, le collège comprenait déjà des cours entourées de bâtiments, comme au Séminaire de Québec; la grande chapelle n’était pas complétée. Ce collège pouvait accueillir jusqu’à 1 400 élèves dont 300 pensionnaires. Les études étaient gratuites, mais on devait payer la pension. Pour venir en aide à la mère de François, Mgr François de Péricard, évêque d’Évreux, nomme son neveu chanoine de sa cathédrale, charge qui comprenait un bénéfice sans obligation de participer au chapitre.

Paris
Les séjours à Paris de François de Laval seront nombreux autant pour ses études que pour ses visites au roi et au Séminaire des Missions étrangères, véritable providence de l’Église de Nouvelle-France. Entre 1641 et 1645, il poursuit ses études théologiques au collège de Clermont, aujourd’hui lycée Louis-le-Grand. Son père étant décédé lorsqu’il étudiait à La Flèche, après la mort à la guerre de ses deux frères aînés, il devient chef de famille. Sa mère et son oncle, Mgr de Péricard, s’attendent à ce qu’il prenne charge de la seigneurie : ce qu’il fait en 1645 et 1646. Montigny est situé à cent douze km de Paris. Il y poursuivit sa théologie et y est ordonné prêtre le premier mai 1647. Les documents entourant cet événement demeurent introuvables. Pour exercer les tâches d’archidiacre d’Évreux, il obtient son diplôme en droit canonique à l’université de Paris, en 1649

Évreux
Depuis son enfance, François de Laval est rattaché au diocèse d’Évreux situé à cinquante-cinq km de Montigny. Il profite de la générosité de son oncle, évêque d’Évreux, et bénéficie de titres qui lui permettent de poursuivre ses études. Le successeur de Mgr de Péricard, Jacques Du Perron le désigne au poste d’archidiacre, fonction qu’il exerce de décembre 1648 à décembre 1653. C’est une tâche exigeante compte tenu de l’importance du diocèse à l’époque : cent cinquante-cinq paroisses et quatre dessertes. Ceux qui témoignent lors de la proposition de sa candidature à l’épiscopat affirment qu’il a exercé ces tâches avec zèle, diligence, intégrité et prudence.

C’est précisément dans les années où François de Laval est archidiacre que la Normandie est touchée par la Fronde, guerre civile française opposant la noblesse à la monarchie au moment de la minorité de Louis XIV et du gouvernement de Mazarin. La ville d’Évreux est assiégée et victime de la misère et des malheurs d’une guerre où les soldats se paient à même la population. À cette époque, saint Vincent de Paul multiplie ses œuvres charitables. Il distribue vivres et vêtements et fonde les Filles de la Charité qui poursuivent son action jusqu’à ce jour.

Caen (1654-1658)
Lorsque le père jésuite Alexandre de Rhodes fait des démarches pour doter des régions de l’Orient d’évêques français, François de Laval est proposé pour le Tonkin. Pour s’y préparer adéquatement, il abandonne sa charge d’archidiacre en faveur d’un de ses amis Henri-Marie Boudon à l’été 1654. Il renonce à ses titres de seigneur de Montigny en faveur de son frère Jean-Louis et il se rend à Caen, ville du diocèse de Bayeux située à cent trente-neuf  km de Montigny. Jean de Bernières de Louvigny, un laïc, y dirigeait un ermitage où vivaient des personnes désireuses de prier et d’approfondir leur foi. Durant ces quelques années, ses connaissances en droit permettent au futur évêque de Québec de rendre des services à deux communautés religieuses de Bayeux. Les démarches qui devaient conduire François de Laval au Tonkin n’aboutissent pas, mais d’autres progressent pour le faire nommer vicaire apostolique de la Nouvelle-France.

Paris (1658)
L’opposition de l’archevêque de Rouen, qui revendiquait des droits sur l’Église de la vallée du Saint-Laurent, retarde la consécration épiscopale de François de Laval qui détient ses bulles depuis juin 1658. Il devait être ordonné le 4 octobre 1658 par son ami Mgr François Servien, évêque de Bayeux, mais celui-ci doit s’abstenir devant l’opposition du clergé de France. Les autorités romaines, rarement à court d’idées, demandent à Mgr Celio Piccolomini, nonce apostolique à Paris, de procéder à l’ordination épiscopale de François de Laval. Ce qui fut fait la nuit du 8 décembre 1658 dans l’église abbatiale de Saint-Germain-des Prés qui, elle n’était pas sous l’autorité de l’évêque diocésain. Mgr Piccolomini est accompagné de deux évêques consécrateurs : Harduin de Péréfixe, évêque de Rodez, et André du Saussay, évêque de Toul. François de Laval devient ainsi, dans la clandestinité, évêque in partibus de Pétrée, diocèse d’Arabie sans titulaire depuis longtemps en raison des progrès de la religion musulmane.

La Rochelle
Mgr de Laval a trente-cinq ans lorsqu’il s’embarque à La Rochelle pour la Nouvelle-France. Depuis l’Édit de Nantes de 1598 du roi Henri IV, cette ville protestante profitait d’avantages que le cardinal de Richelieu désirait limiter. En 1628, après un siège de quinze mois, il obtient gain de cause. La Rochelle se situe à quatre cent soixante-dix km de Paris et la route empruntée par François de Laval pour s’y rendre passait par Orléans, Tour et Saumur.

La France au temps de François de Laval, 1662-1688.

Mgr de Laval a été évêque en Nouvelle-France durant 30 ans. Lors de son arrivée à Québec, en 1659, ses contemporains s’étonnent de sa volonté de résider dans la colonie. Les affaires de son diocèse l’ont obligé à passer en France, en particulier pour obtenir les bulles de Rome rendant officiel son titre d’évêque de Québec et pour tenter de régler la difficile question de la vente d’alcool aux Amérindiens. Il souhaitait une véritable prohibition ; c’était une lutte inégale entre les pouvoirs religieux et économique dans une colonie qui comptait sur le commerce des fourrures pour subsister.

Les traversées de l’Atlantique
Le premier évêque de Québec a traversé neuf fois l’Atlantique nord. En comparaison, Champlain en a fait vingt-deux entre 1603 et 1635. François de Laval écrivait : « La traversée de la mer n’a rien de très dangereux : elle est d’environ huit cents lieux, et se fait en deux ou trois mois, quand on vient de France au Canada ; elle est plus courte quand on retourne en France, et se fait alors très souvent en trente jours. » (Relation de 1660 au pape Alexandre VII). Il avait eu la chance d’effectuer un bon voyage en 1659, contrairement à celui de 1663, au retour en Nouvelle-France, qui a duré quatre mois. Les voyageurs ont été malades ; soixante passagers sont décédés et on a manqué de nourriture. Même des capitaines expérimentés craignaient le voyage de la France vers le Canada en raison des vents contraires, des tempêtes et des icebergs.

La paroisse de Saint-Josse à Paris
En France, François de Laval résidait dans sa famille, mais à Paris, il demeurait chez ses amis. Près de l’église parisienne de Saint-Merry, existait au XVIIe siècle la paroisse de Saint-Josse, rue Aubry-le-Boucher. Elle ne comprenait que vingt-neuf maisons, ce qui laissait du temps au curé pour s’occuper des missions. Elle avait eu comme pasteurs Mgr Louis Abelly, biographe de saint Vincent de Paul, Pierre Picques et surtout, de 1664 à 1682, Armand Poitevin, le premier procureur du Séminaire de Québec en France, tous des amis de François de Laval du temps de ses études à Paris et de sa participation à l’Association des Bons Amis. L’évêque de Québec a logé à plusieurs reprises au presbytère de la paroisse de Saint-Josse, où en 1680, il fait don de tous ses biens en faveur du Séminaire de Québec.

Le Séminaire des Missions étrangères de Paris
Le Séminaire des Missions étrangères de Paris existe toujours au 22, rue de Babylone et au 128, rue du Bac. Ces rues tiennent leurs noms d’une traverse sur la Seine et de Mgr Jean Duval. Le premier édifice appartenait au carme Jean Duval (1597-1669), en religion Bernard de Sainte-Thérèse. Nommé évêque de Babylone en 1638, il revient en France en 1642 et achète un immeuble pour la formation des prêtres de son diocèse. Il n’aura pas de succès dans cette entreprise. Très pauvre, il décide de vendre son édifice à des membres de la compagnie du Saint-Sacrement qui le remettent à Michel Gazil et Armand Poitevin, ecclésiastiques de la société des Missions étrangères. Par lettre patente de juillet 1663, le roi Louis XIV établit le Séminaire des Missions étrangères de Paris.

Ce séminaire fournit des évêques et des prêtres aux missions françaises d’Amérique et d’Asie. En 1665, Mgr de Laval unit le Séminaire des Missions étrangères de Québec au Séminaire des Missions étrangères de Paris. Jusqu’à la Conquête du Canada par les Anglais, en 1759, les liens qui unissaient les deux séminaires ont été très étroits. Les procureurs du SME de Québec à Paris, les abbés Jean Dudouyt et Henri-Jean Tremblay, y vivaient. Le Séminaire de Paris a joué un rôle essentiel dans le développement de l’Église du Canada. François de Laval et les prêtres du Séminaire de Québec y résidaient lors des leurs séjours en France.

Les lieux de résidence de Louis XIV
À la mort de son père, en 1643, Louis XIV débute l’un des plus longs règnes de l’histoire jusqu'à sa mort à Versailles en 1715. Il a vécu dans divers châteaux autant à Paris que dans les alentours. Le roi naît à Saint-Germain-en-Laye en 1638. Au début de son règne, il vit au Louvre et à Fontainebleau. De 1666 à 1682, Saint-Germain-en-Laye est son logement de prédilection. Pour plus d’intimité, il aménage le château de Marly qu’il fréquente souvent de 1679 à 1686. Après 1682, Versailles devient la résidence officielle du roi de France et de la cour jusqu’à la Révolution de 1789. Lorsque François de Laval vient en France pour les affaires de son Église et qu’il doit rencontrer le roi, les administrateurs des affaires religieuses ou coloniales, il se rend dans l’un ou l’autre de ces châteaux. Il est difficile de préciser le lieu précis des rencontres, sauf pour Versailles après 1682.

Méobecq, don du roi
Le 14 décembre 1662, le roi Louis XIV signe le brevet unissant l’abbaye de Méobecq à l’évêché de Québec confirmant ainsi son appui à la nomination de François de Laval et démontrant au pape que l’évêque qu’il désire comme évêque de Québec pourra assumer ses responsabilités. Il lui accorde « l’Abbaye de Maubec de l’ordre de St Benoist au dioceze de Bourges apresent vaccante (…) pour servir de revenu et de fondation audit Evesché. » Archives de l’archevêché de Québec, I, no 11.

Les procureurs parisiens de François de Laval constatent rapidement que, comme abbé commendataire d’une abbaye fondée en 632 par le roi Dagobert, laquelle avait été victime des guerres de religion du XVIe siècle et ne comptait en 1662 que cinq moines bénédictins, il ne pouvait attendre de cette abbayes des ressources suffisantes pour subvenir aux dépenses d’une Église naissante. L’obligation d’entretenir des bâtiments, d’assurer le service dans six cures et le paiement des revenus personnels des religieux ne laissait qu’une somme de trois mille livres par année alors qu’on en espérait six mille. Reconnaissant les difficultés financières de l’évêque de Québec, Louis XIV lui accorde une subvention supplémentaire de six mille livres par année à partir de 1667.

Lors de son deuxième séjour en France, de 1671 à 1675, Mgr de Laval a deux objectifs : l’érection du diocèse de Québec et le règlement concernant l’abbaye de Méobecq. Il demande à l’archevêque de Bourges d’enquêter sur l’état de son bénéfice. Le chanoine Joseph Gassot conclut ce que tous savent : une partie de l’église et les bâtiments conventuels tombent en ruine et  les cinq moines vivent en des maisons privées. Faisant le voyage en Berry, l’évêque de Québec signe, le 12 janvier 1673, une entente avec les moines qui se démettent de leurs offices moyennant une pension viagère. De retour à Paris, il obtient l’appui de Louis XIV qui ratifie les ententes avec les moines et approuve la réunion définitive des prieurés au Séminaire de Québec.

Les archevêques de Bourges et de Tours, de qui relèvent les prieurés, doivent enquêter sur leur union au Séminaire de Québec et entendre d’éventuels prétendants aux bénéfices. Les contestations et les procédures s’allongent lorsque Mgr de Laval reçoit ses bulles et décide de revenir à Québec. Le 6 janvier 1675, le roi accorde une injonction à un huissier royal afin de contraindre les débiteurs de Méobecq à payer leurs dettes. On comprend le désarroi à Méobecq. Le frère de l’évêque de Québec, dom Henri de Laval, religieux bénédictin, écrit à Québec et insiste sur la nécessité de nommer un procureur du Séminaire de Québec en France en raison de l’éloignement de Méobecq située à environ trois cent kilomètres de Paris. Après quinze ans au service de l’Église de Québec, l’abbé Jean Dudouyt accepte d’être procureur à Paris à partir de 1676. Il réglera en bonne partie les difficultés d’une abbaye aussi éloignée. Il décède à Paris en 1688 et Mgr de Laval ramène son cœur à Québec.

L’abbaye de Lestrée
Le 12 avril 1672, le roi, désirant augmenter les revenus de l’évêque de Québec, lui procure un bénéfice supplémentaire : l’abbaye de Lestrée de l’ordre de Cîteaux située dans le diocèse d’Évreux sur la route reliant Évreux et Dreux. Mgr de Laval pensait attribuer les revenus des ses abbayes à la formation du chapitre du diocèse de Québec. Les supérieurs majeurs des Ordres de Cîteaux et de Saint-Benoit à Rome s’opposaient à ce qu’un évêque séculier utilise les biens appartenant à des ordres religieux. Ils avaient à Rome plus de poids qu’un évêque d’une lointaine colonie. Surtout que, profitant du temps d’attente avant d’obtenir ses bulles de Rome le confirmant évêque de Québec, Mgr de Laval s’était rendu à l’abbaye de Lestrée et avait effectué quelques aménagements. Le père Lucien Campeau écrit que la contestation des supérieurs à Rome avait risqué de priver François de Laval de son titre d’évêque de Québec. C’est Mgr de Saint-Vallier qui obtient les lettres patentes confirmatives du roi en juillet 1696 en règlement final de la question des abbayes. Les biens de France fourniront des revenus au diocèse et au Séminaire de Québec jusqu’à la Révolution française.

Conclusion
En 1688, François de Laval obtient l’autorisation de revenir en Nouvelle-France. Il est dorénavant Mgr l’Ancien. Sa santé s’étant rétablie, il voyage à cheval sur presque cinq cents km de Paris à La Rochelle. Lui qui s’estimait à la fin de sa vie en allant remettre sa démission en 1684, vivra jusqu’en 1708. Il rendra d’inestimables services à l’Église fondée par lui cinquante ans plus tôt.

Gilles Bureau 

Résumé des voyages et des séjours en France de François de Laval après 1659

Mgr de Laval a vécu 85 ans : 47 ans en France, 37 ans en Nouvelle-France et 1 an en mer.

Voyage de venue en Nouvelle-France :
1659 : F-C : 13 avril-16 juin sur le Sacrifice d’Abraham.

1ier voyage en France (durée : 1 an) :
1662 : C-F : 12 août. Sur le navire du capitaine Poulet.
Objets : Eau de vie, rappel du gouverneur, Conseil souverain.
1663 : F-C : 15 mai- 15 sept. 4 mois.
Retour difficile, soit sur l’Aigle d’Or ou le Jardin de Hollande.

2ième voyage en France (durée : 4 ans) :
1671 : C-F : 3 nov.
Objets : diocèse de Québec,  les abbayes de Méobecq et de Lestrée.
1675 : F-C : 29 mai à sept. 3 mois.

3ième voyage en France (durée : 2 ans) :
1678 : C-F : nov. 5 janv. 1 mois ½.
Objets : eau-de-vie, les membres du Conseil souverain.
1680 : F-C : mai et juin 1 mois.

4ième voyage en France (durée 4 ans) :
1684 : C-F : 14 nov. 20 janv. 2 mois.
Objets : démission et choix du successeur.

Retour définitif en Nouvelle-France (sur le Soleil d’Afrique) :
1688 : F-C : d’avril au 3 juin. 2 mois.

Note :
C-F : Canada-France.
F-C : France-Canada

 
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