Site internet François de Laval 2008 Le bâtisseur - Fêtes de François de Laval
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François de Laval, le bâtisseur 

(Extraits d’une entrevue avec le regretté Lucien Campeau, s.j. réalisée par monsieur Yves Beauregard historien, membre du comité de direction de la revue Cap aux Diamants, pour l’édition hors série printemps 1993)

Y.B. : Vous venez de consulter d’innombrables documents afin de rédiger votre volume L’histoire de l’Église canadienne couvrant toute la période de la Nouvelle-France, alors, à travers toutes ces recherches, comment vous apparaît François de Laval ?
L.C. : Pour moi, c’est un grand homme, un des grands évêques du XVIIe siècle, qui arriva dans un pays neuf, voulut faire les choses le plus parfaitement possible en évitant les défauts de l’Église de France. Il nourrissait un très grand rêve. Il n’a pas réussi tout à fait, mais il a quand même fondé et marqué l’Église canadienne.

Y.B. : Dans ses qualités fondamentales, ses aptitudes, qu’est-ce qui l’a amené à venir ici et à mettre sur pied cette Église-là ?
L.C. : C’est, je pense, le geste apostolique avant tout. C’est un prêtre réformé d’abord, c’est-à-dire un de ces prêtres qui entendent restaurer le catholicisme en France. Il a l’occasion de créer une Église nouvelle, dans un pays neuf. Par conséquent, il peut organiser et il organisera cette Église-là suivant ses conceptions de réformateur.

Y.B. : Quand Mgr de Laval instaure son Église en Nouvelle-France, il adapte ou adopte un modèle ?
L.C. : Il n’a pas l’intention de créer des institutions ou une Église différentes de celles d’un diocèse de France. Mais il évitera, autant que possible, les défauts qu’il reconnaît dans l’Église française et dont celle-ci est en train de se débarrasser ou aimerait corriger à ce moment-là. La plus grande idée de Mgr de Laval, c’est la création du Séminaire.  Le Séminaire, on voit cela aujourd’hui comme une école mais dans l’esprit de son créateur, c’est une communauté du clergé, c’est-à-dire des prêtres diocésains.  Evidemment, les jésuites restent en dehors de cela ; ils resteront toutefois en étroite union avec le clergé de Mgr de Laval. Il est très important pour lui d’avoir une communauté du clergé dans un pays qui n’est pas encore en état de soutenir ses pasteurs.

Y.B. : Donc le Séminaire qu’il crée va devenir le pivot central de sa nouvelle Église ?
L.C. : S’il l’a créé si puissant, c’est que le Séminaire devait prendre la responsabilité du clergé. Le vrai curé des paroisses canadiennes devait être le Séminaire ; ainsi les revenus des dîmes, revenus propres du clergé, devaient revenir au Séminaire. Il se chargeait de la subsistance des curés, et c’était avantageux à l’époque, parce que la population ne pouvait pas soutenir les curés. C’était une période de défrichement et de pauvreté. Alors le Séminaire, bénéficiant des aumônes qu’il pouvait obtenir en France, suppléait ce que la colonie ne pouvait pas faire.

Y.B. : L’État a-t-elle apporté son aide ?
L.C. : Non, parce que justement l’Église avait sa responsabilité propre et elle l’a conservée en différents domaines, dont l’hospitalisation et l’enseignement, ainsi que la charité et le domaine social, tout le domaine social.
L’Église recevait des dotations particulières. Ainsi, la duchesse d’Aiguillon, avec sa fortune personnelle, avait doté l’Hotel-Dieu. Madame de la Peltrie a fondé les Ursulines. Mais ces fondations étaient insuffisantes.

Y.B. : Avec la création du Conseil souverain, dont Mgr de Laval faisait partie, n’est-ce pas diviser pour régner face au gouverneur ?
L.C. : Non. Ce n’était pas très important. La Nouvelle-France, sous la Compagnie des Cent Associés, avait toujours dépendu du Conseil du roi et non pas directement du parlement de Paris. Mais il importait un jour ou l’autre de créer une cour souveraine, c’est ce que Louis XIV a fait en 1663. Une cour souveraine dont les deux têtes seraient respectivement le gouverneur et l’évêque, car Mgr de Laval avait impressionné Louis XIV ; il était le seul à connaître les besoins de la colonie. Comme Louis XIV était un homme très religieux, il avait confiance en l’évêque pour modérer les initiatives du gouverneur. Les gouverneurs traditionnellement se croyaient de « petits rois ». D’autant plus lorsqu’ils sont loin de la métropole. Frontenac en est un très bon exemple.

Y.B. : Mgr de Laval réussissait quand même bien à jumeler ou concilier son rôle religieux et son rôle quelque peu temporel.
L.C. : Il savait que sa responsabilité était d’abord religieuse et c’était la raison pour laquelle il intervenait lorsqu’il voyait les intérêts de l’Église en danger. Il n’avait pas d’ambitions personnelles.

Y.B. : De quelle façon Mgr de Laval de Laval est-il perçu par ses diocésains ?
L.C. : Il passe pour un saint dans la colonie. C’est un homme qui ne se ménage pas, qui va faire à pied toute la côte de Beaupré en hiver pour visiter des gens chez eux. Il va visiter les Iroquois à La Prairie, et va les voir, une famille après l’autre, dans leurs cabanes. Pour Mgr de Laval, c’était des voyages extrêmement pénibles. Il tenait à parcourir les nouveaux établissements, qui se multiplient à partir de 1668. Sa première préoccupation en arrivant, c’est de faire des confirmations. Les évêques en France négligeaient alors beaucoup les confirmations. Paul de Chomedey de Maisonneuve, fondateur de Ville-Marie, n’était pas confirmé ! Mon ancêtre Campeau était marié mais n’était pas confirmé encore. Il fut confirmé à Montréal.

Y.B. : Il a favorisé l’émergence de plusieurs congrégations ou confréries ?
L.C. : Ce n’est pas lui qui en avait l’initiative, mais il n’était certainement pas défavorable à tout ce qui pouvait stimuler la piété, telle la confrérie de la Sainte-Famille. Il les a encouragées autant que possible.

Y.B. : Pourquoi à l’âge de soixante-cinq ans, Mgr de Laval décide-t-il de se retirer ?
L.C. : Se retirer, je ne crois pas que ce soit ce que Mgr de Laval ait fait de mieux ! C’était en 1668. Il n’était pas vieux ! Mais c’est un signe de son tempérament ; il n’avait pas d’ambition.

Y.B. : Est-ce que c’est lui qui demande d’avoir un remplaçant ?
L.C. : Oui, c’est lui qui va le demander. Il a toujours une certaine méfiance de lui-même. Il consultait beaucoup. Chaque fois qu’on lui a fait de la résistance, Mgr de Laval a ordinairement cédé, excepté sur les questions essentielles. C’était dans son esprit d’être conciliant, autant que possible.

Y.B. : Comment Mgr de Laval considérait-il les Canadiens face aux métropolitains ?
L.C. : Mgr de Saint-Vallier favorisera l’immigration des Français parce qu’il n’avait pas confiance aux Canadiens. Cependant, Mgr de Laval, lui, avait montré dès le début une grande confiance pour les Canadiens. C’est lui qui a engagé la canadianisation du clergé.

 
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