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LA SPIRITUALITÉ CARMÉLITAINE DANS L'ESPAGNE MYSTIQUE DU XVIe SIÈCLE
THÉRÈSE D'AVILA ET JEAN DE LA CROIX

© DROITS RÉSERVÉS COPYRIGHT
Hermann Giguère
(Québec) 2014
N.B. Ces notes ont été relevées par une étudiante. Le professeur n`a pu malheureusement en faire une révision complète ayant été appelé à d`autres fonctions. Malgré leur caractère oral et les fautes qui s`y rencontrent parfois, il les a rendues disponibles sur internet pour le bénéfice des internautes. Pour usage privé. Prière d`indiquer la source s.v.p. Bonne lecture!



3.0 Thérèse d'Avila (1515?1582)
Thérèse d’Avila et Catherine de Sienne sont devenues, en 1970, les premières femmes Docteures de l'Église. Teresa de Ahumada y Cepeda est une des figures les plus attachantes parmi les maîtres spirituels. Elle est facile à lire et à comprendre. Très prolixe, elle se raconte avec candeur et fait beaucoup de digressions. C'est un plaisir de lire le récit qu’elle nous a laissé de ses fondations. Sa biographie écrite par Marcelle Auclair est un vrai roman. Thérèse a eu, quoique cloîtrée, une vie mouvementée et pleine de rebondissements.
3.1 Importance dans l'histoire de la spiritualité.

3.1.1 À cause de son œuvre de réformatrice.

A sa mort, vingt ans après les débuts de la réforme thérésienne à St-Joseph d'Avila en 1562, il y aura dix-sept monastères de femmes dans la réforme, c'est-à-dire observant une règle plus austère et se consacrant à la prière. Sa réforme porte sur la clôture, la pauvreté et l'oraison. Les sorties et les visites seront limitées et il y aura une grille au parloir. La pauvreté aura plus de rigueur: les soeurs porteront un habit de bure ou gros lainage blanc-brun, non teint. Thérèse popularisera aussi l'oraison mentale dans ses monastères.

A partir de 1568, des Carmes s'engagent dans le processus. Avec Jean de la Croix qui la seconde dans cet univers masculin, nous sommes en présence d'un rare duo pour un rare projet qui, à la mort de l'initiatrice, comptera 15 couvents d'hommes "déchaux". Thérèse d’Avila s’attaque à la réforme des hommes autant que des femmes, ce qui était peu courant à cette époque.





3.1.2 A cause de sa personnalité et de ses écrits

Douée d'une remarquable facilité de contact humain, sa personnalité suscite immédiatement la sympathie. Encore que le don qui est le sien de se faire des amis rivalise avec celui de se faire des ennemis, car ses entreprises dérangent les habitudes autant que les gens en place! Elle respire la simplicité «...Il y un temps pour manger et un temps pour jeûner» lancera?t?elle un jour à ses soeurs!

Cette étonnante femme vit en religieuse cloîtrée alors même que, grande voyageuse, par des routes cahoteuses, poussiéreuses, brûlées de soleil, elle parcourt l'Espagne... mais dans un chariot aux rideaux tirés!

3.1.3 A cause de sa diffusion de l'oraison mentale

Thérèse va surtout être connue très tôt par ses oeuvres sur l'oraison mentale. Ses oeuvres spirituelles seront éditées et traduites tout de suite après sa mort. C'est le cas notamment de son ouvrage le plus travaillé le "Chemin de la Perfection". Dans l'histoire de la spiritualité, c'est Thérèse qui va contribuer le plus à répandre cette façon de prier dans les monastères.

Les oeuvres spirituelles de Thérèse seront éditées et traduites dès sa mort. C'est le cas notamment de la plus travaillée " Le Chemin de la Perfection" qui présente l’oraison mentale. Cette façon de prier que Teresa introduit dans ses monastères est considérée comme sa contribution majeure dans l'histoire de la spiritualité moderne. Elle va contribuer de façon extraordinaire à la diffusion de l’oraison mentale qui prendra place après elle dans toutes les règles des communautés religieuses même d’orientation apostolique.

3.2 Éléments biographiques et oeuvres

Sa mère est jeune quand Thérèse naît en 1515. Hélas, à sa mort Thérèse n'a que treize ans! Les romans de chevalerie que cette femme de qualité lisait, Thérèse, fille et soeur de "conquistador", les lira en cachette, comme des romans. Pourtant, cette "vilaine" ?c'est son mot- se sent inspirée de se donner au Seigneur bien que cela lui coûte. Elle finit par entrer à 21 ans au Carmel de l'Incarnation. La vie y est souple, on y reçoit amies et nobles gentilshommes...Thérèse se reprochera ces parloirs.

Un an à peine après sa profession elle tombe malade. Sa vie durant, mauvaise digestion et vomissements quotidiens seront son lot, sans compter l'arthrite, bref, état qui va empirer jusqu'à la dépression des années 1540?43. Les traitements se suivent. Le 15 août 1539, paralysée, elle glisse dans le coma. On la croit morte. Mise en chapelle ardente...on s'aperçoit qu'elle est vivante... Et la physiothérapie recommence! Trois ans! Toute sa vie, l'effort de volonté chaque matin l'attendra pour se lever et marcher.

Le chapitre huitième de sa vie signale les nombreuses grâces, grâces mystiques, de cette période. Guérie en 1543, elle découvre la spiritualité d'Osuna et de Laredo tandis qu'un de ses oncles l'initie à l'oraison mentale.

En 1545, retour au carmel de l'Incarnation où elle connaît ses première expériences mystiques. Le 24 août 1562, ayant trouvé une petite maison dans la ville, elle quitte de nuit le couvent et ouvre avec quelques compagnes ?et l'approbation de l'évêque? le monastère de Saint?Joseph d'Avila pour y vivre plus évangéliquement. C’est le début des carmélites déchaussées. Les autres fondations suivront. Puis en 1568, avec le jeune Jean de la Croix elle commence la réforme chez les hommes qui se nommeront les carmes déchaux.

En 1571, nommée prieure du monastère de l'Incarnation, elle tente d'y apporter la réforme. Une véritable bataille rangée la précède et la suit, que la condamnation par l'ensemble de l'ordre des Carmes épuise en 1576. Thérèse est envoyée à Tolède, en "résidence surveillée". Elle y écrit le livre des "Demeures". L'arrêt durera deux ans.

A soixante?cinq ans, vieillie, affaiblie, elle est autorisée à reprendre sa route; pour mourir deux ans plus tard, en 1582.

3.3 Écrits

Son oeuvre est essentiellement autobiographique. Dans ses oeuvres, Thérèse fait toujours une description de ses expériences. Elle se raconte, à l'inverse de Jean de la Croix qui, lui, fait une traduction et une interprétation de ses expériences mystiques. Elle est un peu prolixe, elle se lance souvent dans de longues digressions, elle apporte beaucoup d’images et de comparaisons, d'où un charme particulier. Elle a une certaine préoccupation littéraire, malgré qu'elle s'en défende souvent et elle écrit très bien en castillan-espagnol. Elle et Jean de la Croix même s’ils sont des auteurs mystiques sont considérés comme classiques dans la littérature espagnole.

Principaux écrits

a) Sa vie par elle-même, intitulée Le livre des miséricordes de Dieu. La première version est perdue, peut-être par le fait de l'Inquisition? La deuxième version date de 1562-1565. Elle contient de longues digressions sur l'oraison. Le chapitre huitième est entièrement sur l'oraison. Le chapitre vingt-deuxième est sur le rôle de l'humanité du Christ.

b) Des Relations spirituelles au nombre de soixante, dont plusieurs sont très brèves. On y retrouve celle de la transverbération (trans-verbération: coeur percé par un chérubin) . Cette scène est immortalisée dans une sculpture de Bernini à Santa Maria delle Vittorie à Rome.

c) Les Fondations. Ces récits sont très vivants et contiennent beaucoup d'humour. La première partie date de 1573; la deuxième, de 1582, juste avant sa mort.

d) Le Chemin de la perfection. Il est écrit en plusieurs fois et souvent repris et corrigé: 1562, 1566,1579. C'est un livret un peu comme l'Imitation de Jésus Christ. Il présente le cheminement spirituel en insistant sur l’oraison comme moyen par excellence pour avancer dans les voies du Seigneur.

e) Le livre des Demeures ou le Château intérieur ou Château de l'âme (en espagnol: Moradas). C'est la description des sept demeures. A remarquer que le terme « demeures » est au pluriel. Il y a les premières, les deuxièmes etc. Thérèse insiste pour dire qu'il peut y avoir plusieurs demeures à l’intérieur des sept demeures qu’elle décrit.

f) Divers opuscules, poésies; 459 lettres publiées par Madame Auclair.





3.4 Personnalité

Aussitôt après son entrée au monastère elle a connu des périodes de dépression marquée de 1538 à 1543. Elle a aussi souffert de troubles gastriques, hépatites, psychosomatiques, etc. Chaque matin, dit-elle, c'était un supplice de se lever et de se mettre en marche. On peut y voir des suites de sa paralysie lors de sa dépression. Elle a souvent mal à la tête. C’est elle-même qui dit que durant vingt ans, elle a eu mal à la tête chaque jour. On en trouve une trace quand elle écrit le livre des Demeures où à un moment elle fait une digression pour dire: j'ai mal à la tête.

Son cas n'a pas échappé aux psychologues de sorte qu'au siècle dernier, on s'est demandé si elle n'était pas un cas pathologique et morbide, un genre hystérique?

3.4.1 Maladies nerveuses

Aujourd'hui, on reconnaît généralement qu'elle a souffert de maladie nerveuse ou d'une certaine forme de névrose. Ce n’est pas en soi anormal, car tout le monde a ses limites. Regardons de plus près celles de Thérèse.

3.4.2 Brisure dans sa vie

Après son entrée au monastère de l'Incarnation, elle a vécu une période de grande brisure, de drame intérieur intense, durant cinq ou six ans, et qui va durer jusqu'à ce que la maladie la fasse croire morte. Elle est submergée par les événements. La vie au monastère ne la comble pas. Il y a manifestement un conflit non résolu chez elle. Quelle est la nature de ce conflit? On ne peut que le conjecturer. Nous y reviendrons plus loin.

3.4.3 Équilibre

Après avoir surmonté le conflit, Thérèse sort de sa crise. À partir de 1543, c'est l'équilibre de la personnalité de Thérèse qui retient l'attention, un équilibre qui se manifeste dans les diverses facettes de sa personnalité. Elle fait preuve de gros bons sens, elle est une supérieure capable de diriger, mais en même temps elle sait se montrer compréhensive quand il le faut. Elle sait être réaliste et concrète et se débrouiller en affaires. Aussi terre à terre que mystique, elle est donc réconciliée avec les choses matérielles et les expériences mystiques élevées, On découvre chez elle partir de ce moment une harmonie qui est un signe d'équilibre et d'intégration de sa personnalité.

3.4.4 Structuration de sa personnalité

Revenons à la crise des années de dépression de 1538 à 1543 et tentons une explication. Pour décrire le processus d'intégration de sa personnalité, je me réfère ici à l'hypothèse élaborée par le Père Louis Cognet, dans La spiritualité moderne. D'après cette hypothèse du Père Cognet, jusqu'à sa crise, Thérèse fut tiraillée entre deux tendances d'où surgit le conflit qui la tenaille.

D'un côté, il y a sa tendance naturelle à l'extraversion. Elle est très douée pour s'exprimer, elle est extravertie dans ses relations sociales. C'est une personne de compagnie. Elle n'aime pas s'isoler dans la solitude, faire des marches dans le bois, etc. Elle n'est pas tournée vers elle-même.

D'un autre côté, une tendance vient contrer et bloquer ce besoin d'extériorisation. Il s'agit de sa situation sociale, celle de la petite noblesse (hidalguia) dont elle faisait partie et qui se sentait, au début du XVIe siècle, comme rabaissée, renfermée sur elle-même dans un ghetto dont Thérèse s'accommodait mal, dès sa petite enfance, même si c'était inconsciemment. Cette hidalguia formait un groupe un peu à part, à l'écart, avec tendance à vivre entre eux. D’autant plus que la famille de Thérèse avait du sang juif, ce qui n’était pas pour améliorer les choses.

Thérèse serait entrée au couvent pour échapper un peu à ce ghetto. Tout comme ses frères qui, pour les mêmes raisons, vont en Amérique, car les jeunes Espagnols de cette classe fuyaient en Amérique. De même, sa mère avait fui cette situation dans des romans de chevalerie. Thérèse, pour sa part, aurait essayé de fuir cette espèce d'étouffement en entrant au couvent. Mais le conflit ne disparaît pas pour autant et les troubles somatiques commencent. Le conflit se résoudra lorsque Thérèse réussira à faire la synthèse et à intégrer les deux courants. Comment y arrive-t-elle? Voici les principales étapes de cette « guérison intérieure ».

a) Après la mort de son père en 1544, Thérèse commence à pratiquer l'oraison mentale d'après les écrits de Osuna. Ce sera sa planche de salut.

b) En 1555, elle se convertit vraiment, c'est-à-dire qu'elle renonce définitivement au monde et se donne à sa vocation de carmélite dans la pauvreté et la suite de Jésus. Les rencontres au parloir diminuent, etc. Un pas est franchi. Elle dit alors OUI. Elle a quarante ans. C'est la période de synthèse dans sa vie. Toutes ses œuvres d’ailleurs datent de la période qui suit 1555. Thérèse, plus tard, parlera du début de sa vie comme une femme qui juge sévèrement ses années de jeunesse. Il ne faut jamais l'oublier, quand on lit ses souvenirs. Ils ne sont pas écrits à vif. Ce sont les souvenirs de quelqu'un qui regarde cela après coup.

Sa biographie est donc une relecture faite plus tard, une mémoire sélective en fonction d'une cohérence. De la période de déchirement à la période de synthèse, le fil conducteur est sa recherche de Dieu. C'est en Lui que Thérèse percevra l'Autre. En Dieu, la grâce vient de lui faire découvrir sa voie. En lui, elle trouve la satisfaction de son désir de fuir sa classe sociale, son lignage qui l’enferme, et aussi de son attente de proximité et de contact amoureux.

Voilà brièvement résumé, l’hypothèse du Père Cognet. Elle est éclairante, même si elle reste une hypothèse. Quoiqu’il en soit des explications sur la résorption du conflit, celui-ci fut des plus réels.

2.5. Caractères de son expérience spirituelle

On pourrait caractériser son expérience par trois termes que j’emprunte encore au Père Cognet: empirisme, psychologisme, sensorialisme.

2.5.1 Empirisme.

Thérèse est très différente de Jean de la Croix, même si on nous les présente presque toujours ensemble. Son expérience spirituelle est empirique.

Thérèse décrit son histoire spirituelle, et c'est sa première préoccupation, ce qui l'intéresse d'abord et avant tout, c'est de bien l'analyser. Sa deuxième préoccupation, c'est qu'ainsi elle puisse aider d'autres personnes. Thérèse ne part jamais d'une conception déjà faite de la vie spirituelle, mais elle raconte ses réussites et ses échecs. Elle n'est pas théologienne du tout, mais à l'inverse, elle vise une réponse personnelle, intérieure à l'amour du Seigneur et elle se soucie de bien répondre. Elle ne se pose pas de question pour savoir si ce qu’elle dit est conforme aux dernières définitions théologiques.

En conséquence, dans tous les degrés d'oraison qu'elle décrit, il ne faut pas voir un ordre logique, basé sur des critères dogmatiques et théologiques rigoureux. C'est une succession chronologique dans le temps de ce qu'elle a vécu. Les divisions qu’elle propose ne sont qu'un procédé littéraire de présentation. C’est le cas de presque toutes les descriptions d’un itinéraire spirituel. Thérèse ne se sent d'ailleurs pas liée par ses divisions et ne se soucie pas des divisions antérieures. Elle reprend les mêmes choses en le présentant autrement. Elle nous communique ses synthèses là où elle est rendue au moment où elle écrit. Il en résulte parfois des incohérences, surtout dans la description des cinquièmes, sixièmes et septièmes demeures. Il faut garder cela à l’esprit dans la lecture des oeuvres de Thérèse.

2.5.2 Psychologisme

Elle analyse minutieusement les données subjectives de ses réactions, ses émotions et ses états intérieurs vécus, faisant preuve d'une remarquable introspection.

Elle popularisera par de nombreux imitateurs le genre analytique et descriptif chez les mystiques et elle inclinera leur recherche vers l'analyse des états intérieurs, du comment je me sens, etc. C’est ce que Urs von Balthasar appelle « Subjectiv Mystik », la « mystique subjective ». Chez Thérèse, les réactions du sujet, de la personne ont une grande importance dans le cheminement spirituel. On est loin d’une spiritualité désincarnée comme ce sera le cas plus tard au XIXe siècle.

2.5.3 Sensorialisme.

C'est l'aspect qui la différencie le mieux de Jean de la Croix tout en la rapprochant d'Ignace. Ce qu'elle éprouve est perçu sous forme d'images, de "vidéos": visions, paroles intérieures, transverbération, ...avec des précisions de scénario.

Chez elle, les plus hauts états unitifs ne l'enferment pas dans leurs représentations, risque auquel d'autres finissent par se complaire et par conséquent s'étioler, quand Thérèse y trouve, elle, un puissant levier pour avancer dans la relation avec Dieu.



C'est l'aspect par lequel elle s'oppose le plus à Jean de la Croix. Son expérience spirituelle est une expérience qui tend à se traduire sous forme d'images sensibles ou sensorielles: visions, paroles intérieures, transverbération, etc.

Nous retrouvons le contraire chez Jean de la Croix. Il est très restrictif concernant les images et les visions. Au chapitre 22 du deuxième livre de la Montée du Carmel, il dit qu'il ne faut même pas les désirer et ne rien en attendre pour sa vie spirituelle. Thérèse est plus proche d'Ignace de Loyola sur ce point. Chez Ignace, c'était peu marqué, les images étaient dépouillées. Mais pour Thérèse, les images sont fascinantes. Par exemple, quand elle décrit le chérubin qui lui perce le coeur, c'est tout juste si elle ne dit pas la couleur de sa robe! Les représentations sont très vives, les émotions et les sentiments intérieurs ont tendance à prendre corps et images.

Nous retenons donc, que chez Thèrèse d’Avila, à la différence de Jean de la Croix, les plus hauts états unitifs sont accompagnés d'images sensibles, ce qui marque une certaine limite du mysticisme de Thérèse, car le monde des images peut risquer d'enfermer la personne dans son monde intérieur. C'est un danger auquel échappera Thérèse. Mais il existe une gourmandise spirituelle à laquelle tous ne réussissent pas à échapper. Toutefois, c'est aussi un puissant levier pour aller plus loin dans la connaissance de Dieu.

2.6 Spiritualité

2.6.1 Spiritualité de l'oraison.

La spiritualité de Thérèse naît et se tient dans une unique aspiration: voir Dieu. Ce désir la possède et la meut. "Je me meurs de ne pas mourir" écrira?t?elle. Sa soif de Dieu n'est jamais comblée.

L'exigence de ce besoin la pousse à se consacrer uniquement au Dieu qui l'inspire: "Sa Majesté". Il donne la clé de son cheminement dans le radicalisme évangélique où elle rencontre vivant, Jésus dans l'Église et dans ses membres. En centrant sa disponibilité au service de cette majesté divine elle y trouve moyens et expressions: la prière. Ses écrits reviennent sans cesse à la vie d'oraison. La vie dans l'Oraison.

Pour le Père Marie-Eugène de l'Enfant-Jésus, dans son livre Je veux voir Dieu, le mouvement de fond, c'est que la spiritualité de Thérèse est toute orientée par une aspiration: je veux voir Dieu. Elle a un désir intérieur très vif de voir Dieu qui l'envahit de toutes parts. "Je me meurs de ne pas mourir" écrira-t-elle. Sa soif de Dieu n'est jamais comblée. C'est un idéal qui l'invite à se consacrer uniquement à Sa Majesté, comme elle appelle Dieu.

Cette aspiration va l'amener à quitter le premier couvent où elle était entrée, pour se lancer dans la réforme. On y trouve désir de quelque chose de plus authentique, de plus radical, de plus près de l'Évangile.

La note caractéristique de la vocation de Thérèse est dans cet abandon au Dieu. Dans cet abandon, elle découvre le rôle du Christ total, tête de son Corps mystique, de Jésus vivant dans l'Église et dans ses membres.

Pour résumer, selon le Père Marie-Eugène-de-l’Enfant-Jésus, il y a donc d’inscrit au cœur de la spiritualité thérésienne le double mouvement de la charité, tournée vers Dieu et vers le prochain.

Pour maintenir ce mouvement de fond, Thérèse place au cœur de sa spiritualité l'oraison. La spiritualité thérésienne est une spiritualité de la prière, de l'oraison. Thérèse traite moins des autres aspects de la vie spirituelle, ce que fera Jean de la Croix dans ses descriptions des purifications actives et passives. Thérèse, elle, revient sans cesse à la vie d'oraison dans ses écrits. Ainsi, au chapitre huit de sa Vie, mais surtout dans le Demeures ou Château intérieur et le Chemin de la perfection. De la sorte, ses descriptions de l'itinéraire spirituel sont marquées par cette approche. C’est en ce sens qu’on peut dire qu’elles demeurent partielles.

2.6.2 Destinataires.

D'évidence elle s'adresse à des religieuses contemplatives. La perspective spirituelle qui coiffe ses écrits ne se superpose pas à celle, toute laïque, des ouvrages de la Dévotion moderne. Rien n'empêche pourtant l'état laïc d'y puiser, sous réserve donc de ne pas transposer sans discernement un enseignement déterminé par la vie religieuse.

Elle s'adresse avant tout à des contemplatives. Au début du livre des Demeures, elle spécifie que c'est pour ses soeurs et ses filles, les Carmélites déchaussées, donc des personnes consacrées par vocation à la vie contemplative.

Il est donc important de se rappeler que les écrits de sainte Thérèse ne sont pas faits au point de départ pour des laïcs, mais pour des religieuses. Ils ne sont pas du tout comme ceux de la Dévotion moderne qui étaient destinés à des laïcs. Ceci étant dit, rien n'empêche les laïcs de puiser avec profit dans les écrits de Thérèse. Il reste qu’il y a une foule de choses qui ne peuvent pas s'appliquer à nous, dans notre milieu, dans notre style de vie et c'est respecter Thérèse que de ne pas transposer sans discernement son enseignement. C’est une CLÉ de lecture importante pour la fréquentation des écrits de Thérèse d’Avila.

2.6.3 Le cheminement spirituel thérésien

Thérèse d’Avila décrit le cheminement spirituel en se plaçant sur le plan de la prière, de l’oraison. Elle prend ce point de repère comme le témoin de l’ensemble de la vie spirituelle. Elle s’y intéresse de près et décrit le développement de la vie de prière avec minutie. La vie dans l'oraison impose d'inévitables contraintes qui donneront à la Réforme thérésienne profondeur et forme distinctives.

3.6.3.1 Les deux phases

À partir de son expérience personnelle, Thérèse d’Avila distingue deux phases importantes de son vécu expérientiel, en se créant un vocabulaire, une terminologie aussi parlants que possible.

On peut reconnaître deux phases importantes dans cette évolution intérieure.

a) Une phase que Thérèse appelle les oraisons actives ou acquises. Cette phase se caractérise par un secours général de Dieu, mais c'est la personne elle-même qui garde l'initiative. Elle comparera ces oraisons actives à trois façons d’amener l’eau d’un puits pour arroser le terrain: avec ses bras, avec l’aide d’une noria ou encore par irrigation. Ces oraisons actives correspondent aux trois premières demeures.



b) Une deuxième phase où il y a un secours particulier de Dieu que Thérèse appelle les oraisons passives ou infuses c'est-à-dire qu'elles sont comme versées, données par Dieu lui-même. L'initiative est celle du Seigneur qui prend la maîtrise et la conduite de l'oraison et de la prière. C'est la pluie douce: la quatrième façon d’arroser un terrain. Une certaine passivité se fait jour, passivité qui est accueil à la grâce du Seigneur qui, lui, prend l'initiative. La part que le sujet y prend est de plus en plus restreinte. Ces oraisons passives correspondent aux quatre dernières demeures.

À la passivité dans laquelle glisse l'âme, correspond la profondeur de l'échange qui la noue à son ami. Au chapitre huitième de sa vie, Thérèse définit l'oraison comme "un échange amoureux, un commerce intime d'amitié où l'on s'entretient souvent seul à seul avec ce Dieu dont on se sait aimé". Notons, en terminant, que Thérèse se réfère avant tout à la prière dans le secret et non à la prière liturgique et communautaire.

3.6.3.2 Les stades de l'oraison ou les sept Demeures

Sept étapes ou "Demeures" structurent ces deux phases.

Phase active:

demeures 1: oraisons discursives.

demeures 2: oraisons affectives.

demeures 3: oraisons de recueillement.

SEUIL IMPORTANT

Phase passive:

demeures 4: oraisons de quiétude: repos, sommeil des puissances: intelligence, volonté, imagination.

demeures 5: oraison d'union simple.

demeures 6: oraison d'union complète ou fiançailles spirituelles.

demeures 7: oraison d'union transformante ou mariage spirituel. Dans le mariage spirituel, l'ensemble de la vie est touché dans toutes les sphères.

4. JEAN DE LA CROIX, 1542?1591

On identifie Jean de la Croix comme le docteur mystique par excellence. Il a un langage rude, mais riche et demande une initiation sommaire. Jean de la Croix est un jeune émule de Thérèse d'Avila, son aînée de 27 ans, rencontrée pour la première fois en 1567 à Medina de Campo au moment où il est étudiant en théologie et scolastique chez les Carmes. Un an plus tard, a Duruelo, ils se lancent dans réforme du carmel masculin, dont il reçoit l'habit réformé des propres mains de la Madre tel qu’elle-même le raconte au chapitre troisième de son livre intitulé Les Fondations. L’année 1991 a marqué le quatrième centenaire de la mort de saint Jean de la Croix. Même en dehors du catholicisme, il est considéré comme le docteur mystique par excellence. Poète, artiste et contemplatif, Jean de la Croix a laissé une oeuvre qu'on ne finit jamais d'explorer. Ce premier carme déchaux, né en 1542, est mort à quarante?neuf ans le 14 décembre 1591.

3.1 Sa vie

3.1.1 Enfance et années de formation

UNE ENFANCE ET UNE ADOLESCENCE DURES.

Né à Fontiveros (Avila) en 1542, Juan de Yepes (le véritable nom de Jean de la Croix) entre dans un monde en mutation. Il est encore un enfant, quand des frictions familiales poussent son père Francisco Yepes et Catalina Alvarez sa mère à déménager à Médina del Campo en 1551. Carrefour commercial, la ville attire les marchands lors de ses célèbres foires. Le jeune Juan connaît une petite enfance très chaleureuse, mais, bientôt orphelin de père, le reste de cette enfance et son adolescence seront marquées par la pauvreté. Avec sa mère et ses frères Luis et Francisco ils connaissent la misère. Luis mourra de malnutrition. Très tôt Juan travaillera dans un hôpital pour aider la famille. Malgré tout, le climat de confiance et d'amour du foyer demeurera. Toute sa vie Juan restera très près de son frère Francisco, maçon. Avec lui il entreprendra plusieurs constructions et réparations de couvents. Aidé par des bienfaiteurs, ses études lui permettront d'être accepté chez les Carmes.

3.1.2 Une activité de fondateur et réformateur de l'ordre des Carmes

DANS LE TUMULTE DES REFORMES

Thérèse avait inauguré la réforme des carmélites en quittant le couvent de l'Incarnation pour celui de St?Joseph à Avila en 1562. En 1567, alors qu'elle songe à implanter sa réforme dans la branche masculine, elle rencontre à Medina del Campo, un jeune prêtre carme qui l'étonne, Juan de Santo Matias (il s'agit de Jean de la Croix) ; lui a vingt?cinq ans, elle cinquante?deux. Un an plus tard, le 28 novembre 1568, à Duruelo, avec lui et deux autres compagnons, ils entreprennent la réforme du carmel des hommes. C'est des mains de Teresa que Juan reçoit l'habit de la réforme (cf. Troisième chapitre du livre des Fondations de Thérèse d'Avila).

Au cours des années qui suivent Juan de Yepes, devenu, sous la bure des Carmes réformés, Juan de la Cruz, va développer des charismes de conseiller et maître spirituel, d'administrateur. Supérieur, membre du Conseil général des Réformés, provincial d'Andalousie, fondateur de couvents, Jean de la Croix approfondit sa voie spirituelle. Influencé par Thérèse d'Avila, mais en même temps très personnel, à la demande des religieux et des religieuses de la réforme carmélitaine, il met par écrit, sans enthousiasme, l'essentiel de son cheminement.

3.1.3 Activités de directeur spirituel et d'écrivain spirituel

UN CONSEILLER SPIRITUEL RECHERCHÉ ET UN AMI

A travers ses déplacements et ses activités nombreuses, Jean de la Croix garde un espace pour des amitiés humaines et spirituelles très riches, dont bien sûr Thérèse d'Avila, surtout pendant la période où il fut confesseur au couvent de l'Incarnation à Avila où Thérèse était revenue comme supérieure (1572?1578), avec Anne de Jésus, sa compagne. Relations assez riches et profondes pour qu'il dédie le "Cantique spirituel" à cette soeur, et "la Vive flamme d'amour", le commentaire du poème, à une laïque, Ana de Peñalosa qui l'avait supplié d'écrire.

Son activité chez les Carmes réformés lui valut plusieurs épreuves. A Tolède, kidnappé par les Carmes non réformés (les Chaussés, comme les désigne Thérèse) il croupit neuf mois dans un cachot immonde. C'est durant cette réclusion ?3 décembre 1577\22 août 1578?, qu'il a probablement écrit le Cantique spirituel, les Romances et la Source.

Jean de la Croix délaissé, mourra méprisé, démis de ses fonctions, complètement abandonné dans le lointain couvent d'Ubeda, où le supérieur le maltraite et le persécute.

Son tombeau est à Ségovie. Le 24 août 1926, Pie Xl l'a déclaré Docteur de l'Église. Il deviendra patron des poètes espagnols le 21 mars 1952.

4.2 Personnalité

Artiste, doué pour l'écriture, la poésie, les beaux?arts, cet aspect de sa personnalité imprégnera ses oeuvres. Il parvint à l'université, exploit, compte tenu de sa situation économique, qui ne l'empêche pas durant ses études de développer une pensée très personnelle. Il fait sa théologie et, bien qu'intéressé aux questions de fond, les querelles d'écoles ennuient et fatiguent un esprit en quête d'une rigueur de pensée mal accordée avec les choix existentiels.

4.3 Oeuvres

Artiste doué pour l'écriture, la poésie, les beaux-arts, cet aspect de sa personnalité va se retrouver dans ses oeuvres. C'est là qu'il est le plus lui-même, c'est pour lui le moyen de communiquer le mieux son expérience. Ses poèmes commentés dans ses oeuvres sont des merveilles. Son dessin original du Christ en plongée est un chef d'oeuvre. Salvator Dali en a fait une transposition sous le titre Le Christ de saint Jean de la Croix.

Jean de la Croix a aussi un côté intellectuel. Il a réussi à se rendre à l'université et c'est tout un exploit pour quelqu'un dans sa situation économique. Il a dû travailler le soir à l'hôpital pour payer ses études. Tout au cours de sa formation, il va développer une pensée très personnelle. Il s'intéresse aux questions de fond, c'est pourquoi, pendant ses études de théologie à Salamanque, il sera plutôt rebuté par les disputes d'écoles etc. Il cherche une rigueur de pensée qui, toutefois, ne soit pas décrochée de choix existentiels.

4.3.1 Le fil conducteur

Son oeuvre écrite se divise en une oeuvre poétique qui semble première et dont les poèmes expriment sous forme imagée et symbolique l'essence et la profondeur de l’expérience vécue et en une oeuvre théorique et didactique qui relit, traduit, interprète, développe les poèmes à travers des commentaires et des explications qui n’en demeure jamais qu’une explication partielle et imparfaite.

Les deux parties sont interdépendantes; on ne peut lire l'une sans l'autre. Il y a une dynamique de lecture dans ce va?et?vient du poème au commentaire et vice versa (Morel). Et il faut la respecter si l’on veut comprendre quelque chose à Jean de la Croix dont on a hélas ! bien souvent dans le passé retenu que les commentaires en laissant de côté les poèmes. Heureusement, de nos jours on redécouvre la richesse et la force des poèmes pour entrer dans le cœur de l’expérience spirituelle de ce carme ardent et entièrement donné à celui qu’il appelle le « TOUT ».

4.3.2 Sommaires de ses oeuvres

a) La Montée du Carmel (La Subida del Monte Carmelo) est un commentaire du poème la Nuit obscure ou Noche oscura. Nous avons les livres un, deux et trois. A-t-il écrit le quatrième? C'est une initiation ascétique, des conseils, des descriptions sur la façon de se préparer à la rencontre du Seigneur. C'est la description de l'ascèse que fait l'homme pour se préparer. L'essentiel de l'ascèse est dans l'imitation du Christ, c'est-à-dire l'accueil de la volonté du Père. Lire le texte du livre premier, chapitre 13 qui est le sommet de la première partie.

Dans le deuxième livre, au chapitre 22, il y a, à l'occasion d'une question sur les révélations privées, un développement extraordinaire sur le Christ, Parole de Dieu en plénitude, qui figure comme lecture à l’Office des lectures le 14 décembre, le jour de la fête liturgique de saint Jean de la Croix. Il traite amplement dans ce deuxième livre et dans le troisième des phénomènes reliés à la vie mystique, mais il faut toujours se rappeler que, chez Jean de la Croix, le plus important n'est pas ce qui est décrit le plus longuement. Parfois, il passe le "centre" en quelques paragraphes. Il faut y être attentif. Lire le texte: anéantissement ou restructuration: il a ce sens.

Dans cet ouvrage le poème de la Nuit est commenté sous l'angle de l'ascèse, de la purification, de ce que je fais. C'est ce que saint Jean de la Crois appelle les nuits actives.

b) Le même poème de la Nuit obscure, est commenté de nouveau dans un ouvrage qui porte le même titre que le poème la Nuit obscure (Noche oscura). Mais il est commenté d'un point de vue différent. Il s'agit des nuits passives. Il y a progression. Les purifications passives sont, non plus ce que je fais, mais ce qui m'arrive par la main du Seigneur, ce que Dieu fait. Dieu prend l'initiative et la personne s'abandonne, se laisse guider plutôt qu'elle ne guide elle-même.

c) Autre poème commenté sous le même titre: le Cantique spirituel ( Cantico espiritual). C'est très inspiré du Cantique des cantiques. Le commentaire suit chacune des strophes du poème et en explique le symbolisme dans le détail. On en a deux versions: Cantique A et Cantique B. La plupart des spécialistes reconnaissent maintenant le caractère authentique des deux versions. Dans la dernière édition des oeuvres de saint Jean de la Croix en français, les deux versions sont publiées.

d) Le poème La Vive flamme (Llama viva), et le commentaire du même nom se présentent comme le Cantique spirituel. La Vive Flamme décrit les sommets de l'union à Dieu. Les quatre poèmes s'enchaînent et décrivent l'itinéraire spirituel de transformation de l'âme en Dieu, le chemin pour arriver à l'union transformante ou union d'amour que saint Jean de la Croix décrit de façon détaillée au chapitre 5 (ou chapitre 4 dans certaines éditions) du deuxième livre de la Montée du Carmel.

e) Trente-deux lettres; cent quatre-vingt-une maximes; dix romances (petits poèmes en vers de huit pieds), des opuscules dont un intitulé:" Les ruses" pour déjouer le démon; quelques autres ouvrages.



4.4 Itinéraire spirituel

4.4.1 Perspective.

La perspective de Jean de la Croix est beaucoup plus large que celle de Thérèse. Il touche l'ensemble de la personnalité et non seulement les effets de la pratique de l'oraison. Il se situe d’emblée dans une perspective globale et intégrale. Toute la personnalité est touchée dans sa visée de la restructuration de l'être.

Cette restructuration de la personne se fait par la grâce de Dieu qui fait apparaître la créature nouvelle dans toute sa splendeur, ce qui l'amène à décrire longuement les purifications. Il y a peu d'équivalent chez les mystiques en ce qui concerne la description des nuits, en particulier la description des purifications ou nuits passives. Analyse dont la profondeur et la finesse ont peu d'équivalent chez les mystiques; une description qui accède aux chef?d'oeuvres de la littérature.

Prendre bien note qu’il s'adresse à des carmélites qui ont déjà pris une décision de vivre évangéliquement, qui ont une option fondamentale pour l'Évangile et Jésus. La première conversion est supposée. Les descriptions de Jean de la Croix s’appliquent d’abord et avant tout à quelqu’un qui a décidé de servir Dieu, mais elles peuvent aussi éclairer avec profit tout cheminement spirituel sérieux quoiqu’il en soit de son point de départ.

3.4.2 Les étapes du cheminement spirituel

En bref, on pourrait décrire ainsi la restructuration de la créature nouvelle. Au point de départ il y a la décision de servir Dieu (première conversion) qui est suivie d'une adaptation plus ou moins longue au plan de l'affectivité (nuit active des sens) et au plan de l'esprit (nuit active de l'esprit).

Survient alors un passage des plus importants où "Dieu met la main" en invitant la personne à se livrer totalement et sans retour. Ce passage est suivi, encore là, d'une adaptation à un environnement spirituel nouveau qui se révèle petit à petit. L'affectivité doit s'y ajuster (nuit passive des sens) ainsi que la partie spirituelle de l'être humain (nuit passive de l'esprit).

Le résultat de ce cheminement et de ces purifications est l'expérience de l'union transformante avec Dieu, "l'union d'amour" (Montée du carmel, l.II, c.5).

Sous forme schématique voici les sept étapes du cheminement spirituel qui se dégagent de l’enseignement de saint Jean de la Croix

(1) désir de servir Dieu (première conversion)

(2) elle est suivie normalement d'une adaptation au niveau de la sensibilité ou nuit active des sens,

(3) puis de l'intelligence, pensée, esprit ou nuit active de l'esprit.

Dans ces premières étapes, l’accent est mis sur la personne qui fait les efforts.

(4) SEUIL important ici. Se livrer à Dieu totalement. "Dieu y met la main", c'est-à-dire qu'il y a une intervention du Seigneur et non plus seulement mes seuls efforts. Trois signes du passage à la contemplation.

(5) Ce passage est suivi d'une adaptation au niveau de l'affectivité ou nuit passive des sens

(6) puis de l'intelligence ou nuit passive de l'esprit.

(7) Union transformante ou union d'amour (mariage spirituel)

Les étapes structurantes se situent de part et d'autre d'un moment caractéristique, d'un seuil qui correspond au passage des « oraisons actives » aux « oraisons passives » dans les Demeures de Thérèse d’Avila dont nous avons parlé plus haut.

CONCLUSION

Jean de la Croix n'est pas un maître qui donne des leçons, mais de ceux qui demandent au disciple d'entrer en lui?même, de repérer ses mouvements intérieurs et de se laisser habiter dans la vérité par la présence d'un Dieu toujours plus grand que nous (cf. I Jn 3,20). Dans cette démarche, Jean de la Croix apparaît comme le maître spirituel par excellence parce qu'il renvoie le disciple à son humanité, rachetée et sauvée, comme au seul chemin et à la seule porte d'accès au banquet céleste: Jésus?Christ.

5. Panorama de la spiritualité au XVIe

Ce panorama sera fait en classe par le professeur.





CONCLUSION GÉNÉRALE



L’Âge d’or de la mystique en Espagne a laissé des traces importantes qui se rendent jusqu’à nous. Les maîtres spirituels espagnols dont nous avons parcouru l’itinéraire sont encore des phares et des personnes inspiratrices pour de nombreux disciples. Leur rayonnement déborde l’aire catholique pour rejoindre les hommes et les femmes qui sont en quête d’intériorité et de profondeur humaine.




Hermann Giguère, professeur

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Révision complète sans modifications

Le 30 janvier 2013



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