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CHOIX D'ÉCRITS SPIRITUELS DU BIENHEUREUX FRANÇOIS DE LAVAL (1623-1708)



L'abandon à Dieu à travers vents et tempêtes: "Nous n'avons qu'à lui être fidèles et le laisser faire."



Lettre au directeurs du Séminaire de Québec, 18 mars 1687.

À Paris, ce 18 mars 1687.



M. Dudouyt vous donnera avis de tout ce qui s'est passé depuis le retour de M. de Saint-Valier, qui ne pourra avoir ses bulles cette année et par conséquent repasser en Canada; et moi, conformément aux sentiments que Notre-Seigneur me fait la miséricorde de me continuer, j'y retourne comme au lieu où mon coeur est inséparablement attaché, en sorte que quand je serais assuré de mourir sur la mer, je m'embarquerais pour n'être pas privé au moins de la consolation de mourir dans l'accomplissement du bon plaisir de Notre-Seigneur, dans lequel doit consister notre bonheur pour le temps et l'éternité.



Je ne vous remémorerai pas notre bon M. Guyon, puisque ce bon plaisir en a disposé et nous l'a enlevé. Le 10 de janvier dernier, il a fait une mort fort chrétienne et a reçu en ce passage une protection toute extraordinaire de la sainte Vierge. Si la providence de Dieu me conserve jusqu'à Québec, je vous en dirai les particularités. Je lui ai administré les derniers sacrements et ne l'ai point abandonné jusqu'à la mort, comme il m'en avait bien prié. M. Dudouyt n'a manqué en rien des devoirs de charité qu'il lui devait. Ne manquons pas, je vous en prie, ceux que nous lui devons en l'autre vie. Je l'ai fait avec soin jusqu'ici, et continuerai. Notre-Seigneur nous fait connaître dans cette privation que ses desseins et ses pensées sont bien autres que celles que nous pouvons avoir. Ce sont des conduites de grâce et de miséricorde de nous priver des choses que nous estimons les plus nécessaires. J'en ai fait le sacrifice de bon coeur, et, comme je reconnais bien que l'attache que j'y avais était beaucoup appuyé sur l'humain, j'ai adoré en cela la bonté et la miséricorde de Notre-Seigneur de me l'avoir voulu ôter. Priez et faites bien prier Dieu pour lui, et le bénissons de nous avoir privés des grands secours qu'il s'était rendu capable de donner à l'église de Canada en toute manière. Dominus dedit, Dominus abstulit; sit nomen Domini benedictum...



Je ne vous saurais encore dire déterminément les ecclésiastiques que la Providence de Dieu nous donnera pour passer avec nous. Je passerai cependant dans le premier navire tant soit peu commode qui partira, à la réserve de ceux qui portent des soldats, où sans doute je serais trop incommodé. L'on nous écrit de La Rochelle que deux petits vaisseaux, l'un de trente-cinq tonneaux et l'autre de soixante ou soixante-dix tonneaux, partent dans ce mois-ci. Hors cela l'on ne voit pas de vaisseaux raisonnables qui se disposent plus tôt qu'à l'ordinaire, c'est-à-dire vers la Saint-Jean, à la réserve de celui qu'on nomme la Diligente, dans lequel étaient MM. de Denonville et de Saint-Valier allant en Canada, que le Roi a accordé à la Compagnie de la pêche sédentaire de l'Acadie lequel l'on dit qui doit partir à la mi-mai et ne doit demeurer que deux ou trois jours à leur pêche que l'on appelle Cliedabouctou, proche Canceau, dans lequel je m'embarquerai, Si cela est, parce que l'on croit qu'il arrivera plus de six semaines à Québec plus tôt que les autres.



[...] M. Dudouyt vous écrit touchant l'état du temporel, qui est très fâcheux. Et comme Mgr de [Saint-Valier] n'a voulu en aucune manière entrer en connaissance ni participation des dettes, se disculpant de tout et remettant entièrement l'engagement sur le Séminaire, faisant voir, à ce qu'il se persuade, qu'il n'a plus mis qu'il n'a été cause de dépense, et quoi que nous ayons pu apporter de raisons et de sujets, que je lui aurais pu vérifier par ses lettres et les vôtres, il est demeuré au resté en disant que c est vous autres qui avez voulu la séparation de biens, soit en premier lieu par le partage et destination des fonds et réserves pour chaque jour (?), soit d'une autre dernière manière. Bref il a pris toutes les conclusions et les résolutions pour une séparation de biens, laquelle nous ne lui avons pas témoigné la moindre peine, lui taisant assez connaître que l'esprit de grâce ne le fit entrer dans l'esprit de désappropriation et de pauvreté, dans lequel il m'avait paru, mon sentiment n'était pas de le retenir par des raisons humaines. Nous vous dirons tout de vive voix, Si Notre-Seigneur nous fait la miséricorde d'arriver.



Cependant vous verrez assez, sans que je vous l'écrive, que l'on ne peut être plus embarrassé que nous le sommes en nous chargeant de la dette de M. de la Chesnaye, qui était tout ce que pouvait devoir le Séminaire, à la réserve de quelques dettes que 1'on aurait pu acquitter à la suite commodément dans le pays. Je croyais que nous fussions entièrement en liberté, et nous voilà retombés dans un état encore plus mauvais qu'auparavant, que d'être acquittés de M. Guenet, auquel on doit encore dix mil1e francs. Je vous avoue que vous avez très mal fait d 'avoir tant de facilité à vous laisser aller à tous les grands projets de dépense de N. de [Saint-Valier], qui dit que vous avez en autant d'ardeur pour vous y porter qu'il en a eu de sa part, outre tous les autres argents qui regardent les biens du Séminaire, auxquels il dit qu'il n'a aucune part. L'on va tomber dans de grandes extrémités, à moins que la Providence de Dieu n'ait des voies bien extraordinaires pour nous aider, qu'il serait difficile de prévoir, n'en ayant présentement aucune pour pouvoir sortir de cet abîme de dettes et d'affaires.



M'étant trouvé assez incommodé depuis quinze jours de certains éblouissements de tête suivis de faiblesses, je me réduis à vous mander seulement ceci en général, me réservant à vous dire le reste de vive voix...



Priez bien Notre-Seigneur et la très sainte Famille, et me croyez en son amour tout à vous,



François, évêque de Québec.



Altera nova positio pp. 397-400

Extraits d'une lettre aux directeurs du Séminaire de Québec, 9 juin 1687.



Adorons les conduites de Dieu sur nous et sur toutes ses oeuvres, nos très chers Messieurs. J'espérais et j'avais une confiance entière qu'il me donnerait la consolation de m'unir à vous de corps comme je le suis de coeur et d'esprit; mais son aimable providence en dispose tout autrement et selon son bon plaisir, qui doit être tout notre bonheur et notre paix pour le temps et l'éternité.



Vous connaîtrez par les copies des lettres actives et passives que vous trouverez ci-jointes, ce qui n'oblige de rester en France. Je n'eus pas plus tôt reçu ma sentence que Notre-Seigneur me fit la grâce de me donner les sentiments d'aller devant le Très [Saint-] Sacrement lui faire un sacrifice de tous mes désirs et de ce qui m'est de plus cher en ce inonde. Je commençai en faisant amende honorable à la justice de Dieu, qui me voulait faire la miséricorde de reconnaître que c'était par un juste châtiment de mes péchés et infidélités que la Providence me privait de la bénédiction de retourner dans un lieu où je l'avais tant offensé, et je lui dis, ce me semble de bon coeur et en esprit d'humiliation, ce que le grand-prêtre Héli dit lorsque Samuel lui déclara de la part de Dieu ce qui lui devait arriver: " Dominus est, quod bonum est in oculis suis faciat ".



Mais comme la bonté de Notre-Seigneur ne rejette point un coeur contrit et humilié et que humiliat et sublevat, il me fit connaître que c'était la plus grande grâce qu'il me pouvait faire que de me donner part aux états qu'il a voulu porter en Sa vie et en sa mort pour notre amour, en action de grâces de laquelle je dis un Te Deum avec un coeur rempli de joie et de consolation au fond de l'âme, car pour la partie inférieure, elle est laissée dans l'amertume qu'elle doit porter.



C'est une blessure et une plaie qui sera difficile à guérir et qui apparemment durera jusqu'à la mort, à moins qu'il ne plaise à la divine Providence, qui dispose des coeurs comme il lui plaît, apporter quelque changement à l'état des affaires. Ce sera quand il lui plaira et comme il lui plaira, sans que les créatures puissent s'y opposer, n'étant en pouvoir de faire que ce qu'elle leur permettra. Il est bien juste cependant que nous demeurions perdus à nous-mêmes et que nous ne vivions que de la vie du pur abandon en tout ce qui nous regarde au dedans comme au dehors.



[...[ Vous apprendrez par les lettres de M. Dudouyt tout ce qui s'est passé ici touchant la conduite de M. [de Saint-Valier] depuis son retour. (in margine: Sur l'empêchement que l'on a apporté à mon retour, l'on a allégué, et M. de S[eigneley] me l'a dit à moi-même, qu'il y avait lieu de douter si je vivrais bien avec mon successeur). Il y a tous les sujets d'être persuadé qu'il a sourdement tramé toute cette affaire, quoiqu'il ait fait tout le possible pour faire croire qu'il n'y a point de part ni directement ni indirectement. Il a fait toujours paraître beaucoup de frayeur que je ne veuille gouverner. Lorsque l'on lui a dit quelle n'a pas commencé ici, en ayant déjà donné des marques en Canada, il a conclu que ne l'ayant fait paraître que dans les conseils qu'il a tenus avec vous, il fallait que vous en eussiez écrit. Mais il aurait été bien facile de lui faire connaître qu'il s'en est ouvert à bien d'autres; ex abundantia cordis os loquitur. Il est difficile qu'un esprit préoccupé comme il est de cette pensée et aussi ardent et impétueux comme il est, s'empêche de faire confidence aux personnes qu'il croit être par politique obligé de gagner et d'avoir à soi. Ce sont des effets d'une conduite humaine qui nous obligent d'avoir bien recours à Dieu, afin qu'il lui donne son esprit. C'est bien sans fondement qu'il a cette crainte. Si la personne qu'il appréhende avait eu ce désir et cette disposition, il n'aurait pas paru en ce qu'il a fait à son égard une conduite toute opposée, nonne manens sibi manebat. Cela nous doit faire voir que quand notre esprit est laissé à lui-même, il se travaille bien inutilement. Il faut mettre toute notre confiance et notre force en Notre-Seigneur, en sa sainte Mère et toute sa sainte Famille. C'est l'oeuvre de Dieu, et nous avons par sa miséricorde cherché uniquement sa gloire en ce que nous avons fait ou, pour mieux dire, en ce que le sentiment des serviteurs de Dieu a fait unanimement. Ainsi j'espère qu'il tirera de cette épreuve le bien de l'Église et qu'il fortifiera de son divin Esprit tous ceux qui auront eu part à ses souffrances.



[...] Je ne doute point que l'on ne soit fort surpris dans le pays de voir que je ne repousse point, M. de Villeray et tous ceux qui lui étaient en France m'ayant toujours vu dans ce dessein et ce désir et que l'état de ma santé n'en aura pas été cause. Comme l'on a déjà dit ici que c'était par ordre, ainsi que vous connaîtrez par la dernière lettre que j'écris au P. de La Chaise, il y a bien de l'apparence que ce bruit ira jusqu'à La Rochelle et ensuite en Canada. Je n'y dois pas contribuer; l'esprit de Notre-Seigneur nous y oblige parce que l'on ne manquera pas de l'attribuer à N.[de Saint-Valier]. J'ai fait ici ce que nous avons pu pour que l'on croie que c'est par des considérations particulières. Sachant qu'ils en sont informés à St-Sulpice, nous avons fait parler à M. Tronson, afin qu'il y apporte le remède autant qu'il le jugera nécessaire. Je ne sais pas ce qu'il fera. En tout cas, il faut faire de notre côté ce que l'esprit de grâce demande de nous. Notre-Seigneur tirera sa gloire de tout. Ceux qui ont connu la disposition des esprits en Canada, jugeront aussi de la source et du principe. Le P. Dablon a écrit qu'il était assuré que l'on apporterait de l'opposition à mon retour et qu'il le savait bien. S'il ne vous a pas dit la même chose, ne lui en faites rien paraître, parce qu'il verrait bien que M. Dudouyt vous l'aurait écrit. Il faut qu'il l'ait su de personnes auxquelles l'on en ait fait confidence ou qui aient reconnu par des marques assurées la disposition des esprits pour cet effet.



Quoi qu'il en soit, c'est de la main de Notre-Seigneur et de sa sainte Mère que nous devons tout recevoir comme une grâce bien spéciale, et je puis dire pour moi la plus grande et la plus précieuse que j'aie encore reçue de ma vie. Priez-les que j'en fasse un saint usage et j'espère néanmoins qu'ils me feront la miséricorde de mourir en Canada, quoique j'aie bien mérité d'être privé de cette consolation. Verumtamen non mea sed Dei voluntas fiat. Je possède sur cela par sa bonté infinie une paix profonde dans le fond de l'âme.



Tous ceux qui conservent l'esprit d'union avec le Séminaire seront bien contristés et consternés de ne voir passer aucun ecclésiastique encore cette année. J'aurais tâché de contribuer à les soutenir et fortifier Si j'avais passé moi-même. Mais il faut bénir Dieu et adorer son aimable conduite. Le bon M. Brûlon espérait bien pour tout délai pouvoir revenir au Séminaire, aussi bien que M. de Caumont; mais il ne faut pas que M. Brûlon s'inquiète et qu'il se règle et s'appuie sur ses sentiments et son propre jugement; qu'il mette toute confiance en Notre-Seigneur, qui, après nous avoir éprouvés, lui donnera l'accomplissement de ce qu'il désire.

[...] M. Dudouyt vous écrit l'état du temporel. Il ne peut pas être plus engagé et plus embarrassé qu'il est. M. le Supérieur, voyant l'extrémité où l'on était, sans avoir quoi que ce soit pour acquitter les lettres de change que vous avez envoyées, a prêté huit mille francs que l'on prend d'un remboursement qui s'est fait; sans quoi il aurait fallu sans remède laisser protester les dites lettres de change et souffrir honteusement une espèce de banqueroute. Voilà à quoi on s'est exposé par les grandes dépenses auxquelles l'on s'est engagé mal à propos. Ce n'est rien que l'emprunt; la difficulté [est] de pouvoir s'acquitter de cette dette avec celle de M. Guenet, dont il reste encore près huit mille francs argent de France à payer. L'on s'est obligé de rendre celle du Séminaire en deux ans, en sorte qu'il faut pendant ces deux années trouver quatre mille cinq cents livres, joignant mille francs que l'on lui doit d'ailleurs aux huit mille francs empruntés. Ce sont près de huit mille cinq cents livres qu'il faut payer en ces deux articles chaque année. Vous pouvez juger de la peine où l'on va être pour trouver cette somme, outre laquelle il faut encore fournir à la dépense de France, qui n'est pas petite dans le Séminaire pour ceux dont le Canada doit être chargé. Il ne faut pas s'attendre d'être soulagé de quoi que ce soit de la part de M. [de Saint-Valier]. J'ai bien reconnu ses dispositions a ce regard aussitôt qu'il [fût] arrivé en France, quoique quelques considérations humaines l'aient obligé à ne le pas faire paraître tout d'un coup, disant que le partage qui avait été fait avec le Séminaire en lui laissant le revenu qui lui appartient aux abbayes, n'empêcherait pas [que] la communauté de biens ne pût subsister. Mais nous lui fîmes voir le contraire et l'impossibilité de garder ses mesures, et que ce qu'il avait dessein de laisser, n'était pas capable de fournir aux charges dont il prétendait charger le Séminaire, ayant la vue que ce qui proviendra à lui appartenant des dites abbayes serait pour le défrayer avec ceux qu'il aurait avec lui dans sa maison, soit pour nourriture soit pour entretien, en sorte que le dessein qu'il a pris est de vivre séparé de tout, comme Si jamais il n'avait eu aucun sentiment ni mouvement de grâce pour vivre autrement. - Bien loin qu'il ait voulu convenir qu'il ait été la cause dettes et engagements que l'on a contractés au Séminaire le temps qu'il a été en Canada il s'est efforcé pour faire qu'il y a plus procuré et apporté que la dépense soit d'enfants soit d'ecclésiastiques avec toute leur suite n'a été grande. D'où il conclut que les acquisitions et dépenses au moulin à scie de l'île de Jésus et autres lieux est l'unique cause des dettes et affaires du Séminaire de Québec et a pris cette affaire Si à et avec tant d'ardeur, que l'on peut dire qu'elle a été en partie la raison qu'il a prise pour prétexte et fondement de se désunir tout à fait et même de tout ce qui est arrivé à la suite, que vous apprendrez par tout ce que l'on vous écrit. Vous pouvez bien inférer de sa disposition que ce n'est pas de son revenu que nous devons attendre de quoi soulager et acquitter les dettes du Séminaire, quoique vous nous avez souvent mandé par vos lettres qu'il vous avait assuré qu'il trouverait bien en France de quoi les acquitter et que l'on ne devait point craindre de prendre des enfants et des ecclésiastiques; sur quoi il me souvient de vous avoir répondu qu'il pouvait bien arriver du changement et que cependant le Séminaire demeurerait toujours chargé de dettes; ce qui est arrivé et que, quoiqu'il puisse aider, il n'a aucune disposition pour cet effet. Il faut adorer la Providence de cet éloignement et mettre toute notre confiance et notre appui en elle. Cependant il est d'une nécessité absolue de retrancher de toute manière toutes les occasions de dépenses, afin de pouvoir payer les dettes. Si l'on peut du côté de la France venir à bout d'acquitter les neuf mille francs que nous devons au Séminaire avec le courant de la dépense et la dette de M. Guenet en deux années, ce sera assurément une chose beaucoup au-dessus de nos forces parce que outre cela il est nécessaire d'envoyer des étoffes et Je reste des besoins qui s'achètent à Paris, sans parler des frais et dépenses des embarquements et du fret de ce que 1'on envoie, et au cas que Notre-Seigneur me fasse la miséricorde de pouvoir retourner, la dépense qu'il faut pour cela et de ceux qui passeraient avec nous, il faut faire état que tout cela joint ensemble se montera bien à quatorze mille francs, et c'est au plus Si nous en pourrons avoir neuf mille. Où prendre le reste? De trouver à emprunter, c'est à quoi il ne faut pas penser, étant une chose impossible, ni de se pouvoir dispenser de rendre au Séminaire l'an prochain et la suivante ce qu'ils ont prêté, dont ils auront besoin; sans quoi ils ne l'auraient pas assurément prêté. Je sais bien ce que vous avez de difficultés. J'ai encore tout assez présent pour me les remettre et me mettre en votre place. Mais d'autre part, vous savez ce que c'est que de devoir. Si la providence de Dieu avait permis que j'eusse été au pays, j'aurais pris de plus grandes précautions et sûretés de N. [de Saint-Valier], ou l'on n'aurait pas entrepris autant de choses. Il m'était libre et facile de passer la première et seconde année. Le Roi s'était déclaré sur cela. \Mais la considération du bien de l'Église de Canada me fit rester et la condescendance que j'eus la seconde pour ce qu'il (Mgr de Saint-Valier) m'écrivait que les mêmes raisons subsistaient encore, m'engagèrent au même.

[...] Nous voilà, par une conduite spéciale de Notre-Seigneur sur moi, à demeurer tant qu'il lui plaira dans le lieu de notre exil que je ne pensais pas à mon départ de Canada venir trouver en France. Tout ce qui vient de sa main nous doit être aimable et adorable.



Quoique N. [de Saint-Valier] fasse paraître qu'il est nécessaire de conserver les curés dans la désappropriation, il prend tous les moyens qui sont capables de les rendre tous propriétaires et semblables à ceux de France. Comme cependant il y en aura plusieurs qui auront de la grâce et qui conserveront les sentiments dans lesquels ils auront été élevés, il faut aussi conserver avec eux le même esprit et union, et faire aux autres tout le bien que l'on pourra dans l'esprit de charité et se disposer a voir tous les changements que la divine Providence permettra qu'il arrive dans l'Église du Canada, de laquelle j'espère que la très sainte Vierge en prendra un soin tout particulier et spécialement du Séminaire consacré à la très sainte Famille de Jésus.



Pour ce qui concerne l'emploi du Séminaire aux missions des sauvages. nous devons mettre toute notre confiance en Notre-Seigneur. Pourvu que ceux qui y seront employés soient bien remplis de son esprit, il les aidera et soutiendra dans leurs travaux, et j'espère qu'ils ne manqueront pas du nécessaire pour le temporel. Ceux qui y réussiront avec plus de bénédiction et qu'il y faut consacrer, doivent être des sujets de grâce et qui aient de l'intérieur.





Altera nova positio pp. 410-416



Lettre à Monsieur Milon du Séminaire des Missions Étrangères de Paris, automne 1689.



J'ai reçu, mon cher Monsieur, la lettre que vous m'avez fait le grâce de m'écrire; elle m'a donné de la consolation et a beaucoup édifié tous nos Messieurs, auxquels j'en ai fait part. La Providence de Dieu, qui vous inspire de prendre avec tant de bonté part à notre peine et à nos intérêts, nous oblige plus particulièrement de nous abandonner entièrement à son adorable conduite et d'y mettre toute notre confiance.



Je ne doute aucunement que Notre-Seigneur ne vous appelle à l'oeuvre des missions et qu'il ne rompe les liens qui pourraient vous arrêter et que l'engagement de la Cour ni des parents ne seront pas capables de prévaloir à la volonté de Dieu. Je le prie de tout mon cœur de fortifier ce désir dans votre cœur.



Vous apprendrez que les règlements qui sont venus de France pour apaiser les différends et conserver la paix dans cette pauvre Église, qui en avait fait pendant trente ans toute la bénédiction, n'ont pas eu sur l'esprit de Monseigneur l'effet que l'on en devait attendre et qu'il a formé de nouveaux sujets de peine plus considérables que les premiers. C'est le calice qu'il plaît à Notre-Seigneur de nous donner à boire et ne se pas décourager.



Vous jugerez bien, mon cher Monsieur, que s'il y a eu jamais une croix amère pour moi, c'est celle-ci, puisque c'est l'endroit où j'ai toujours dû être le plus sensible, je veux dire le renversement du Séminaire, que j'ai toujours considéré, comme en effet il l'est, comme l'unique soutien de cette Église et tout le bien qui s'y est fait et qui s'y peut faire à l'avenir et par conséquent la rupture et ruine totale de l'union que nous avons pris tous les soins imaginables de conserver pendant trente ans.



Mais au milieu de toutes ces agitations, nous ne devons pas nous abattre; Si les hommes ont du pouvoir pour détruire, la main de Notre-Seigneur est infiniment plus puissante pour édifier. Nous n'avons qu'à lui être fidèles et le laisser faire.



Continuez, mon cher Monsieur, cette affection pour cette œuvre qui le mérite et qui est digne de compassion. Priez Notre-Seigneur et sa sainte Mère pour lui et pour moi qui suis tout à vous en leur amour.



François



Altera nova positio pp. 452-453

Extraits d'une lettre à Monsieur de Denonville qui avait été gouverneur de la Nouvelle-France de 1685 à 1689, 20 novembre 1690.



L'on a écrit conformément à ce que vous aviez eu la bonté de me mander, et l'on a eu sujet de se persuader que l'on déférerait au sentiment des personnes qui ont écrit. Mais on a trouvé le moyen d'éluder; et ainsi cette maison [le Séminaire de Québec], privée de tout secours humain, chargée de vingt et vingt-cinq ecclésiastiques, et présentement jusqu'à trente-quatre, outre toutes les autres charges, est réduite à de grandes extrémités qu'elle porte avec le secours de Notre-Seigneur très patiemment, attendant que la divine Providence y apporte un remède efficace, qui est d'une nécessité absolue et à moins de quoi je prévois un renversement total des esprits, les hommes se gagnant par suavité et par un esprit de grâce et particulièrement les ecclésiastiques, qui souffrent beaucoup d'ailleurs dans un pays tel que celui-ci.



L'on a connu les sentiments de M. le duc de Beauvilliers auxquels on doit déférer; cette maison l'a fait en tout, mais la personne que vous connaissez bien n'a pas manqué de trouver des expédients pour n'en rien faire. Mgr de Québec passe en France.



La saison cependant est très rigoureuse pour le froid qui est plus grand que je ne l'ai point encore vu depuis que je suis en Canada. Tout est plein de glace et beaucoup de neige sur la terre; ce qui a fait qu'on a voulu le dissuader de s'embarquer. M. de Frontenac ne s'y est pas épargné pour l'en détourner; mais il passe par-dessus toute sorte de difficultés. M. de Gricour, qui est venu ici il y a un an, repasse en France et aura l'honneur de vous voir.



Toute cette maison et moi spécialement avons béni Notre-Seigneur et sa sainte Mère de vous avoir fait arriver heureusement en France et de ce que la Providence divine a disposé de vous et vous a mis dans un poste qui est bien important pour la religion et tout le royaume.



Nous vous sommes sensiblement obligés des sentiments que vous conservez pour nous. Plus il semble que l'on apporte d'opposition à l'union que vous connaissez être si utile et si absolument nécessaire pour le bien de cette Église et du salut des âmes, plus il paraît que la grâce de cette union prend un nouvel accroissement et se fortifie de plus en plus dans le cœur de tous les ecclésiastiques, qui en reconnaissent les avantages et la nécessité.



Cependant M. [de St-Valier] n'entreprend ce voyage que dans l'unique vue de la détruire entièrement, se persuadant qu'il ne peut pas rendre un plus grand service à Dieu et à cette Église, et croit qu'il n'y a pas de meilleur moyen pour en venir à bout que de réduire cette maison à la dernière extrémité; ce qui lui a fait dire qu'avant qu'il fût peu, il la mettrait en état de n'avoir pas du pain à manger. Les voies qu'il a tenues cette année y conduisent tout droit et plus on tâche de déférer et d'adoucir son esprit, plus il s'aigrit et se porte à des extrémités plus grandes, sans qu'on puisse s apercevoir quel fondement il en peut avoir, sinon que son principe est que pendant qu'il y aura la moindre union et rapport à cette maison, il ne peut avoir l'empire et la domination qu'il exige des ecclésiastiques et qu'il se persuade être d'une nécessité absolue à son égard. Si Dieu permet que les vues qu'ont eues ses amis ne réussissent pas et qu'il revienne en ce pays, il est comme impossible que cette Église ne tombe pas dans un renversement total. [...] Notre-Seigneur et sa sainte Mère en disposeront conte il leur plaira. J'ai une grande confiance qu'ils continueront à protéger cette pauvre Église que vous connaissez bien remplie de son esprit. Je ne doute point que vous n'ayez la charité et la bonté de lui rendre tous les bons offices que vous pourrez selon les ouvertures que la Providence de Dieu vous en fournira et les besoins pressants qu'elle en a.



Accordez-nous le secours de vos prières à cet effet et soyez persuadé qu'il n'y a personne qui vous honore plus que moi et qui soit plus véritablement en l'amour de Notre-Seigneur et de sa sainte Mère,



Votre très humble et très obéissant serviteur,



François, ancien évêque de Québec.





Altera nova positio pp. 453-455

Extrait d'une lettre à Monsieur de Denonville, 16 avril 1691



De Saint-Joachim au Cap-Tourmente, ce 16 avril 1691.



Depuis, Monsieur, que je me suis donné l'honneur de vous écrire par la frégate qui partit au commencement de décembre de Québec, nous n'avons point eu d'ennemis au dehors, sinon depuis le commencement de ce mois que l'on craint une armée d'Iroquois.



Il y a plus de deux mois que je me suis retiré ici pour n'être pas présent à ce qui se passe de la part de ceux qui se déclarent au dedans et font beaucoup souffrir cette pauvre Église.



N. , [Mgr de Saint-Valier] qui avait pris la résolution de passer en France l'automne dernier, a différé jusqu'à ce printemps, qu'elle prend l'occasion de deux vaisseaux qui ont hiverné à Québec. Elle a fait signifier au Supérieur du Séminaire par deux notaires un écrit (que l'on envoie à M. l'abbé de Brisacier) avec sommation d'y répondre par les mêmes notaires. L'on n'a pas néanmoins jugé à propos au Séminaire (pour suivre le conseil de France, qu'il avait reçu de la part des personnes que vous connaissez) d'y répondre que par un mot de lettre respectueux que l'on lui a écrit, renvoyant le tout à M. l'abbé de Brisacier qui doit répondre à tout pour le Séminaire. [...] Depuis que Dieu a permis que nous ayons été privés du bonheur que le pays avait de vous posséder et que N. (Mgr de Saint-Valier) a eu une personne qu'elle pouvait gagner par des voies et des moyens qui ne lui auraient pas réussi à votre égard, qui ne sont que trop préjudiciables à cette Église, elle a fait éclater d'une manière tout à fait scandaleuse les différends qu'elle dit avoir avec le Séminaire, touchant même par l'écrit qu'elle a fait signifier, que ce soit avec moi conjointement avec le dit Séminaire, quoique je ne sache aucunement ce qu'il veut entendre, ayant évité soigneusement toutes les occasions d'avoir les moindres démêlés avec elle, sinon qu'elle me retient de son autorité près de neuf cents francs qu'elle sait que j'ai avancés par le moyen du Séminaire en choses nécessaires pour le rétablissement de l'église de Ste-Anne, auquel vous pouvez vous souvenir que je m'étais engagé par les instantes prières qu'il m'en fit, ayant tous les deniers que l'on avait amassés depuis plusieurs années entre ses mains.



N. (Mgr de Saint-Valier) prend le prétexte de ces différends pour son voyage de France, qu'il dit être forcé de faire après avoir tenté toute sorte de moyens pour les régler sans y avoir pu réussir, quoique néanmoins il soit très véritable qu'il n'en a parlé en quelque manière que ce puisse être depuis votre départ, retenant et retranchant de son autorité privée tout ce qui appartient au Séminaire et dont il pouvait subsister, n'ayant pas même voulu se tenir à tout ce qui a été réglé en France par les personnes qui vous sont connues. Ne s'étant pas contenté de prendre l'an passé les quatre mille francs que l'on avait réglé qu'il laisserait au Séminaire, attendant que la chose fût terminée en France lorsqu'elle y serait présente, il prend encore sur quatre mille francs de cette année prochaine et laisse secrètement des billets pour les suppléments des curés, attribuant à chacun selon que bon lui semble, comme si c'était son propre disposant, du reste comme s'il lui appartenait. Elle a dit l'an passé qu'elle voulait se récompenser des pertes qu'elle avait faites et des dépenses qu'elle était obligée de faire. Autant que l'on peut juger (quoiqu'elle n'en communique rien à personne), l'on a sujet de croire qu'il lui en est resté entre les mains chaque année plus de deux mille francs, n'ayant rien donné à Messieurs du Séminaire du Montréal depuis deux ans pour les suppléments des cures qu'ils desservent, qui se montent chaque année à huit cents francs, disant qu'ils ont été ingrats des bienfaits qu'ils ont reçus d'elle; [in nota: ce qui fait que beaucoup de lieux pour lesquels il y a des suppléments marqués, demeurent abandonnés, voulant que des ecclésiastiques entreprennent beaucoup au delà de leurs forces, lesquels ruinent leur santé en deux ou trois ans. M. Dubos, par l'obéissance que vous savez qu'on lui fit rendre à N. (Mgr de Saint-Valier), a été réduit à manger de la viande en tout temps et à demeurer un... (?) d'infirmerie pour le reste de sa vie. M. Boucher, qui n'est prêtre que depuis deux ans, que N. (Mgr de Saint-Valier) avait mis à la côte de Lauzon, pour avoir, par les conseils qu'on lui en a donnés pour le bien de la paix, entrepris la première année au-dessus de ses forces que N. (Mgr de Saint-Valier) exigea de lui, de desservir jusqu'à La Durantaye en desservant dans l'étendue qu'il y a, est demeuré depuis six mois comme perclus pour avoir passé des eaux froides ou des glaces. Il est actuellement dans les remèdes au Séminaire à l'infirmerie et il y a fort sujet de croire qu'il n'en n'ait pour sa vie.



N. (Mgr de Saint-Valier) paraît bien éloigné de la disposition de demeurer en France et se fait un point d'honneur de revenir après être venu à bout de tout ce qu'il prétend, dont il se flatte et s'ouvre à tout le monde au dehors, et que jusqu'à présent il n'a pas été évêque. Ce serait trop long à vous expliquer ce qu'il entend par ces termes.



M. l'abbé de Brisacier, qui sera informé de tout, aura l'honneur de vous voir et de vous le communiquer, et M. de Gricour, ecclésiastique, qui repasse en France, qui a été témoin oculaire et qui en a lui-même expérimenté une partie, vous le dira de vive voix.



N. (Mgr de Saint-Valier) est dans la résolution de faire semblant de vouloir traiter et faire régler toutes les choses à 1'amiable, mais il n'a pas pu s'empêcher par chaleur de faire paraître le dessein qu'il a de se pourvoir secrètement à la Cour et en apporter des ordres pour l'exécution de tout ce qu'il prétend. Ce qui paraît manifestement par l'écrit qu'il a fait signifier où il marque qu'il va en France pour faire régler les différends qu'il prétend avoir, par qui il appartiendra. Si Notre-Seigneur permet qu'il réussisse dans tous ses desseins, l'on peut dire assurément que cette pauvre Église est ruinée de fond en comble et qu'il n'y a pas sujet de croire que les ecclésiastiques de France veuillent et puissent y demeurer et porter la conduite de N. (Mgr de Saint-Valier), laquelle ne paraît aucunement animée de l'esprit de Notre-Seigneur, n'ayant rien qui ne soit très dur pour les ecclésiastiques. Il n'y a que Dieu qui puisse détourner ce malheur. Ce sera un plus grand miracle que tout ce que Dieu a fait jusqu'à présent pour la conservation toute miraculeuse de ce pays. Quoique ce soit le sujet le plus capable du monde de me causer une sensible douleur, Notre-Seigneur néanmoins par sa miséricorde me fait la grâce de jouir d'une grande paix intérieure de cœur et d'esprit, ayant une entière confiance avec le secours de sa très sainte Mère et des saints Anges et saints Protecteurs de cette Église, qu'il fera tout réussir pour sa gloire. Comme je sais qu'il vous a donné une grande tendresse et affection pour ce pays, je vous conjure, Monsieur, de lui offrir tous les besoins de cette Église, qui sont pressants et venus à une extrémité bien fâcheuse.



Ayez, je vous supplie, la bonté et charité de me donner quelque part en vos prières, dont j'ai plus de besoin que jamais, y ayant bien de l'apparence que la fin de mes jours est bien proche. Je suis attaqué depuis deux ans d'éblouissements accompagnés de maux de cœur qui sont très fréquents et augmentent notablement. J'en ai eu tout récemment un ici, le lundi de la Passion, qui me prit à trois heures du matin et me dura jusqu'à neuf heures du soir, sans pouvoir lever la tête du lit.



Je suis avec un véritable respect, Monsieur,



Votre très humble et très obéissant serviteur.



François



Altera nova positio pp. 472-476

Extraits d'une lettre à Monsieur de Brisacier, 17 avril 1691



A St-Joachim au Cap-Tourmente, ce 17 avril 1691.



Je vous écris celle-ci de ce lieu où je me suis retiré pour avoir un peu de solitude et pour me consoler avec Notre-Seigneur de l'état où je vois cette pauvre Église, qui est affligeant et duquel je serais inconsolable si Notre-Seigneur et sa sainte Mère ne me donnaient une grande confiance qu'ils en auront compassion et qu'ils la secoureront dans son extrême besoin.



Quoique je fasse tout mon possible, me retirant de temps en temps pour diminuer l'ombrage et la peine que je fais à. N. (Mgr de Saint-Valier), comme il me sait et connaît entièrement opposé de sentiment à la conduite qu'il tient tant envers le Séminaire que les autres ecclésiastiques, je ne puis guérir son mal, qui augmente à proportion de ce qu'il reconnaît qu'il ne réussit pas autant qu'il le désire dans le dessein et la fin qu'il se propose et qui paraît qu'il a à cœur par-dessus toute chose de détruire jusqu'au fondement l'union de grâce qu'il a plu à Notre-Seigneur d'établir et conserver depuis tant d'années dans cette pauvre Église, en quoi elle a toujours fait consister tout son bonheur.



N. (Mgr de Saint-Valier) se déclare ouvertement que c'est le sujet unique qui l'oblige de faire son voyage de France et prétend remuer ciel et terre pour y réussir. L'on peut ajouter que dans la malignité de ce dessein, que la passion et 1'aveuglement lui cachent, le monde et l'enfer y auront bonne part et se trouveront unis pour y correspondre. Il a fait toute son étude principale et n'omet aucun soin ni application jour et nuit pour en venir à bout. Tous les moyens pour cet effet lui sont bons, mais celui par-dessus tout qu'il croit et duquel il s'est toujours servi comme le plus efficace, est de réduire le Séminaire à ne pouvoir subsister et à n'avoir pas, comme il l'a dit souvent, du pain à manger.



Si Dieu lui permettait de continuer son entreprise, il viendrait sans doute à bout de sa fin. Il l'a déjà réduit à une grande extrémité et n'était que l'on a pris la résolution de tout souffrir dans l'espérance d'un prompt remède, il n'y aurait pas eu moyen de s'abstenir d'éclater. [...]

Comme il a vu qu'il n'avait plus l'obstacle de M. de Denonville qui le retenait et l'empêchait par une prudence et conduite vraiment chrétiennes d'entreprendre tout ce qu'il a fait depuis, il n'y a rien qu'il n'ait accordé à M. de Frontenac et aux Récollets pour les gagner à lui. Il leur a donné toute sorte de libertés dans leur chapelle de la haute-ville de Québec, et ils prennent leurs mesures pour y bâtir l'an prochain une église et un couvent entier et lui font croire qu'ils abandonneront leur couvent qui est proche de Québec pour y établir un hôpital-général. Mais il n'y a personne qui ne voie clairement qu'ils n'ont aucune volonté de le faire, mais seulement de se servir de ce moyen pour venir à bout du dessein qu'ils ont de s'établir à Québec et au Montréal. A quoi N. (Mgr de Saint-Valier) leur fait espérer qu'il travaillera en France conjointement avec eux et M. de Frontenac. L'on dit tous les jours une messe publique à onze heures où M. de Frontenac ne manque point d'aller avec tout le monde. N. (Mgr de Saint-Valier) lui a accordé cette messe et ne lui refuse quoi que ce soit de ce qu'il lui a demandé, quoique au préjudice des droits de l'Église, jusqu'à lui faire adresser la parole, lorsque N. (Mgr de Saint-Valier) est absent ou n'est point au sermon, par les prédicateurs. Lorsque j'arrivai de France, les Jésuites qui prêchaient s'offrirent de me l'adresser en 1'absence de N. (Mgr de Saint-Valier) n'étant point venu, me disant que lorsque l'évêque n'était point au sermon et qu'il y avait un prince, l'on la lui devait adresser et à plus forte raison à un évêque, comme prince de l'Église. Mais je ne le voulus pas souffrir et l'ordre de l'Église aussi bien que les ordonnances sont formels pour ne les pas [adresser] aux gouverneurs. Mais N. (Mgr de Saint-Valier), ayant dessein de dresser toute sorte de batteries contre le Séminaire, il croit qu'une des principales pour y réussir est celle de gagner les puissances et les Récollets, qu'il croit et connaît capables d'entrer aveuglément à toutes ses vues et affidés à toutes les volontés de M. de Frontenac, un des meilleurs moyens dont il puisse se servir en France. Il fait passer avec lui pour cet effet le P. Commissaire des dits Récollets avec un autre.

Mais Notre-Seigneur et sa sainte Mère, qui prennent un soin tout extraordinaire de ce pauvre pays, ne permettront pas que la prudence purement humaine et du monde prévalent à la vérité et à l'esprit et conduite de Notre-Seigneur, qui a promis de détruire la sagesse et prudence des sages et prudents de ce monde. C'est en cela que nous établissons et fondons tout notre appui et notre force.



Quoique M. l'Intendant connaisse parfaitement bien N. (Mgr de Saint-Valier), cependant nonobstant tout ce qu'il m'en a témoigné par les ouvertures qu'il m'en a faites plusieurs fois, il y a sujet de craindre qu'il ne l'oblige à faire et à dire des choses d'une manière dont il puisse tirer avantage, même d'en écrire en France, n'ayant personne qui soutienne son esprit comme faisait M. [de] Denonville, et craignant extraordinairement que N. (Mgr de Saint-Valier) et M. de Frontenac parlent ou écrivent contre lui en France. Ne soyez pas surpris s'il paraît en quelque manière que ce soit favoriser N. (Mgr de Saint-Valier), quoiqu'il m'ait parlé souvent, avec bien de la confiance de la conduite de l'un et de l'autre. Je n'ai pas cru lui devoir parler de la même manière et j'ai toujours, aussi bien que le Séminaire, entretenu au dehors avec lui correspondance, dont il a toujours témoigné être satisfait. Mais ce que 1'on peut dire à son égard est que la politique et la prudence humaine est le principe qui a le plus de part à toute sa conduite.[...]



Altera nova positio pp. 476-478



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Dernière mise à jour 30 avril 2016