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CHOIX D'ÉCRITS SPIRITUELS DU BIENHEUREUX FRANÇOIS DE LAVAL (1623-1708)

Les cinq lettres à Henri-Marie Boudon, archidiacre d'Évreux

À Québec, ce dernier septembre 1666.

Mon très cher Monsieur.

Jésus crucifié soit notre force. Jamais je ne fus plus consolé d'aucune de vos lettres que de celle que j'ai reçue cette année. L'on ne peut lire sans horreur le manifeste pernicieux qui a été publié contre votre réputation. Je vois que l'enfer a vomi tout ce poison et que ce malheureux auteur y a puisé toute la malice dont il est composé. Je ne puis vous estimer malheureux, puisque Notre-Seigneur, la Vérité éternelle, vous béatifie: " Beati estis cum maledixerint vobis homines et dixerint omne malum adversus vos ". Au contraire, je me réjouirai avec vous de la joie des saints Apôtres, lesquels ibunt a conspectu concilii gaudentes, quoniam digni habiti sunt pro nomine Iesu contumeliam pati. Ma consolation donc, mon cher Monsieur, recevant votre lettre, est de ce que par la miséricorde de Notre-Seigneur, il vous a donné un cœur capable d'avoir autant de joie et d'amour pour la Croix et le mépris, que le monde en conçoit d'horreur et d'aversion. Non fecit taliter omni nationi. Sans doute la très sainte Vierge et les saints Anges vous auront procuré cette grâce par un amour spécial qu'ils ont pour vous. C'est la précieuse perle de l'Évangile, quam quis invenit, abscondit et prae gaudio illius vadit et vendit universa quae habet et emit illam.

Priez bien Notre-Seigneur qu'il me fasse la grâce de bien user des grâces qu'il me fait et des petites Croix qu'il nous présente quelquefois à souffrir. Nous sommes, grâce à Dieu, plus paisiblement que nous n'avons été les années passées en ce pays par le retour que M. de Tracy a fait depuis un an. Il y passera encore cette année. C'est une personne de mérite et de piété. Il est présentement dans le pays des Iroquois en personne avec quatorze ou quinze cents hommes dont nous avons sujet d'espérer un bon succès, Dieu aidant. Il y aura ensuite une grande liberté. Operarii pauci, messis quidem multa, rogate etc.

J'écris à Mgr d'Évreux. Vous lui donnerez ma lettre. Je n'ai pas cru me pouvoir dispenser de rendre le témoignage que je dois à votre vertu et votre innocence. C'est à Notre-Seigneur à la manifester et non pas aux hommes. Ainsi, mon cher Monsieur, disons: " Expecta paulisper, donec impleatur numerus fratrum vestrorum ".

Priez bien Dieu pour moi, je vous en conjure, et pour toute notre Église et nous faites.... (quelques mots sont inintelligibles) des bonnes fortunes, qui vous arriveront par la disposition aimable de la divine Volonté, et surtout me croyez avec vérité, votre très humble et obéissant serviteur,

François, évêque de Pétrée.



(Postscriptum)

Je vous conjure de me mander quelque chose dans la simplicité et vérité de la disposition de mon frère le religieux. Il me semble avoir entendu qu'il avait bien l'air du monde et non pas celui d'un bon religieux. Cela me donne de la douleur et de la peine en même temps, ayant possible contribué quelque chose à ce qu'il fût religieux, étant trop jeune pour le connaître. Ce n'est pas que je n'aie fait tout mon possible depuis ce temps pour le porter au bien, comme de le faire étudier et de lui inspirer de faire effort d'entrer aux réformés; ce qu'il a tenté, mais son infirmité l'en a empêché. Je souhaite de tout mon cœur pouvoir contribuer à le remettre dans son train de vertu. Je vous supplie d'en avoir soin et de me faire savoir tous les ans comme il se comporte. J'ai négligé de lui écrire depuis mon éloignement de France. J'ai pensé le faire cette année, mais j'ai voulu avoir auparavant vos sentiments et savoir l'état dans lequel il est.



Altera nova positio pp. 205-207

Québec, 6 novembre 1677

J'ai reçu, mon cher Monsieur, bien de la consolation d'apprendre que Notre-Seigneur, après toutes les épreuves dont sa divine conduite s'est servie pour exercer votre patience et pour vous sanctifier vous faisant la miséricorde d'en faire un bon usage, enfin il vous ait rétabli dans la réputation que lui-même assurément a permis qui vous ait été ôtée. Dominus mortificat et vivificat, deducit ad inferos et reducit.

Tout ce que la main de Dieu fait nous sert admirablement, quoique nous n'en voyions pas sitôt les effets. Il y a bien des années que la Providence conduit cette Église, et nous par conséquent, par des voies fort pénibles et crucifiantes tant pour le spirituel que pour le temporel.

Pourvu que sa sainte volonté soit faite, il ne nous importe. Il me semble que c'est toute ma paix, mon bonheur en cette vie que de ne [vouloir] point d'autre paradis.

C'est le royaume de Dieu qui est au dedans de l'âme qui fait notre centre et notre tout.

Priez-le bien, sa sainte Mère, son saint Époux, tous les saints Anges et bienheureux Esprits, qu'il me [fasse] la grâce de ne jamais rien vouloir que l'accomplissement de cette divine et aimable volonté per infamiam et bonam famam.

Je vous recommande bien les besoins spirituels de notre Église aussi bien que les temporels, afin que Notre-Seigneur se glorifie en tout. Je suis tout à vous en Son amour et celui de sa sainte Mère.

François, évêque de Québec.



J'ai été incommodé et retenu à la chambre pendant tout 1'hiver de fluxions et autres incommodités. L'on m'a fait un cautère pour voir si cela n'en détournerait point le cours, mais il ne fait pas grand effet. Je vous envoie les deux actes que vous m'avez demandés. Donnez-nous tous les ans de vos nouvelles; elles me consolent dans nos tribulations.



Altera nova positio pp. 207-208

Lettre écrite un an après le retour à Québec du bienheureux François de Laval qui avait démissionné de sa charge d'évêque de Québec. Il se trouvait alors au Séminaire de Québec.

Québec, ce 12 novembre 1689.

J'ai reçu, mon cher Monsieur, votre lettre d'Évreux du septième de février. Je ne puis vous écrire de ma main, ne faisant que relever d'une maladie qu'on croyait mortelle, qui a été précédée, trois mois auparavant, d'une autre qui n'était pas moins dangereuse. Ce qui nous fait connaître que notre fin n'est pas éloignée. C'est en cet état qu'on reconnaît la vérité qu'il n'y a que Dieu seul et que tout le reste n'est rien qu'un pur néant.

Souvenez-vous toujours de nous en sa sainte présence et lui demandez et [à] sa sainte Mère les grâces qui nous sont nécessaires pour nous disposer à bien mourir. Je suis tout à vous en leur amour.

François, ancien évêque de Québec.



Altera nova positio p. 208



1690

J'ai reçu, mon cher Monsieur, votre lettre du 3 mai, jour de la fête de l'Exaltation de la sainte Croix de Notre-Seigneur, Sauveur de tous les hommes.

Vous avez raison de nous marquer dans votre lettre que la véritable marque de l'amour qu'il nous porte est de nous faire part de ses Croix, et qu'en faisant bonne part au Canada, il y doit répandre ses grâces et bénédictions.

Sa protection a paru cette année toute miraculeuse sur le Canada que les Anglais comptaient déjà de mettre en leur possession étant venus assiéger Québec avec une armée navale de plus de trente vaisseaux, avec du moins trois mille hommes, partis de Boston, ou ils avaient donné rendez-vous à une autre armée du moins de quatre mille hommes, composée d'Iroquois et Anglais de la Nouvelle-York.

Notre plus grand secours a été à la prière et de faire diverses neuvaines à la sainte Vierge et à saint Joseph, aux saints Anges, aux âmes du purgatoire, à sainte Anne et à saint François Xavier, tous patrons particuliers de ce pays. Ce moyen a été plus efficace que la force des armes, Dieu ayant mis la consternation dans leurs esprits et encouragé un petit nombre de nos habitants qui n'étaient pas au nombre au plus de trois cents et qui cependant ont obligé les ennemis, qui avaient fait une descente de plus de deux mille à une lieue de Québec, de se rembarquer la nuit, laisser cinq pièces de canon qu'ils avaient descendues à terre avec deux étendards.

Nous n'avions pas en ce temps-là un seul vaisseau. Les trois seuls que nous avons encore de dix qui sont partis de France n'étant arrivés que le 15 novembre, n'ont pas été protégés moins miraculeusement ayant été poursuivis des ennemis qui pendant cinq jours ont fait tous leurs efforts pour entrer dans un lieu où ils s'étaient réfugiés, en ayant toujours été repoussés par des vents contraires qui changè[rent] sur l'heure même que les nôtres y furent entrés, et enfin furent obligés par des tourbillons de neige et de mauvais temps de se retirer.

L'on dit même que l'amiral a coulé à fond à vingt ou trente lieues d'ici, n'ayant pu trouver où il faisait eau du dommage qu'il avait reçu de notre canon. L'on ne sait encore les accidents qui sont arrivés à nos autres vaisseaux, mais l'on rapporte qu'il y en a encore deux qui ne sont pas éloignés d'ici et qu'ils ont passé au travers des ennemis sans qu'ils leur aient rien fait. Ce qui est certain, est qu'ils s'en retournent avec grande confusion et désordre.

Cette protection miraculeuse obligerait bien ce pauvre pays de reconnaître qu'il n'y a que Dieu seul qui a manifesté en cette occasion sensiblement sa toute-puissance et sa miséricorde, de si puissants ennemis étant venus avec la résolution de mettre tout à feu et à sang.

Je prie Notre-Seigneur et sa sainte Mère que tout le pays reconnaisse cette grâce et que les intérêts de Dieu seul soient à l'avenir leur seul intérêt et de procurer la gloire de son saint Nom en détruisant les péchés qui ont attiré ces fléaux de sa colère sur nous. Ces châtiments ont été remplis de bonté et de miséricorde vraiment paternelles.

Priez bien, mon cher Monsieur, Notre-Seigneur et sa sainte Mère, tous les saints Anges et les saints Patrons de cette Église que nous puissions faire un bon usage des Croix dont il plaît à Notre-Seigneur de faire bonne part au pays et spécialement à toute l'Église.

Vous apprendrez, lorsque vous irez à Paris, de nos amis, des moyens dont il se sert pour cet effet, qui sont d'autant plus extraordinaires qu'ils viennent de la part de ceux qui en doivent être tout l'appui.

Notre-Seigneur est aimable en tout et en prenant tout de sa divine main, nous jouirons toujours d'une paix que tous les hommes ne nous peuvent ôter.

Je serai toujours, le peu de jours qui me restent à vivre, tout à vous en l'amour de Jésus, Marie, Joseph, tous les saints Anges et tous les saints.

François, ancien évêque de Québec.



Altera nova positio pp. 209-210



À Québec, ce 12 octobre 1692.

J'ai reçu, mon cher Monsieur, votre lettre dans laquelle je remarque que Notre-Seigneur vous continue ses grâces et miséricordes et vous fait toujours quelque part de sa Croix, et qu'elle vient pour l'ordinaire des personnes qui devraient être l'appui de ce qu'ils contrarient, afin qu'elles soient plus sensibles à la nature et qu'elles purifient davantage.

Jamais on ne l'a expérimenté de la manière que cette pauvre Église le ressent, Notre-Seigneur ayant permis que j'y aie introduit (par le choix que j'ai fait) une personne qui se déclare ennemi irréconciliable de tout le bien que nous avons fait notre possible d'y établir depuis trente ans. Son voyage de France n'a été à d'autre dessein que de détruire ce Séminaire (si Notre-Seigneur lui avait permis) de fond en comble. Il s'est servi pour cet effet de tous les moyens que l'esprit humain et du démon peut former et inventer; ce qu'il continue depuis son retour. Toutes les persécutions et oppositions que Dieu a permis que nous ayons reçues du dehors, quelque fortes et puissantes qu'elles aient été, n'ont été rien en comparaison de ces épreuves.

Ce sont des marques assurées que c'est vraiment une œuvre de Dieu, et en effet il est tout le soutien et 1'appui de tout le bien qui s'est fait depuis trente ans et qui se fait journellement dans cette pauvre Église naissante. J'estime que d'un côté qu'à mon regard, c'est la plus grande grâce que Notre-Seigneur me pouvait faire, dont je le loue et le bénis et sa sainte Mère; mais d'autre part, ce m'est une douleur bien sensible que celui qui devrait être l'appui et le soutien de cette Église naissante, serve d'instrument au démon pour travailler à la destruction, tâchant d'y mettre autant qu'il peut la division et la confusion sous des apparences de bonnes intentions, qui sont de pures illusions et tromperies du démon.

Vous voyez, mon cher Monsieur, que nous avons un besoin extrême que Notre-Seigneur apporte un prompt remède à ce mal, qui est sans remède, à moins que Dieu inspire au Roi (qui a connu la nature de l'esprit dans ce voyage) de le changer, étant comme impossible qu'il puisse lui-même changer de conduite et de maximes. Joignez vos prières aux nôtres, afin que Notre-Seigneur se glorifie lui-même selon son bon plaisir. M. Tremblay, qui va en France pour avoir besoin des affaires de ce Séminaire, vous instruira des particularités. Il loge au Séminaire des Missions étrangères.

Je suis tout à vous en l'union et l'amour de Notre-Seigneur, de sa sainte Mère, des saints Anges et de tous les saints.

François, ancien évêque de Québec.



Altera nova positio pp. 210-211

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Dernière mise à jour 30 avril 2016