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CHOIX D'ÉCRITS SPIRITUELS DU BIENHEUREUX FRANÇOIS DE LAVAL (1623-1708)

Les missions et la connaissance des populations

Lettre à deux missionnaires du Séminaire de Saint-Sulpice de Montréal au lac Ontario, 14 février 1665

François, par la grâce de Dieu et du Saint-Siège, Évêque de Pétrée, Vicaire Apostolique en la Nouvelle-France, nommé par le Roi premier évêque du dit pays, à notre bien-aimé en Notre-Seigneur, François de Salagnac, prêtre, salut.

C'est avec une singulière satisfaction et consolation de notre âme que Nous avons vu la ferveur et le courage avec lequel vous vous portez à la conversion des nations infidèles, et que pour l'exécution de ce pieux dessein vous Nous avez fait connaître les sentiments que Dieu vous a donnés d'aller avant cet hiver dans un lieu situé vers l'entrée plus proche de nous du lac nommé Ontario, côte du nord, pour y travailler à la conversion d'une nation que Nous avons appris qui s'y est établie depuis environ trois ans, et y chercher les brebis égarées que ci-devant les Pères de la Compagnie de Jésus avaient amenées an bercail de Notre-Seigneur Jésus Christ.

Nous sentant d'autre part porté de contribuer de tout notre pouvoir et autorité à un zèle si saint, et le devoir de notre charge Nous obligeant de pourvoir aux besoins de ce lieu et ne pouvant le faire par Nous-même pour la trop grande distance, étant d'ailleurs bien informé de votre suffisance, piété et bonnes mœurs, Nous vous donnons pouvoir et autorité de travailler à la conversion de ce peuple, leur conférer les sacrements et généralement faire tout ce que vous jugerez à propos pour l'établissement de la Foi et l'accroissement du Christianisme nouveau; et ce autant de temps que Nous le jugerons à propos, vous enjoignant toutefois d'être subordonné en toutes les dites fonctions à notre bien-aimé Claude Trouvé, prêtre, que Nous associons avec vous pour le même dessein, et de recevoir en tout ce qui regardera le salut des âmes, la conduite et le pouvoir de lui, vous exhortant surtout de vivre ensemble dans une sainte union.

Que si par une providence de Dieu, il se présente quelque occasion d'écrire à quelques-uns des Pères de la Compagnie de Jésus qui sont dans les nations iroquoises, Nous vous exhortons et désirons que vous confériez avec eux par lettres de toutes les difficultés que vous rencontrerez dans l'administration de vos fonctions et que vous vous conformiez à la pratique que les lumières de la grâce et leur longue expérience leur ont fait juger nécessaire d'établir pour la conduite de ces nouveaux Chrétiens, tant en ce qui concerne l'usage des sacrements qu'en tout le reste du spirituel.

Mais sur toutes choses, Nous vous conjurons de leur faire paraître en toute sorte de rencontres des marques véritables et sincères du ressentiment [n'a pas de sens péjoratif, mais équivaut à "sentiment" dans le langage d'aujourd'hui] très juste que vous avez avec Nous des grandes obligations dont cette Église naissante est redevable à cette sainte Compagnie, pour le zèle et les soins continuels avec lesquels elle y a travaillé depuis quarante ans et continue de faire encore aujourd'hui.

La grande bénédiction qu'il a plu à Notre-Seigneur de donner à ses travaux nous sert d'un puissant motif pour nous porter autant qu'il est en notre pouvoir de conserver toujours une liaison très étroite et intime union avec les religieux missionnaires de cette Compagnie, afin que n'ayant tous qu'un même cœur et un même esprit, il plaise à Notre-Seigneur Jésus Christ, le souverain Pasteur des âmes, vous rendre tous participants des mêmes grâces et bénédictions.

C'est ce que Nous le supplions très humblement de vous accorder par ses mérites, par l'intercession de sa très sainte Mère, du bienheureux saint Joseph, patron spécial de cette Église naissante, de tous les saints Anges tutélaires, des âmes qui sont sous notre charge et de tous les saints protecteurs de tout ce Christianisme.

Donné à Québec, ce quinzième de septembre mil six cent soixante-huit.

François, évêque de Pétrée.



Altera nova positio pp. 212-214

Instruction pour nos bien-aimés en Notre-Seigneur Claude Trouvé et François de Salagnac, prêtres, allant en mission aux Iroquois situés en la côte du nord du lac Ontario 1668



1- Qu'ils se persuadent bien qu'étant envoyés pour travailler à la conversion des infidèles, ils ont l'emploi le plus important qui soit dans l'Église; ce qui les doit obliger, pour se rendre dignes instruments de Dieu, à se perfectionner dans toutes les vertus propres d'un missionnaire apostolique, méditant souvent à l'imitation de saint François Xavier, le patron et l'idée des missionnaires, ces paroles de 1'Évangile: "Quid prodest homini si universum mundum lucretur, anima vero sua detrimentum patiatur".

2- Qu'ils tâchent d'éviter deux extrémités qui sont à craindre en ceux qui s'appliquent à la conversion des âmes; de trop espérer ou de trop désespérer.

Ceux qui espèrent trop, sont souvent les premiers à désespérer de tout à la vue des grandes difficultés qui se trouvent dans l'entreprise de la conversion des infidèles, qui est plutôt l'ouvrage de Dieu que de l'industrie des hommes.

Qu'ils se souviennent que la semence de la parole de Dieu fructum affert in patientia.

Ceux qui n'ont pas cette patience sont en danger, après avoir jeté beaucoup de feu au commencement, de perdre enfin courage et de quitter l'entreprise.

3- La langue est nécessaire pour agir avec les sauvages; c'est toutefois une des moindres parties d'un bon missionnaire, de même que dans la France, de bien parler français n'est pas ce qui fait prêcher avec fruit.

4- Les talents qui font les bons missionnaires, sont:

1° Être rempli de l'esprit de Dieu.

Cet esprit doit animer nos paroles et nos coeurs. Ex abundantia cordis os loquitur.

2° Avoir une grande prudence pour le choix et l'ordre des choses qu'il faut faire, soit pour éclairer l'entendement, soit pour fléchir 1a volonté; tout ce qui ne porte point là sont paroles perdues.

3° Avoir une grande application pour ne perdre pas les moments de salut des âmes et suppléer à la négligence qui souvent se glisse dans les catéchumènes; car comme le diable de son côté venit tamquam leo rugiens, quaerens quem devoret, ainsi faut-il que nous soyons vigilants contre ses efforts avec soin douceur et amour.

4° N'avoir rien dans notre vie et dans nos mœurs qui paraisse démentir ce que nous disons ou qui mette de l'indisposition dans les esprits et dans les coeurs de ceux qu'on veut gagner à Dieu.

5° Il faut se faire aimer par sa douceur, sa patience et sa charité et se gagner les esprits et les coeurs pour les gagner à Dieu; souvent une parole d'aigreur, une impatience, un visage rebutant, détruiront en un moment ce que l'on avait fait en un long temps.

6° L'esprit de Dieu demande un cœur paisible, recueilli et non pas un cœur inquiet et dissipé.

Il faut un visage joyeux et modeste, il faut éviter les railleries et les ris déréglés et généralement tout ce qui est contraire à une sainte et joyeuse modestie. Modestia vestra nota sit omnibus hominibus.

5- Leur application principale dans l'état présent où ils se trouvent sera de ne laisser mourir autant qu'il sera possible aucun sauvage sans baptême.

Qu'ils prennent garde néanmoins d'agir toujours avec prudence et réserve dans les occasions à l'égard des baptêmes des adultes et même des enfants hors des dangers de mort.

6- Dans le doute qu'un adulte aura été autrefois baptisé, qu'ils le baptisent sous condition, et pour assurer davantage son salut, qu'ils lui fassent faire en outre une confession générale de toute sa vie, l'instruisant auparavant des moyens de la bien faire.

7- Qu'ils aient un grand soin de marquer par écrit les noms des baptisés, des pères et mères et même de quelques autres parents, le jour, le mois et l'année du baptême.

8- Dans les occasions, qu'ils écrivent aux Pères Jésuites qui sont employés dans les missions iroquoises pour la résolution de leurs doutes et pour recevoir de leur longue expérience les lumières nécessaires pour leur conduite.





9- Ils auront aussi un grand soin de Nous informer par toutes les voies qui se présenteront, de l'état de leur mission et du progrès qu'ils feront dans la conversion des âmes.

10- Qu'ils lisent souvent ces avis et les autres mémoires des instructions que Nous leur avons données pour s'en rafraîchir la mémoire et les bien observer, se persuadant bien que de là dépend 1'heureux succès de leur mission.

François, évêque de Pétrée



Altera nova positio pp. 214-216

Extraits de la lettre à Monsieur Henri Tremblay, procureur du Séminaire de Québec concernant la fondation d'une mission auprès de la tribu des Akansas, 1699.

J'ai reçu, Monsieur, la lettre que vous m'avez fait la grâce de m'écrire. Quand bien [même] les missionnaires qui sont partis l'an passé du Séminaire de Québec pour les missions de Mississippi auraient différé leur départ à cette année, ils n'auraient rien avancé au regard de la langue, toutes ces nations ayant des langues fort différentes qui ne peuvent s'apprendre que sur les lieux même.

Mais quelques autres raisons auraient pu porter le Séminaire au délai d'une année, qui lui aurait donné le temps d'en pouvoir donner avis à celui de Paris avant l'exécution de ce dessein, quoique d'ailleurs il fût assez persuadé, suivant ce qu'il lui avait toujours témoigné, que tout son désir était qu'il s'employât autant qu'il lui serait possible à la conversion des sauvages conformément à sa vocation et à l'esprit et à la grâce de son institut.

Notre-Seigneur par sa bonté et miséricorde et par la protection particulière de sa sainte Mère a donné beaucoup de bénédiction à l'envoi de ces missionnaires, qui ont été dans les nations les plus éloignées et y ont établi deux missions considérables, qui se trouvent par la Providence toutes proches des lieux auxquels M. d'Iberville s'est transporté dans le Mississipi.

Et ils nous marquent que ce sont des peuples fort doux et dociles et autant bien disposés pour la Foi que l'on puisse le désirer, dont ils ont eu des marques ne faisant que d'arriver à la mort du chef principal d'une de ces nations, auquel ayant conféré le saint Baptême, après l'avoir instruit par interprète, il mourut peu de temps après dans des sentiments aussi chrétiens que s'il avait eu plusieurs années de christianisme.

Une seule chose m'a extrêmement contristé, qui est la peine que les Pères Jésuites ont paru avoir au sujet de l'établissement que M. de Montigny (comme ayant la conduite de cette mission) a fait à la nation des Tamarois, sur lequel vous serez informé et ne vous toucherai ici que ce qui est de principal.

Le Séminaire ayant résolu de commencer par les nations les plus éloignées et abandonnées à travailler au salut et à la conversion de ces pauvres peuples, il jugea bien qu'il n'était pas possible d'exécuter ce dessein, s'il n'avait un établissement plus proche, qui lui pût servir pour avoir une correspondance facile tant à Québec qu'avec les missionnaires qui seraient dispersés dans les dites nations éloignées.



L'on s'informa des personnes les plus intelligentes et qui ont la connaissance de tous ces pays-là, quel lieu l'on pourrait prendre à cet effet, et le sentiment commun fut que le plus commode et l'unique même qui fût propre pour cet établissement, était la nation des Tamarois à raison de sa situation sur le bord du fleuve Mississipi, qu'elle n'était point des missions des Pères Jésuites et qu'elle était éloignée de quatre-vingt-dix lieues du dernier de leur établissement.



Nous jugeâmes à propos, outre toutes ces connaissances, nous devoir informer de la chose des Pères Jésuites même et les envoyai prier que je pusse les voir. Le Père Germain, qui tenait la place du supérieur en son absence, me vint trouver et lui ayant demandé si les Tamarois étaient de leurs missions et s'ils y étaient établis, il répondit qu'ils n'étaient point de leurs missions et qu'ils n'y avaient point d'établissement. Les missionnaires, qui étaient pour lors sur leur départ, qui fut deux jours après, prirent de Mgr de Québec des lettres du dit lieu des Tamarois, auquel étant arrivés, ils furent priés et fort pressés par les sauvages d'y demeurer, et leur firent présent de deux esclaves pour les obliger à s'y établir pour les instruire la prière.



Mais ayant dessein d'aller auparavant jusqu'aux nations plus éloignées, afin de pouvoir mieux juger de la nécessité qu'il y avait de faire un établissement à la dite nation des Tamarois; ils passèrent outre et allèrent jusqu'aux nations auxquelles ils ont jugé, étant considérables, devoir y établir deux missions, auxquelles il réside deux missionnaires, et y ont fait construire par des artisans, qu'ils y avaient menés exprès, en chaque mission une église et une maison pour le missionnaire, et ils reconnurent pour lors, tant à cause du grand éloignement que par plusieurs autres considérations, qu'il était absolument nécessaire de faire le dit établissement des Tamarois, sans lequel ils virent manifestement qu'il serait impossible de soutenir les missions éloignées et de pourvoir aux besoins des missionnaires qui y seraient employés. Ce qui leur fit prendre la résolution de remonter jusqu'au dit lieu des Tamarois, auquel M. de Montigny y établit un missionnaire et y firent construire en même temps une église et une maison, comme ils avaient fait aux deux autres lieux de leurs missions.



Vous pouvez bien voir que dans le procédé que nous avons tenu, que nous n'avons rien omis de notre côté pour faire connaître aux Pères Jésuites l'estime et l'affection que nous avons pour toutes leurs missions et le désir de conserver avec eux l'union dans laquelle nous avons toujours vécu jusqu'à présent.



J'aurais de la peine à croire ce que quelques-uns ont dit, que M. de Montigny avait donné parole que l'on ne ferait point d'établissement aux Tamarois, et il a mandé au contraire que l'on pouvait bien juger qu'il n'aurait garde de s'engager à cela, puisque l'on avait eu des lettres de Mgr de Québec pour s'y établir, mais qu'il est vrai qu'il avait donné parole que, conformément aux sentiments dans lequel était le Séminaire, l'on ne ferait point d'établissement en aucun lieu où les Pères Jésuites seraient établis, et qu'étant arrivés au dit lieu des Tamarois, ils ont été confirmés par tous ceux qui sont en ce pays-là, tant sauvages que Français, et par M. de Tonty même, qui a sa seigneurie des Illinois et qui y fait sa demeure, qu'ils n'y ont point d'établissement ni aucune résidence; que depuis qu'ils sont établis aux Illinois, il y a approchant de vingt ans, ils n'y ont été qu'une seule fois, et celui qui y fut n'y demeura pas une semaine entière et qu'ils ont pris seulement occasion, lorsqu'ils sont venus au fort des Illinois, d'en instruire et baptiser quelques-uns.



C'est ce que contient une lettre que mon dît sieur de Tonty écrit à Mgr de Québec.



Le Père Supérieur est venu ces derniers jours me donner avis que le P. de Careil lui écrit de sa mission que M. de Tonty doit faire bâtir une église au fort des Illinois pour M. de Montigny, c'est-à-dire pour les missionnaires dont il a la conduite, qui est un lieu où il m'a dit que quelques-uns de leurs Pères ont demeuré.



Sur quoi je l'ai assuré qu'il ne doit pas croire que le Séminaire puisse avoir la moindre pensée de s'établir ni les troubler dans aucun lieu où ils auront résidé, et si M. de Montigny a ce dessein, il use à notre endroit d'une grande dissimulation, nous ayant écrit que quoique les missionnaires ne se puissent absolument passer de l'établissement fait à la nation des Tamarois, que l'on ne s'attende pas cependant qu'il y puisse demeurer, y ayant de la peine, à moins que l'on ne le juge absolument nécessaire, et qu'il croit qu'il fera du bien à la nation des Natchez et Taensas, où il a établi sa résidence.



Il est vrai que les missions qu'il a établies accompagné des missionnaires du Séminaire de Québec ont été faites au nom du dit Séminaire. Mais s'il voyait qu'il y eût la moindre apparence qu'il voulût traverser les missions des Pères Jésuites, comme celle du fort des Illinois (ce qu'il n'y a aucun bon fondement de croire), il n'en trouverait aucun qui entrât dans ses sentiments, le Séminaire n'ayant en vue que de travailler et procurer autant qu'il y est obligé par sa vocation le salut des pauvres sauvages en esprit d'union avec leurs missionnaires et de ne porter aucun préjudice à leurs missions, auxquelles nous savons qu'ils travaillent avec toute sorte de bénédictions.



Nous ne saurions à la vérité nous persuader qu'ils aient un juste et véritable sujet d'avoir de la peine que les missionnaires du Séminaire se soient établis aux Tamarois, lesquels n'étant point mêlés dans les missions qu'ils occupent, ne peuvent leur porter aucun préjudice dans l'éloignement au moins de quatre-vingt-dix lieues, et quoiqu'ils parlent la même langue que les Illinois, où les Pères Jésuites sont établis, [ce] qui leur donne occasion de se fréquenter les uns les autres, il ne s'en peut suivre aucun inconvénient au regard de l'union entre les missionnaires de l'un et de l'autre corps, comme l'expérience le fait voir à l'Acadie, où les missionnaires du Séminaire, tant ceux qui y sont morts que ceux qui y sont à présent, ont toujours vécu avec les Pères Jésuites qui y sont employés aux sauvages, dans une aussi grande union que s'ils étaient du même corps, et je puis dire en quelque manière plus grande.



Le Père Supérieur m'ayant dit confidemment qu'il a été obligé depuis quelques mois de retirer de la dite mission le P. Rasle, lequel (quoique bon religieux) ayant des principes et des manières différentes dans la conduite des sauvages, ne pouvait pas s'accommoder avec le P. Bigot, les dits sauvages néanmoins, tant les uns que les autres, sont tous Abénaquis, parlent une même langue, se fréquentent les uns les autres, contractent les alliances réciproques, et sont bien plus proches les uns des autres que ne sont pas les Tamarois des Illinois.



Ce n'est point, par la miséricorde de Notre-Seigneur; l'esprit de jalousie et d'ambition qui a porté le Séminaire à faire cet établissement et à le vouloir conserver, ni même le droit qu'il peut justement y prétendre, qu'il sacrifierait de bon cœur pour le bien de la paix et union, mais uniquement la nécessité indispensable qu'il a de ce lieu pour le soutien des missions qu'il a entreprises, lesquelles, sans cet établissement, ne pourraient pas subsister, dont les Pères Jésuites conviennent avec nous.



Et, en conséquence de cette nécessité, qui leur est autant connue qu'au Séminaire même, ils ont proposé que les missionnaires de part et d'autre demeurent dans le même lieu; mais il est assuré que deux corps différents et indépendants ne peuvent pas subsister ensemble sans altérer l'union et la bonne intelligence qui doit être entre ouvriers de l'Évangile.



L'on ne voit pas d'ailleurs que les Pères Jésuites puissent avoir aucun besoin de ce lieu, en ayant tant d'autres dans l'espace de plus de trois cents lieues depuis Michilimakinac jusqu'aux Illinois; et le Séminaire n'ayant que la seule mission des Tamarois, où un supérieur des missions puisse avoir sa résidence et donner un moyen aux missionnaires d'y aller et d'y avoir la correspondance qu'il jugera nécessaire pour le soutient des missions, et pourvoir de ce lieu à tous les besoins spirituels et temporels, je ne puis me persuader qu'après y avoir fait réflexion qu'ils voulussent porter un si notable préjudice à une œuvre à laquelle il nous semble qu'ils doivent prendre le même intérêt que le Séminaire.



Ils savent qu'il y a cinq ou six ans que Monseigneur voulant d'une autorité absolue les empêcher de retourner à la mission des Abénaquis, où ils avaient demeuré et que M. Thury, très bon missionnaire (que Notre-Seigneur a appelé cette année à lui), avec d'autres ecclésiastiques du Séminaire y allassent à leur place, le Séminaire n'ayant aucune vue de ses intérêts particuliers et ne regardant en cela que la gloire de Dieu et le salut des âmes, bien loin de tirer l'avantage qu'il pouvait de cette occasion et d'ambitionner de s'établir dans cette mission, lui déclara qu'il était tout prêt d'y envoyer M. Thury, pourvu que le P. Bigot y retournât; à quoi, continuant de s'opposer, on fut obligé d'en venir à quelque extrémité pour trouver les moyens de procurer leur rétablissement en cette mission, où ils ont toujours demeuré depuis et qui est une de leurs plus belles missions, et le Séminaire pour conserver 1'union serait disposé d'en faire encore autant, si une occasion semblable se présentait.



Jugez, Monsieur, si dans l'entreprise que le Séminaire a faite des missions du Mississipi et la nécessité indispensable qu'il a reconnue (après s'être informé) qu'il avait pour l'exécution de ce dessein, de faire un établissement à la nation des Tamarois, il m'a été possible de donner aux Pères Jésuites de plus grandes marques du désir que nous avons de conserver l'union que d'avoir voulu être assuré par eux-mêmes que ce lieu n'était point de leurs missions et qu'il n'y avait aucun établissement, et ce qu'ils allèguent que le P. Germain ne le connaissait pas, ne se peut croire, étant une personne aussi sage et prudente qu'il est et nous l'ayant dit aussi positivement qu'il fit, et d'ailleurs le P. Bruyas et plusieurs autres de leurs Pères, qui ne pouvaient ignorer ce que le P. Germain, qui tenait la place du supérieur en son absence, nous avait dit, et qui avait une parfaite connaissance de ce qui regardait les Tamarois, n'auraient pas manqué de nous informer du contraire et n'auraient pas attendu à le faire, après que toutes choses ont été disposées pour les missions que l'on a établies par rapport à l'établissement qui a été fait à la nation des Tamarois, si en effet elle avait été de leurs missions.



François, évêque de Québec



Altera nova positio pp. 609-616

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Dernière mise à jour 30 avril 2016