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LES DÉBUTS DU MONACHISME ET LE DÉVELOPPEMENT DES TRADITIONS MONASTIQUES

jusqu'à Charlemagne



LE MONACHISME ANCIEN (à partir du IVème siècle)


Introduction

Le P. Hausher dans "Les premières générations chrétiennes " dans La mystique et les mystiques p. 416 distingue trois phases dans le climat spirituel des origines:

- Le temps des Pères dits "apostoliques" et de leurs disciples immédiats

- l'ère des controverses christologiques où entrent en lice les grands maîtres de la théologie

- et l'efflorescence du monachisme. Ces phases ne sont pas nettement définies dans le temps, chacune commence avant que l'autre ne soit terminée.

Le P. Bouyer écrira concernant cette efflorescence du monachisme "Le monachisme condense tout le progrès ou disons plus simplement le développement de la spiritualité chrétienne" (p.619)

Il ne faut pas cependant mettre de côté les résistances que les premiers moines ont rencontrées et, d'autre part, il ne faut pas l'exagérer de façon unilatérale oubliant son insertion ecclésiale qui fut parfois difficile, mais qui n'en est pas moins un fait constant. Retenons qu'il y a une prépondérance des moines dans l'Eglise au IVe et Vé siècles, mais l'Eglise n'est pas devenue monastique pour autant. Le P. Bouyer note que l'"essor de la spiritualité monastique [se fait] dans son cadre ecclésiastique" (p.619) où se développent des liens avec les communautés chrétiennes au plan du partage, de l'autorité, des sacrements, des Ecritures et de la prière.

Au cours de ces générations qui voient se répandre cette nouvelle forme de vie chrétienne qu'est le monachisme, une vérité de base se découvre peu à peu: la sainteté est pour tous les chrétiens (Chrysostome) voir Jourjon, Conférence dans les notes du professeur p. 5.

1. La naissance du monachisme

Au IVe siècle, après l'édit de Milan en 313 qui reconnaît la religion chrétienne dans l'empire, deux formes de refus et de contestation vont apparaître:

a) Une dissidence religieuse et doctrinale, d'une part, qui est le signe d'une certaine liberté doctrinale d'où naîtront les futures hérésies. La dissidence est très souvent le lot d'ethnies qui s'en servent dans un but de d'affirmation vis-à-vis le pouvoir central. C'est le cas pour une bonne parti du monophysisme, du docétisme et de l'arianisme...qui apparaissent comme autant de formes de contestation.

b) Et d'autre part une protestation contre l'esprit d'une Eglise ramollie qui pactise trop avec le siècle selon plusieurs, qui est trop proche du pouvoir politique, qui s'éloigne du radicalisme de l'Evangile. Cf. Marcel Simon. Ce mouvement va donner naissance au monachisme qui naîtra comme un phénomène de refus et de nostalgie.

1.1 Littérature parvenue:

Voir assez vite ce point

a) Vies

Ce sont des récits biographiques de personnages, et souvent des récits édifiants, i.e. qui veulent donner un modèle.

Vie d'Antoine par saint Athanase, patriarche d'Alexandrie, vers 367 ou 377. Elle contient beaucoup d'éléments historiques justes.

Vie de saint Paul, premier ermite, par saint Jérôme vers 376. Moins sûr au plan historique.

Vie de saint Hilarion par saint Jérôme; genre de roman édifiant, peu historique; vers 351. Ce sont des sortes de miroirs.

b) Récits

Il y en a trois très connus, mais il ne s'agit pas de récits comme on en ferait aujourd'hui. Tous ont un but d'édification. Malgré tout ils nous fournissent beaucoup d'informations sur les débuts du monachisme.

Histoire des Moines, racontée par des voyageurs vers 400.

Histoire Lausiaque par Palladius vers 419-420. Un témoin très fidèle.

Histoire Religieuse, de Théodoret, évêque de Syrie, Tyr, vers 444; il raconte le plus l'exploit des moines.

c) Règles

Pakhôme, en Haute Egypte, après 320.

Basile, évêque de Césarée en Cappadoce, vers 358-359. Il rédige une règle longue et une courte. Les moines grecs du Mont Athos la suivent encore aujourd'hui.

Benoît, Augustin, Cassien, qui dans les Institutions monastiques, décrit les principaux usages de la vie monastique.

d) Paroles de Sagesse ou apophtegmes

Les plus riches documents et les plus spirituels. Ce son des sentences ou proverbes, soit une phrase, soit un récit. Il y a souvent beaucoup d'humour et de réalisme. Cf. Les sentences des Pères d'Egypte.

On pourrait définir les apophtegmes comme une parole inspirée et charismatique. Ce ne sont pas simplement des sentences morales choisies et bien frappées, mais la Parole de Dieu qui se transmet dans le désert, sorte de paroles de prophètes, non le fruit de la science humaine, mais don de Dieu que reçoit l'homme éprouvé par la pratique du désert. Là commence la tradition du Père spirituel.

Ces apophtegmes se divisent en deux collections aujourd'hui: une alphabétique selon le nom des Abba qui les ont prononcées; une, selon l'ordre analytique, selon les sujets: par exemple plusieurs paroles de différents Abba, sur l'humilité.

e) Traités

Vie de Moïse par Grégoire de Nysse, frère de Basile. C'est le plus célèbre. C'est la théologie du monachisme. Les Centuries, par Evagre le Pontique (région du Pont).

f) Apologies

Jean Chrysostome et Jérôme. Elles sont écrites pour prendre la défense des moines.

1.2 Origine

1.2.1 Influences

Les principales viennent de diverses sources. Est-ce dû à l'influence d'autres religions? du bouddhisme? de l'Orient? de l'Inde? du Judaïsme? des Esséniens? ou du paganisme? Dans le paganisme tardif, il y avait des groupes d'ascètes qui s'enfermaient dans le temple de leur dieu.

Il y a sûrement des analogies dans le style de vie: la séparation du monde et la vie en communauté. Mais l'influence des autres religions n'est pas suffisante pour expliquer la naissance du monachisme.

Il y a surtout l'influence par la prédication de Jésus et le message de Paul. Il y a une chaîne continue des apôtres aux moines, au IVe siècle. L'appel au radicalisme de l'Evangile est repris dans les milieux contestataires du IVe siècle et il va susciter le goût d'aller au désert.

L'apparition du monachisme ne suit pas une ligne continue. Il s'agit plutôt d'un "buissonnement spontané", comme on l'a dit. Il n'y a pas de fondateur comme tel, même si certaines figures comme Antoine, Pakhôme, Macaire etc. vont exercer une grande influence dans les débuts. Le monachisme va donc naître un peu partout en même temps, dans diverses parties du bassin méditerranéen: Egypte, Syrie, Grèce, sud de l'Italie... C'est une inspiration commune originale qui dépasse les similitudes avec ce qui pouvait se rencontrer dans les autres religions et qui répond à des besoins nouveaux dans l'Eglise.

Outre l'appel évangélique à la perfection, certains facteurs économiques et sociaux ont joué de façon plus immédiate, mais secondaire, dans la naissance du monachisme. Ils contribuaient à créer un environnement favorable, même s'ils ne sont pas l'unique cause de l'apparition de cette forme de vie chrétienne dans l'Eglise au IIIème et IVème siècles.

a) Il y a une insécurité et une misère engendrées par la situation militaire: cela fait que les gens vont fuir ce monde anarchique à l'horizon.

b) La fuite devant la pression fiscale et les impôts excessifs exigés des gens. Les paysans sont pressurés d'impôts. Il est plus facile de quitter tout cela et d'aller vivre en paix au désert.

c) Il y a une sorte de défi aux évêques, à la vie facile et aux compromissions.

1.2.2 Le monachisme des Pères du désert et le monachisme urbain.

Les milieux monastiques vont se caractériser par diverses traditions. Les débuts du monachisme sont surtout le fait d'ermites qui vont au désert. C'est une inspiration plus charismatique. Ce monachisme du désert va porter l'empreinte d'un certain nombre d'hommes et de femmes dont le rayonnement va demeurer l'inspiration principale.

En même temps, dans les villes autour des évêques, va naître un monachisme plus institutionnel et centré autour de la liturgie. Ce monachisme urbain va donc se vivre de façon très différente du monachisme du désert. Il est d'inspiration plus ecclésiale. Il est beaucoup plus en rapport avec la célébration liturgique.

C'est le monachisme urbain qui, à partir du VIe siècle, va donner la structure institutionnelle la plus forte au monachisme. Cf. L'Office divin qui était la prière de la communauté chrétienne passée aux moines et non l'inverse.

Dans le monachisme des Pères du désert, il y a beaucoup plus d'originalités.

2. Le développement du monachisme

2.1 La tradition égyptienne (anachorétique, semi-anachorétique et cénobitique)

La première forme du développement du monachisme, en Egypte, est anachorétique ou semi-anachorétique, c'est-à-dire que le monachisme en Egypte est le fait de personnes isolées qui, de leur propre initiative, vont se retirer au désert, à l'écart de leur village. C'est ce que veut dire le mot: moine: de monos: seul.

Antoine en est le principal représentant (il naît vers 250, devient ermite vers 270 et meurt en 346 . Certains le font mourir plus tard vers 360 à 110 ans)

Au début, il n'y avait pas de voeu de célibat, ça allait de soi. Ces personnes se groupent souvent en genre de colonies inorganiques, c'est-à-dire qu'ils bâtissent leur ermitage dans le voisinage les uns des autres, mais sans qu'il y en ait un qui soit supérieur du groupe. Ils se groupent ainsi soit parce qu'il s'agit d'un emplacement favorable, soit qu'un plus jeune s'établisse près de plus anciens pour se laisser guider par un ancien.

Ceux qui vivent ainsi en colonies ne vivent pas une solitude absolue, donc c'est un semi-anachorétisme; mais ce n'est pas encore la vie en commun.

Très tôt, cette vie solitaire quasi absolue a mené à des exagérations. Est-ce l'ennui, le désert, le soleil, la solitude?... Des exagérations et des illusions très sérieuses dans les pratiques ascétiques. Par exemple dans la façon de prier: rythme de prière qui confine à la performance sportive comme de réciter les 150 psaumes chaque jour, ou de faire une multitude de génuflexions chaque jour. Il y a un manque de discernement. La principale raison est le peu de culture de ces gens. Ils ne savent ni lire, ni écrire et apprennent leurs prières par coeur. Ce sont des convertis: soit d'anciens brigands ou meurtriers. A Alexandrie, ils vendaient des corbeilles tressées ou se louaient pour du travail, et ils connaissaient toutes les adresses des maisons louches, signe de leur vie antérieure.

Ce sont des gens assez rudes, d'où l'ascèse assez vigoureuse qu'ils s'imposent. Cf. Draguet. Ce n'était pas des intellectuels, ni des prêtres, mais des laïcs et des illettrés. Ils tombent aussi dans des élucubrations et même dans des hérésies notamment sur le mystère de l'Incarnation: cf. l'anthropomorphisme en Egypte.

C'est cela qui a amené à des premiers regroupements d'ermites sous un supérieur dans un monastère. L'instigateur de cette forme de vie est Pakhôme qui naît vers 292, ils se fait moine ne Haute-Egypte à Tabennèse vers 314 et meurt en 346) Il fallait que s'installe la reconnaissance officielle du christianisme pour que les monastères apparaissent. Auparavant, ils auraient été détruits sur le champ.

L'accent est alors mis sur la vie commune ou vie cénobitique. Celle-ci est née d'une certaine insuffisance de la vie solitaire. L'accent va être mis sur:

- sur une règle commune qui donne des moyens de se discipliner et apporte un discernement et de la modération;

- sur le travail manuel. Pakhôme en Haute Egypte: le moine doit travailler de ses mains, travail "au sujet duquel il y a des ordres dans l'Ecriture. Ce travail doit aussi permettre aux moines de donner aux gens et de pratiquer l'hospitalité. Il y a en effet une tradition d'hospitalité.

-la prière en commun: elle est beaucoup centrée sur les psaumes; elle est la plus continuelle possible dans le monachisme ancien, soit par des prières pour ponctuer les heures du jour, soit par la pratique de la répétition de versets de l'Ecriture.

La supériorité du cénobitisme sur l'érémitisme:

a) Pour Pakhôme qui est à l'origine de ces regroupements, le cénobite est protégé des illusions auxquelles l'anachorète est exposé.

b) La vie du moine en communauté profite non seulement à lui-même, mais aussi aux autres et elle édifie.

c) Le cénobite a le mérite de la soumission selon Dieu, tel que le recommande Paul dans Ephésiens 4,2: "par amour, servez-vous les uns les autres, par affabilité et en toute patience devant notre Seigneur".

Pour le courant anachorétique et semi-anachorétique, la principale figure est Antoine en Basse Egypte, à Alexandrie. Il va au désert à peu près vers la fin du IIIe siècle, vers 270. Puis on a Macaire, Paphnuce, Arsène, Evagre le Pontique. Ce sont des figures des déserts de la région d'Alexandrie (le désert de Scétée, le désert de Nitrie, le désert du Sinaï).

Pour le courant cénobitique, Pakhôme peut en dit l'initiateur. Pakhôme naît vers 290. C'est un officier dans l'armée et il se convertit. Il connaissait déjà beaucoup de moines. Il a eu l'idée de les grouper en monastères à Tabennèse en Haute Egypte. Les monastères de Pakhôme font penser à ce que seront les corporations d'artisans du Moyen-Âge: ils sont constitués selon les corps de métiers des moines. Ils peuvent regrouper de 2 000 à 3 000 moines. Très tôt, il y a eu des monastères de femmes dans la région (la soeur de Pakhôme fonde le premier pas loin de celui des hommes à Tabennèse. Les monastères de femmes seront aussi nombreux que ceux des hommes au dire de Pallade. Sainte Synclétique, dont le récit de la vie nous est parvenue, est considérée comme la "Mère des moniales du désert".

2.2 La tradition syrienne et palestinienne

Vie de forme surtout semi-anachorétique en Palestine. Les anachorètes vont se regrouper dans des laures (petit ruisseau: les habitations sont près d'un cours d'eau). Le plus connu à l'origine est Jérôme, prêtre romain qui vient s'établir en Palestine à Bethléem en 386 avec quelques dames romaines, dont Paula et sa fille Eustochium. Marcella, une autre de ces dames demeura à Rome et convertit sa maison en monastère. On trouve aussi au Mont des Oliviers, des monastères de femmes, dont celui de Mélanie l'Ancienne (345-410) vers 378 ou 375 pour une cinquantaine de femmes.

La tradition syrienne est beaucoup plus connue par les austérités particulières qui nous sont longuement racontées par Théodoret de Tyr. Il y a des moines isolés: tendance anachorétique. Dans ce monachisme syrien on met beaucoup l'accent sur les austérités et les mortifications extérieures: chaînes, se faire emmurer dans un réduit pour toute leur vie: reclus. On trouve entre autres:

- les moines hypètres: leur spécialité est de vivre en plein air; ils ne se mettaient jamais à l'abri de la pluie et du froid, imitant le Christ qui n'avait pas de pierre pour reposer sa tête. Parmi eux, il y en avait qui ne portaient pas de vêtements et se laissaient pousser les cheveux.

- les dendrites: ils vivaient perchés dans des arbres.

- les stylites: ils vivaient sur une colonne qui pouvait avoir dix pieds de haut: avec une plate-forme et une cabane dessus. C'est à qui aurait la colonne la plus haute, et cela pouvait atteindre 20 ou même 30 pieds de hauteur. Les gens se rassemblaient autour de la colonne; c'était le saint du village. Le plus célèbre est saint Syméon le stylite qui est mort en 459.

- d'autres, les enchaînés: ils portaient des chaînes ou des fers.

-les reclus: qui se faisaient emmurer. On leur portait leur nourriture par un petit carreau. Au début de la colonie, ici, Jeanne Leber a vécu comme recluse dans le couvent des soeurs de la Congrégation Notre-Dame; mais elle est sortie de temps en temps.

La tradition syrienne est surtout cocasse. Voir Théodoret de Tyr.

2.3 La tradition byzantine: saint Basile

Elle origine surtout avec saint Basile, évêque de Césarée, vers 370. Il a constaté ces excès et il va condamner anachorétisme absolu comme une forme de vie à éviter à moins d'avoir déjà une bonne expérience de la vie cénobitique ou vie en commun. Ensuite seulement, s'il y a un appel, le moine pourra aller vivre en ermite.

Il va insister beaucoup sur le fait que les moines sont des chrétiens comme les autres et non des super chrétiens, meilleurs que les autres. C'est un chrétien qui est logique avec lui-même; ce n'est pas une nouvelle vocation chrétienne. Il va refuser un peu les termes qui différencient les moines des chrétiens: il utilisera les noms de frères et de fraternité. Il refuse donc tout langage monastique.

La tâche de ces fraternités est une tâche d'Eglise. Ils font des travaux auprès des malades, des démunis et des voyageurs, en plus du travail manuel. Leur spiritualité est axée sur l'Evangile avec une tendance au littéralisme évangélique.

Basile est un homme pratique. Il rédige deux séries de règles pour ses fraternités: une Règle longue et une Règle brève, règles qui concernent la vie en monastère.

Grégoire de Nysse, son frère, 335-394 a complété l'oeuvre de Basile. Il fera un peu la théorie de la vie monastique. Il apporte un complément mystique à l'oeuvre de Basile en autres par sa Vie de Moïse, par ses homélies sur le Cantique des Cantiques et sur les Béatitudes.

Macrine, sa soeur (née vers 327, un an ou deux avant Basile) dont Grégoire écrira la vie transforme la maison familiale d'Anissa en une sorte de monastère après la mort du père et avec l'accord de sa mère vers 357. D'autres femmes viendront les rejoindre. Une du groupe , Lampadion, est ordonnée diaconesse, pour seconder Macrine qui, elle, cependant ne fut pas ordonnée diaconesse.

Règle longue no 7 de Basile: "le moine qui vit séparé de tout reçoit peut être un charisme...mais le garde pour lui seul...

2.4 La tradition occidentale (double origine)

Carte p.4 du texte sur le monachisme.

a) Elle va venir de rassemblements qui se font, soit autour d'un sanctuaire réputé, tombeau d'un apôtre ou d'un martyr, soit autour de l'évêque.

Ce sont des clercs et/ou des laïcs qui vivent près d'une église et vont assurer des services à cette église. La même chose se produit autour de certains évêques, par exemple, Augustin à Hippone. Ca vient de quelque chose qui se vit. L'aspect désert se rencontre très peu en Occident; c'est plutôt l'aspect de vie communautaire.

Les évêques vont prendre l'initiative de rassembler les chrétiens autour d'eux et de faire la prière commune. On retrouve cela en:

- Italie: saint Eusèbe à Verceil vers 363

saint Ambroise à Milan après 374 (nord)

- France: saint Hilaire de Poitiers vers 355 (sud)

saint Martin à Tours (Marmoutier). C'est un Hongrois et c'est le premier saint non-martyr qu'on a reconnu comme saint ou confesseur de la foi.

saint Césaire à Arles vers 470-542 (sud)

Origine des évêques et aussi des Règles: Augustin, Césaire d'Arles.

b) La deuxième origine: l'influence orientale qui va venir des Pères d'Egypte surtout, grâce aux récits des voyageurs, grâce aussi aux textes monastiques des Règles et aux écrits qui rassemble la "sagesse du désert" comme ceux de Jean Cassien à Marseille (sud de la France) ou la v
Dans la tradition occidentale, très tôt, nous retrouvons une sorte de mélange de tout cela, un brassage d'influences, ce qui aboutit à faire émerger une forme de monachisme qui prendra sa forme plus précise avec saint Benoît à Subiaco en Italie, puis au mont Cassin. Il est mort vers 547. Il a donné le ton pour la tradition occidentale pour les siècles suivants.

3. La spiritualité du monachisme ancien

3.1 La séparation du monde.

C'est une constante. Le moine est celui qui coupe avec un certain style de vie et avec le monde pour s'en aller fans la solitude et le désert. Ceci est souvent appelé: fuite du monde, dans le sens où il ne se désintéresse pas du salut du monde, mais au sens de Jean: le monde corrompu, le monde de ténèbres. Séparation pour manifester la victoire du Christ, pour vaincre ce monde de ténèbres. Le moine voyait la fin de l'Empire romain et le paganisme. Donc, dans cette perspective, le moine se libère dès à présent des liens avec un monde dont tous devront se libérer tôt ou tard. Aspect eschatologique de la vocation monastique.

Par son ascèse, le moine renonce dès à présent à certaines choses auxquelles toute personne devra renoncer plus tard. Les textes anciens vont présenter souvent la vie monastique comme un avant-goût de la vie éternelle. Le moine vit en paix avec lui-même, et en lui, la beauté originelle a été restaurée. Le moine est en harmonie avec les bêtes sauvages. Donc, paix avec lui-même et paix avec les autres, avec le monde et avec la nature.

Antoine, à la fin de sa vie: les visiteurs ne le dérangent plus: il est en paix et harmonie.

3.2 Voyageurs

La vocation monastique est conçue comme un chemin, une voie. Benoît dira: une quête de Dieu. Le moine va se considérer un peu comme un voyageur itinérant, en route. Le modèle est Abraham qui quitte son pays.

C'est conçu d'une façon dynamique. Le moine est un chrétien toujours en progrès, en processus de croissance. Aller au désert n'est pas un but: au contraire, il se met en marche. Le moine est toujours ouvert vers une plénitude, un plus aujourd'hui.

Le moine, c'est celui que le désir de trouver Dieu a saisi avec une telle urgence qu'il abandonne tout le reste pour cela sans regarder en arrière. Appel évangélique.

Dans la vie d'Antoine, après ses premières expériences: no 7, Vie d'Antoine: Ph 3,14: "il ne faut pas mesurer le chemin de la vertu, ni la vie de la retraite par le temps, mais par le désir et la résolution". Antoine lui-même ne se souvenait pas du temps passé, mais jour après jour, (ça faisait environ 10 ans) "oubliant tout ce qui est derrière moi..." "Le Seigneur est vivant, devant qui je me tiens AUJOURD'HUI".(Rois, Elie)

3.3 Combat contre le démon et victoire du Christ.

Thème très important. Le but à viser. On trouve le sens de cela dans des textes monastiques: le moine va expérimenter en lui-même, dans sa vie et dans sa chair, l'opposition entre les forces du mal dans le monde et en lui-même et les forces du bien dans le Christ.

Il ne s'agit pas seulement de tentations personnelles. C'est le combat du Christ. Le désert et la solitude lui permettent de se découvrir tel qu'il est. Celui qui ne sait pas rester seul, ne peut pas reconnaître ce qu'il a au fond de son coeur. Il découvre que son intérieur, que sa vie personnelle est habitée, que l'homme n'est pas par nature, toute bonté, qu'il y a des zones plus obscures, où la lumière n'a pas encore pénétré. Il découvre des profondeurs obscures chez lui, habitées par des forces cachées et qu'il symbolise par le démon. C'est en rapport avec la cosmogonie du temps où on pensait que les déserts étaient habités par les démons.

Il faut faire une lecture psychologique de ces concepts de démon, ange, tentation; il faut y voir l'imaginaire et la recherche: ce que cela nous dit de son intérieur.

C'est une expérience humaine qui est traduite dans ça, et non des intervenants extérieurs. Les anges: ce qui porte au bien; le démon: ce qui porte au mal. Il va prendre conscience des forces bonnes et mauvaises en lui. C'est une confrontation au niveau de son vécu. Le moine décrit ce qu'est son expérience, non ce qu'est le démon. Cela ne nous renseigne pas sur l'identité du diable.

C'est très biblique comme prise de conscience; cela l'écraserait se cette prise de consciences n'était pas éclairée par la certitude de la victoire du Christ. On le verra même provoquer le démon parce qu'il s'appuie sur la certitude de la victoire du Christ.

Atmosphère très sereine et optimisme parce que l'issue finale est assurée par la Victoire du Christ. Il ne faut pas centrer son attention seulement sur le démon. Bouyer va montrer la signification psychologique de ces tentations d'Antoine.

4. Antoine et le combat spirituel

4.1 L'auteur de la Vita

La vie d'Antoine est racontée quelques années seulement après sa mort (vers 350) par Saint Athanase, patriarche d'Alexandrie, siège qui se rattache à l'apôtre Marc. Ecrit vers 357, à la demande des moines de la Gaule qui l'avaient connu, semble-t-il, lors de son exil à Rome (de 336 à octobre 346 par Constantin, c'était le deuxième exil de son siège d'Alexandrie). Il n'a probablement pas connu Antoine personnellement, mais l'a connu de réputation. Athanase a écrit à partir de ce qu'il a appris d'autres moines. Il a lui-même connu Antoine, pense René Draguet Les Pères du désert... p.2, en se fiant à l'introduction de la Vita. Il y a cependant des discussions historiques sur ce point. Il est certain de toute façon qu'Athanase avait très bien connu les moines du désert égyptien. Lors du troisième exil de son siège, alors que l'empereur Constance l'avait déposé, de 356 à février 362, il s'était réfugié dans le désert égyptien où les moines connaissaient bien Antoine. C'est probablement au cours de cet exil qu'il a écrit la vie d'Antoine. Il était exilé à cause de ses positions dans les querelles christologiques dont on trouve certaines traces dans les discours d'Antoine dans la Vita. On peut être sûr, malgré le genre particulier de la Vita dont nous reparlerons dans un instant qu'Athanase s'était bien renseigné avant d'écrire.

4.2 Le but de l'auteur

But parénétique c'est-à-dire d'édification d'abord et avant tout: pour stimuler les moines à la vie monastique plus parfaite; pour donner un modèle. Ceci est important à remarquer. Donc ce n'est pas une biographie purement historique, mais une interprétation de la vie d'Antoine dans le but de donner un modèle de vie monastique. C'est donc un genre littéraire d'édification qui a connu beaucoup de succès par la suite dans les vies de saints au Moyen-Âge et encore aujourd'hui.

Certains ont rapproché ce genre littéraire d'autres écrits célèbres à l'époque, come la Vie d'Agelisas (Xénophon). Il s'agit donc d'un genre littéraire qui existait dans la littérature non-chrétienne: pour des philosophes ou des personnages historiques où le procédé de l'"éloge" prend beaucoup de place, où on introduit des discours attribués au personnage et où l'amplification joue un grand rôle. Ce sont les mêmes procédés littéraires qu'on retrouvera dans la Vie d'Antoine par saint Athanase.

- Le procédé de l'éloge: on se doit de dire des choses favorables. Il va vanter un peu son personnage. On pourrait utiliser l'expression connue: "lancer des fleurs à quelqu'un..."

- Le procédé de longs discours intercalés dans la vie: on a les chapitres 16 à 43 et 72 à 80: deux longs discours d'Antoine. Le premier est une sorte de petit traité sur la vie monastique. Ce n'est pas purement gratuit, mais ça représente la conception générale de la vie monastique de l'époque. On retrouve ce procédé des discours dans le N.T.: les Actes des Apôtres.

- Le procédé de l'intervention de philosophes: Antoine va confondre ces intellectuels.

Donc, le but est de présenter un modèle de moine et une image de la vie monastique. Nous avons là comme l'idéal du moine auquel on revient continuellement même encore aujourd'hui.

4.3 Qui est Antoine?

Antoine est un Egyptien, un copte ou descendant des égyptiens du temps des Pharaons d'Egypte (ils sont encore 20 millions aujourd'hui). Il venait du milieu des paysans égyptiens ou fellahim. Le personnage est historique i.e. il a bel et bien existé. Il a joui d'une grande réputation même de son vivant. Celle-ci précède sa biographie et non l'inverse. Le but d'édification d'Athanase qui est un pasteur et un homme d'action ne s'oppose pas à la vérité historique. On pourrait dire qu'Athanase présente l'image d'Antoine que se faisaient les contemporains.

Utiliser mon texte de Selon Sa Parole Recueil p.47-48

Antoine d'après la Vita est un jeune homme, paysan, dans un petit village d'Egypte pas loin d'Alexandrie, d'une famille à l'aise, un illettré qui perd ses parents à 18 ans. Il s'occupe de sa jeune soeur. Un jour, à l'église, il entend lire Mt 19,21: "Si tu veux être parfait, va, vends tout et suis-moi". Cette phrase le frappe comme si c'était proclamé pour lui personnellement. Moment de conversion préparée depuis longtemps.

A partir de là, son expérience spirituelle devient une sorte de poursuite sans cesse plus profonde de Dieu dans sa vie. Cette poursuite de Dieu va amener Antoine à une fuite dans la solitude de plus en plus poussée. Il va aller au désert et va vivre pas loin de son village, puis dans un petit fortin abandonné; puis près la Mer Rouge, sur une montagne. Il deviendra quelqu'un d'assez connu et mourra à 105 ans.

Retenons en résumé:

1) Du point de vue historique, le personnage a existé réellement.

2) Antoine a été une figure exceptionnelle du désert. Il fut un de ceux qui jouissait d'une réputation au-dessus de la moyenne.

3) Autre élément très sûr: ses luttes contre le démon. Combat dans des tentations qu'il a eu à surmonter

4) Attachement à la pureté de la foi orthodoxe, contre les Ariens de l'époque: ceci est aussi un élément certain.

5) Autre élément certain: son origine copte, son état de laïc et l'époque où il a vécu: tout cela est confirmé aussi par d'autres textes.

4.4 Dynamique de l'expérience spirituelle d'Antoine

(Cf. texte de Louis Bouyer)

Caractéristique générale: pour lui, la vie du moine se présente comme une ascension perpétuelle, comme quelque chose sans cesse en mouvement: une anachorèse, c'est-à-dire un dépassement continuel dans la réponse à suivre Jésus.

Ainsi, pour Antoine, le moine n'est jamais arrivé au terme de son expérience. Ce n'est pas un idéal figé mais une vie spirituelle toujours progressante qui est faite essentiellement de passages ou d'étapes. Ce n'est pas une sorte d'escalier où l'on monte une marche et puis où on s'arrête en attendant de monter la suivante. Mais c'est une source qui grandit jusqu'à devenir un fleuve. C'est quelque chose qui coule et se répand, quelque chose en mouvement, donc pas statique. Athanase va donc structure son ouvrage autour de passages (ou seuils) pour décrire l'itinéraire spirituel d'Antoine.

a) Première étape ou premier seuil: passage d'une vie ordinaire à une vie de détachement effectif.

Episode initial de la conversion d'Antoine, à l'Eglise. Cette étape initiale est décrite dans les chapitres 1-7. Antoine va prendre conscience de l'appel au radicalisme évangélique et va abandonner tous ses biens; il va confier sa jeune soeur à un groupe de dames de la communauté chrétienne et va aller s'installer à l'écart du village où il va prendre conseils de solitaires. Il va travailler de ses mains, comme tresser des corbeilles ou des nattes ou se louer pour les récoltes. Il va prier le plus continuellement possible et réciter des versets de l'Ecriture. Les moines apprenaient par coeur le Nouveau Testament et les psaumes et parfois toute la Bible. Athanase va caractériser cette étape par un terme précis en disant que pendant cette période les gens qui le voit vont l'appeler "l'ami de Dieu".

Ces premiers efforts invitent Antoine à un nouvel équilibre dans sa vie. Il va connaître des difficultés; même d'ordre sexuel. Cf. par. 5, mais petit à petit, il va arriver à un meilleur équilibre humain. La valeur dominante ou la valeur-signe de cette étape est une libération intérieure qui se fait progressivement pour s'éveiller à une conscience de soi vraiment humaine et chrétienne qui va être au principe d'un cheminement pour plu poussé.

b) La seconde étape est présentée en deux phases où s'opère le passage vers un détachement radical: de "radix" en latin, qui signifie racine, ce qui indique que c'est l'intérieur de la personne jusqu'aux pensées les plus intimes qui sera touché.

- Premier temps: Antoine va se réfugier dans un tombeau près du village et va vivre là une quinzaine d'années. Pour décrire ce qu'Antoine vit pendant cette période, Athanase utilise l'expression soldat du Christ, une image tirée de saint Paul: le chrétien revêt l'armure de la foi. Dans cette expérience du combat spirituel de l'esprit contre la chair Antoine va découvrir les profondeurs du mal. La valeur dominante ou la valeur-signe de ce premier temps c'est le fait qu'il imite le combat du Christ; qu'il découvre de plus le mystère de Jésus et qu'il s'identifie jusque dans ses replis les plus intérieur à Jésus lui-même qui devient ainsi le centre de la vie spirituelle d'Antoine.

- Deuxième temps: Vers 285, Antoine va vivre une autre étape qu'on pourrait appeler une étape d'ultime détachement et d'abandon total à Dieu dans la foi. Il va se réfugier plus loin dans le désert dans un petit fortin abandonné. Là il vit un combat intérieur plus profond encore. Il reste enfermé là, sans qu'on ait de nouvelles de lui.

Au terme de cette période, l'Esprit de Dieu a pénétré tout en Antoine. En conséquence, il ne tient plus autant à sa solitude. Il est celui qui peut aider, guider les autres parce qu'il a vécu lui-même l'expérience. De soldat du Christ qu'il était auparavant, il est devenu un Père spirituel dira saint Athanase. Voir texte page 380.

Les chapitres 8-12 de sa vie se rapportent à cette période.

c) Troisième étape: celle où Athanase l'appelle l'Homme de Dieu. Les chapitres 49-93 (qui comprend les discours). Cette partie est moins décrite au plan psychologique que les autres étapes. Il est présenté comme l'homme de Dieu. Athanase se réfère à l'A.T. où les prophètes sont nommés ainsi. C'est pour Antoine une période de fécondité spirituelle: on raconte des miracles qu'il aurait fait alors et ses rencontres avec des philosophes. Il est bienfaiteur des âmes et des corps. Il est celui qui est instruit par Dieu lui-même.

La valeur-signe: Antoine a retrouvé l'innocence originelle; restauration de l'homme comme sorti de Dieu dans toute sa grandeur. Il est devenu une créature logique, cohérente et unifiée.

Il meurt à 105 ans .... on vivait vieux au désert.

5. Cassien et les trois renoncements

5.1 Vie de Cassien

Jean Cassien a certains cotés plus modernes qu'Antoine. Il a voyagé beaucoup dans sa jeunesse. Il était curieux de connaître de nouvelles expériences et il aimait consigner ce qu'il observait.

Il est né vers 365 (pas sûr) et est mort en 435. Sa chronologie n'est pas facile. Selon Pichéry dans Sources chrétiennes: il serait né sur le bord de la Mer Noire dans l'actuelle Roumanie, appelé alors la Scythie, où beaucoup de légionnaires romains étaient stationnés pour maintenir l'ordre aux frontières de l'empire.

Vers sa vingtième année, avec un ami, Germain, il décide de s'initier à la vie monastique. Les deux amis s'en vont en Palestine, à Bethléem de 378 à 380 à peu près.

Ensuite, ayant entendu parler de colonies de moines en Egypte, ils demandent la permission à leur supérieur d'aller y séjourner. C'est ainsi qu'on les retrouve en Egypte où ils demeurent une vingtaine d'années interrompue par un retour bref en Palestine pour obtenir une extension de séjour de son supérieur. Avec son ami Germain, Cassien va visiter de nombreux monastères et rencontrer plusieurs moines du désert. Vers la fin de son séjour, il sera pris dans des querelles christologiques avec des moines qui étaient anthropomorphistes. Ce qui l'oblige à quitter l'Egypte.

Recommandé par le patriarche d'Alexandrie, il est reçu par saint Jean Chrysostome à Constantinople. Il y est ordonné diacre. Il va séjourner près de Jean Chrysostome de 400-404.

On le retrouve ensuite à Rome, sans trop savoir pourquoi, pour une quinzaine d'années. Là, son ami meurt. Il est ordonné prêtre et vit dans l'entourage du pape. Après, il va dans le sud de la France près de Marseille où il fonde deux monastères celui de St-Victor pour les hommes et celui de Saint-Sauveur pour les femmes et où il rédige ses oeuvres, fruit de son expérience spirituelle et monastique. Il servira de lien entre le monachisme oriental et occidental.

5.2 Son oeuvre

Première oeuvre, vers 420: Les Institutions cénobitiques. Il donne des détails intéressants sur la vie des moines. Cet ouvrage comporte un traité de vie spirituelle sur un modèle qui aura une grande influence par la suite. Ce traité est structure autour de ce que Cassien appelle les vices capitaux comme obstacles à la vie spirituelle. Grégoire le Grand utilisera le même schéma en le perfectionnant. Chez Cassien, ces limites qui causent les principaux à la vie spirituelle ne sont pas appelés péchés, mais plutôt vices parce qu'ils sont comme des sources d'où viennent les comportements mauvais. Chaque moine porte donc en lui, depuis sa naissance, les diverses conséquences du péché d'Adam, notamment les semences des vices, Et, avec le temps s'il n'y prend pas garde ces germes ne manqueront pas de se développer en vices authentiques. Cassien s'efforce de démasquer ces derniers afin d'aider ses frères à s'en guérir. Il en décrit huit parce qu'il subdivise ce qu'on a appelé par la suite l'orgueil en deux : la vaine gloire et l'orgueil que dans la classification subséquente devenue traditionnelle on fera suivre de l'avarice, l'envie, la gourmandise, la colère, la luxure et la paresse.

Quelques années plus tard, vers 425, il rédige: Les Conférences, sous forme d'interview avec un Père du désert qu'il dit avoir rencontré. Il va rédiger ces entretiens avec les moines les plus célèbres du désert. Ce n'est pas un compte-rendu journalistique, mais ce sont plutôt des souvenirs. Et Cassien y met aussi beaucoup du sien. Il systématise. Son but est d'enseigner les moines dont il s'occupe. Aller du visible de la vie des moines, observable, aux dispositions du coeur et à l'homme intérieur. Ses Conférences seront publiées en trois séries: d'abord les dix premières; puis sept autres: de 11 à 18; et enfin de 19 à 24.

Cassien n'est pas un grand théologien, ni un théoricien de la vie monastique, mais un homme pratique du point de vue théologique. Il y a même quelques erreurs dans ses écrits. Il est classé comme semi-pélagien: question du rapport nature/grâce et aussi erreur sur la moralité du mensonge. Ses oeuvres ont un caractère de témoignage.

5.3 Vue d'ensemble de sa doctrine spirituelle

Il présente déjà une certaine systématisation de la vie spirituelle. Il va utiliser certaines idées néo-platoniciennes. Il va faire certaines distinctions importantes comme celle de la FIN de la vie spirituelle et du BUT:

- FIN: (aujourd'hui on dirait : BUT): ce qui va stimuler tout l'élan; c'est le Royaume de Dieu et la vie éternelle par la contemplation divine dans l'épanouissement de la charité. La fin ou telos ( ) est la vie éternelle. Pour arriver à cette fin, il faut se donner un objectif:

- BUT (aujourd'hui on dirait: OBJECTIF): la pureté du coeur. Pour lui ce but (scopos en grec) c'est un indispensable qu'il appelle la pureté du coeur.

A partir de cette base, Cassien va proposer toute une série de renoncements. Pour lui, c'est la condition d'un plein épanouissement de la charité. Car tous les renoncements sont inutiles s'ils ne sont pas inspirés par la charité qui est la fin poursuivie.

Le cheminement que Cassien propose à partir de ce point de départ: on le retrouve en résumé dans sa conférence sur les trois renoncements où il va utiliser la figure d'Abraham, comme modèle.

1) Premier renoncement: la pureté du coeur: que le moine se dépouille de tous ses biens matériels, effectivement. Genèse: " Sors de ta terre ". Détache-toi de tes racines sociologiques. C'est le degré des commençants.

2) Le renoncement aussi aux vices, à ses habitudes et à ses passions d'autrefois, à ses tendances mauvaises; on va donc de l'extérieur à ce qui est plus intérieur. Gn : " Sors de ta parenté ". La parenté représente des liens plus proches de nous (pas toujours). C'est la partie la plus développée: les huit vices capitaux. Dans cette étape, il y a une grande place à la modération, la mesure, la discrétion (discretio). Tout n'est pas bon pour tout le monde, au même moment. Savoir y aller avec discernement. Conférence deux.

Aussi l'humilité. Déjà des degrés d'humilité. Elle est présentée comme la base de l'édifice spirituel. Conférence 19 en particulier. Rôle fondamental. C'est un peu la pauvreté en esprit, selon les synoptiques, les pauvres de Yahvé dans l'Ecriture. Il reçoit le salut, ne se le donne pas.

Aussi la patience: qui inclut un certain calme, la paix à conserver. Pour lui, cette étape laisse fleurir la charité comme un fruit qui vient un peu de lui-même. S'occuper de l'arbre et les fruits viendront en leur temps. Cette étape se couronne dans l'apparition d'attitudes de plus en plus fréquentes et des plus en stables de vraie charité. C'est le règne de la vraie qui s'instaure.

3) Troisième renoncement: d'ordre plus spirituel. Influence néo-platonicienne: l'âme dépasse tout le visible et va s'unir déjà par la contemplation des choses célestes, invisibles, au Verbe de Dieu. Gn: " Sors de la maison de ton père ". C'est plus intérieur. Conférences 9, 10, 12.

Les caractéristiques de cette étape: science théorique (connaissance de Dieu) ou contemplation. Importance de bannir tout souvenir du monde pour porter son regard vers ce qui est invisible. Etape d'union mystique à Dieu. Cf. texte p.14 à 17. Le sens de ces renoncements est donné dans la partie VII p.146 (16); le dernier paragraphe: sens mystique.

6. Benoît et sa Règle

6.1 Situation du monachisme au VIe siècle:

D'abord, disons que Benoît est un italien né à Nursie en Haute Ombrie, un peu au sud d'Assise. On est à une phase plus avancée du développement du monachisme. Il y a un progrès, un phénomène d'institutionnalisation qui se fait; c'est plus structuré, plus réglementé. Ce qui était charismatique autrefois s'institutionnalise. D'où la prolifération de règles à cette époque. Il y en a une vingtaine qui nous sont parvenues, venant soit d'Egypte, soit des évêques.

Il y a aussi une extension et une expansion géographique très importantes. Vers 600, en Gaule (France), on compte 200 monastères de moines. C'est dans ce contexte qu'apparaît la Règle de saint Benoît, comme une Règle parmi les autres.

6.2 La Règle de saint Benoît

6.2.1 L'authenticité

Parmi ces règles, il y en a deux de plus illustres. A venir jusqu'à il y a une trentaine d'années, on ne connaissait que celle de saint Benoît. Mais aujourd'hui on connaît la Règle du Maître qui est une codification anonyme. Elle a beaucoup de parenté avec la règle de Benoît. La question se pose donc de l'originalité de la règle de saint Benoît, depuis 30 ans.

A-t-il conçu sa règle lui-même? Bien des parties de sa règle sont très semblables à la Règle du Maître. Cf. Bouyer, La spiritualité du N.T. et des Pères.

Le rapport entre la Règle de Benoît et celle du Maître? Habituellement on s'entend pour penser que Benoît n'est pas seulement un compilateur, mais qu'il a des éléments généraux tirés de son expérience. D'autres pensent que Benoît aurait simplement copié les meilleurs bouts et compilé. Il y a aussi d'autres opinions, par exemple celle qui distingue deux rédactions dans la Règle de Benoît: une première, antérieure à la Règle du Maître et qui serait brève; une deuxième, plus longue qui comprendrait des éléments en dépendance de la Règle du Maître. Il est très difficile de donner une solution définitive.

Il faut garder à la Règle de saint Benoît une originalité compréhensible dans le sens que le processus va de la Règle du Maître à celle de Benoît: processus de simplification, de mise au point; ce qui milite en faveur de l'originalité de la Règle de Benoît. Autrement on aurait le processus inverse, celui de l'amplification. C'est l'hypothèse la plus plausible: une simplification de la Règle du Maître avec l'expérience de saint Benoît.

6.2.2 Caractéristiques

Nous avons une vie de 0 Benoît par saint Grégoire le Grand, moine bénédiction qui est très lue, mais c'est une vie dans un sens panégyrique où l'éloge est à son sommet. Il y a donc beaucoup de merveilleux pour montrer la sainteté de Benoît. On le montre comme un personnage fascinant.

Il a une existence historique assurée; il est né vers 480 et est mort vers 547. Il est issu d'une famille de propriétaire terrien assez à l'aise. Il a fait des études en humanités grammaire et philosophie à Rome. A ce moment, Benoît décide de se consacrer à une vie d'ascète comme ermite. Il est dégoûté de la société romaine perturbée de l'époque.

Il abandonne ses études et s'installe dans une grotte à Subiaco, Sacro Speco, dans les montagnes au nord de Rome, à 20 km. Certains jeunes gens viennent se joindre à lui. Son groupe est importuné par des visiteurs et par des barbares qui circulent dans la région à cette époque. Pour plus de sécurité, il s'installe entre Naples et Rome, au sommet du Mont Cassin. Il a un groupe de douze disciples. Encore aujourd'hui il y a une abbaye là, reconstruite par les américains, qui à la fin de la guerre avaient détruit l'abbaye de Benoit pour y déloger les Allemands qui s'y étaient installés. Reconstruite sur le modèle de l'ancienne abbaye, ce n'est tout de même plus l'abbaye de Benoît.

Donc Benoît s'exile de Subiaco vers le Mont Cassin. Il rédige sa Règle vers 525.

a) Le premier caractère de sa Règle est d'être modérée et pratique. Il y a un équilibre dans l'ensemble des prescriptions. C'est la plus sage parmi les règles. Il a à coeur d'éviter les exagérations dans tous les sens. Caractère très humain, très pratique, sans doute dû à sa formation romaine.

b) La caractéristique la plus importante: Benoît va imposer par sa Règle la stabilité dans le monastère. Les moines font un voeu de stabilité: ils se fixent pour toute la vie dans un monastère. Ils y entrent pour y mourir. C'est pour contrer une déformation de plusieurs moines qui étaient des "gyrovagues" et faisaient du tourisme spirituel en allant d'un monastère à l'autre. Les moines doivent s'inscrire dans un projet de vie avec une certaine stabilité. Le monastère est une école de perfection, une école du service de Dieu (Cf. p.19). Aussi, Benoît ne veut rien établir de rude et de pesant. La stabilité est vue comme une aide pour celui qui veut progresser.

Un autre aspect de la stabilité, moins spirituel mais inspiré par les conditions de vie économique et politiques, c'est que l'Italie étant de plus en plus parcouru par des bandes de barbares, c'est plus sécuritaire de vivre en monastère, en groupe que de vivre isolé. Donc but de sécurité. L'Abbé est élu à vie pour favoriser la stabilité.

c) Troisième caractéristique: insistance sur l'humilité. Benoît donne les douze degrés d'humilité, comme base de la vie spirituelle. Pour lui, ça résume l'ascèse monastique de celui qui vient chercher Dieu. Humilité dans l'obéissance et la correction fraternelle (couple).

d) Quatrième caractère de la Règle: insistance sur le dosage heureux entre la prière commune: Opus Dei et le travail manuel: opus manuum (oeuvre de nos mains). Ce sera essentiel à la vie monastique. Cela reste une exigence encore aujourd'hui que ce travail manuel, pour tous, sans exception.

Prière liturgique et travail manuel: c'est ce qui explique dans la Règle, toute la réglementation autour de l'Office, des heures qui encadrent le travail. Chapitres 31 à 57 dans la Règle de Benoît traitent de l'observance du respect de l'horaire.

6.2.3 Figure de l'Abbé: voir texte.

L'Abbé n'est pas simplement un supérieur: c'est inspiré du Pater Familias latin chez les romains. Il est le Père spirituel et le maître qui va inspirer les moines dans leur vie monastique. Il est au service de la communauté.



Note : La partie qui suit est extraite des notes de cours sur le Haut Moyen-Âge où elle prenait place dans la deuxième partie qui ne couvrait pas seulement le monachisme. Le monachisme était traité dans les points 5, 6 et 7 de l'exposé dans la deuxième partie du cours Histoire de la spiritualité I (des origines au XIVe siècle). C'est la raison qui explique la numérotation des pages qui suivent qui ne suit pas celle qui précède.

LE MONCHISME AU HAUT MOYEN-ÂGE

Introduction

Dans l'histoire, cette période est très souvent appelée les siècles bénédictins ou l'ère monastique. Il va y avoir l'uniformisation des usages monastiques sous la Règle de saint Benoît.

A la fin du XIe siècle, le monachisme occidental est un mouvement qui a une physionomie bien particulière, contrairement au monachisme ancien dans lequel il y avait des usages très différents un peu partout.

5.1 Traits distinctifs et diffusion

a) Durant cette période du Haut Moyen-Âge (VIIe au XIe siècle) le monachisme va se développer comme un trait permanent de la SOCIETE, comme une institution qui a une figure particulière, propre. Il va influencer la société à tous les niveaux: spirituel; intellectuel; il sera à la source de la culture dans des écoles monastiques; il influence aussi la vie liturgique: on va y copier des cérémoniaires; la vie artistique; la vie administrative: par exemple, la Chancellerie de Cluny à certain moment sera plus importante que celle de Rome; la vie économique: les moines seront des défricheurs en Europe.

Avant cette période, le monachisme était un phénomène avant tout religieux et spirituel: suivre Jésus dans la radicalité évangélique. Mais pendant cette période, le monachisme se développera comme un phénomène social avec un rôle social. Il deviendra une sorte de profession, une fonction précise dans la société. Le monachisme passe d'une vocation spirituelle à un style de vie qui donne un statut social bien déterminé et valorisé. Il ne répond pas simplement à une vocation d'un petit nombre. Il devient un secteur important de la société.

b) Dans l'EGLISE: les moines ont pratiquement le monopole de l'étude et de la culture spirituelle. La population est illettrée. Le latin est la langue de communication. Or, seuls ceux qui ont pu apprendre à lire et à écrire dans les monastères peuvent avoir le monopole du savoir, de la doctrine spirituelle. L'influence des moines est beaucoup plus importante que celle du clergé, évêques et prêtres. Les évêques, petit à petit s'associent aux seigneurs et l'aspect pastoral est mis en veilleuse. Petit à petit des moines vont commencer à s'occuper des paroisses. Ce sont eux qui vont modeler l'esprit et l'idéal des prêtres et des laïcs. Des trois ordres, laïcs, clercs, moines, ils sont les premiers. Les laïcs sont les guerriers, les seigneurs, les hommes d'armes, les paysans dont plusieurs étaient des serfs attachés à un seigneur et donc très dépendants.

c) Autre trait caractéristique: le développement progressif de monastères dotés de domaines terriens importants, de riches et larges domaines avec des hectares de terrain. Ils vont devenir de grands propriétaires fonciers. Ce processus va aller en s'amplifiant et ils vont devenir en lutte avec les propriétaires seigneurs. Cela aura des conséquences importantes dans l'histoire. Par exemple, en Angleterre, quand Henri VIII se sépare de Rome au XVIème siècle, plus du tiers des terres cultivables appartiennent à des monastères. On assiste à une constitution d'un patrimoine de biens d'Eglise.

d) La diffusion du monachisme dans une première phase se fait lentement à partir de l'Italie et de la Gaule méridionale, sud de la France. Il se répand petit à petit comme une tache d'huile. Il atteint bientôt l'Irlande et l'Angleterre. Ces monastères irlandais ou celtes et anglo-saxons reviendront ensuite répandre le monachisme dans le nord de l'Europe, en Germanie (Allemagne actuelle) et dans les pays scandinaves.

Par la suite, il y aura des efforts de centralisation, surtout sous Charlemagne pour essayer d'unifier un peu ces différents monastères. Puis il y aura une sécularisation qui va se généraliser, i.e. qu'il y aura des seigneurs qui seront propriétaires de monastères, qui auront autorité sur les monastères. Ces seigneurs vont donner un terrain à la condition qu'on y établisse un monastère dont ils vont se constituer les supérieurs. On aura ainsi des supérieurs laïques pour des monastères de religieux. Par exemple, Charlemagne, pour récompenser ses preux et ses guerriers, leur donnera un monastère en cadeau. C'est ainsi qu'apparaissent les bénéfices ecclésiastiques. Dans la suite, on verra des charges ecclésiastiques qui seront transigées comme on transige des actions à la bourse. Les monastères deviennent des valeurs marchandes.

Cela va expliquer les tentatives toujours renouvelées pour des réformes. Au Xe siècle, l'Europe est couverte d'Abbayes. Cluny en aura dans toutes les parties de l'Europe. On assiste à la mainmise des seigneurs laïques sur les monastères, ce qui amène une sorte de décadence de la vie monastique et ce qui va susciter les renouveaux du XIe siècle: Cluny qui deviendra important vers 1048; Cîteaux (cisterciens) en 1098; saint Romuald et les camaldules, Romuald mort en 1027; saint Bruno et les chartreux en 1084, dont nous parlerons dans la partie sur le Moyen-Âge strict,.

5.2 Pérégrination et monachisme ou l'exil pour le Christ.

a) SOURCES: Pour les siècles du Haut Moyen-Âge, nous connaissons la spiritualité des moines surtout par des Vies de Saints. L'hagiographie est importante. Le thème majeur de ces Vies: l'exil pour le Christ. D'où venait cette aspiration eschatologique vers un au-delà?

Elle avait sa source dans une vision du monde. C'est une période assez troublée. Les gens sont persuadés que dans le monde où ils vivent, tout est provisoire et passager. Il y a beaucoup de mortalité et beaucoup de changements. L'homme ne doit pas s'attacher à ce monde, mais orienter ses regards vers le ciel, le paradis. De sorte que même la vie présente est vue comme un exil en attente de la patrie céleste. La patrie, la famille, les biens matériels, les jouissances terrestres sont illusoires, éphémères et doivent être abandonnés. Celui qui veut être logique avec son option monastique doit abandonner tout cela.

Elle se base aussi sur certains textes de l'Ecriture qui sont privilégiés comme: Mt 19,29: "Quiconque aura laissé maisons, frères, soeurs, père, mère, enfants ou champs à cause de mon nom, recevra beaucoup plus et, en partage, aura la vie éternelle." Elle s'appuie aussi sur le texte de Gn 12,1: Abraham. Cassien l'avait déjà utilisé. Et autres textes parallèles des évangiles.

Ce thème de l'exil prolonge l'idée du monachisme ancien. Comme Abraham, le moine se fait étranger même dans son propre pays; même sans quitter son lieu géographique, il se considère comme étranger. Cet exil pour le Christ, c'est avant tout s'expatrier géographiquement mais non pas pour visiter un lieu saint de pèlerinage ou pour évangéliser, mais c'est dans un but de rompre des liens; en particulier dans ces sociétés, les liens familiaux et de clans sont très importants. C'est donc un dépaysement volontaire dans un but spirituel: se détacher le plus possible de ce qui entoure.

b) LES FORMES: on vit comme ermite, seul ou avec quelques compagnons. Et aussi comme cénobite: des moines dans un monastère étranger: par exemple des moines irlandais vont dans des monastères de France et vice versa. On s'occupera souvent des pauvres et des malades. On fondera un monastère, et quand il fonctionnera bien, on ira plus loin en fonder un autre. Mais ce sera toujours avec l'idée de ne pas se fixer et de ne pas rester attaché au lieu où on s'établit.

c) LES RETOMBEES: elles sont importantes du point de vue de l'évangélisation. Elle s'est produite à cause de la présence de ces moines dans des populations qui n'avaient jamais entendu parler de Jésus-Christ. Cet aspect est important; c'est un des fruits de la pérégrination. Les plus grands missionnaires du nord de l'Europe sont les moines irlandais.

5.3 Les écoles monastiques

a) Situation nouvelle

Les monastères vont servir de lieux de transmission de la culture, car, avec les populations nouvelles, il y avait eu disparition de l'éducation antique, gréco-romaine. Cette éducation va disparaître petit à petit en Occident. Il restera bien quelques familles patriciennes qui vont continuer à avoir des rhéteurs ou précepteurs pour leurs enfants. Mais petit à petit l'éducation va disparaître de sorte qu'on aura à éduquer les populations en commençant à zéro.

b) Contenu de l'enseignement

L'enseignement dans les monastères va se limiter à des choses sommaires: la grammaire, le comput ou calcul dans un le but reconnaître les saisons, les jours, le calendrier et les "moralia" i.e. les règles morales de base. On enseignera aussi les auteurs classiques chrétiens, mais on va laisser de côté les auteurs classiques païens. Grégoire le Grand aura beaucoup d'influence. On enseignera aussi la Bible ou l'Ecriture en donnant une grande importance à l'Ancien Testament parce qu'on va y reconnaître un peu la société d'alentour de soi: les rois prennent David comme modèle, les clercs les prêtres de la tribu de Lévi etc. L'instruction se limite donc à l'apprentissage de la lecture, de l'écriture et de la vie morale ou "moralia".

c) Diffusion des écoles monastiques

L'engagement au plan de l'éducation est surtout le fait des monastères celtes et anglo-saxons parce qu'eux ne connaissaient rien du latin et que c'était nécessaire pour lire les auteurs classiques et la Bible. Tandis que dans le Bassin Méditerranéen, on comprenait encore le latin.

C'est pourquoi ce sont surtout les monastères celtiques qui développeront les écoles monastiques. Ils donneront ainsi le coup d'envoi à une culture uniquement chrétienne laissant de côté presque tous les aspects de la culture classique gréco-romaine.

Petit à petit, des écoles semblables se sont développées aussi autour des évêchés et des paroisses. Au temps de Charlemagne, en particulier, elles connaîtront une grande expansion. Comme dans les écoles monastiques on y enseigne les psaumes, le chant, le comput, la grammaire.

Conclusion

Retenons en conclusion que ces écoles (monastiques ou épiscopales) développent l'éducation des laïcs et des jeunes nobles. Mais le but de ces études est la vie chrétienne. Ce qui compte à cette époque, c'est de comprendre la Bible et de célébrer le culte de Dieu. C'est le but premier de ces écoles et de cette éducation. Le reste: poésie, arts, sciences: est complètement mis de côté.

6. Le monachisme celtique

6.1 Origines et développement

Pour Patrick et Colomban voir Régine Pernoud, Les saints du Moyen-Âge, pp.62-72 pour Patrick et pp.72-85L'origine du monachisme irlandais remonte à saint Patrick: vers 390-461. Patrick est probablement originaire d'Ecosse, plus précisément de Dumbarton sur l'estuaire de la Clyde. Jeune garçon, au pays de Galles, il est fait prisonnier et emmené comme esclave en Irlande par des pirates. Il réussi à s'enfuir vers 410, après six ans de captivité. Avec des inconnus qui l'ont pris avec eux, il accoste vraisemblablement en Gaule, puis finalement réussi à revenir en Grande-Bretagne vers 415. Il a vingt-quatre ans. Mais il entend continuellement un appel à retourner en Irlande pour évangéliser ces populations païennes encore. C'est pourquoi, il quitte de nouveau sa patrie, il se dirige vers la Gaule où il passera dix-sept ans de 415 à 432, dont une bonne partie à Auxerre auprès de saint Germain notamment. Il est consacré évêque itinérant et en 432 il débarque de nouveau en Irlande. Son activité d'évangélisateur sera infatigable, Il affronte les druides qui étaient révérés. Comme il parte la langue du pays, qu'il connaît les moeurs et les usages, sa parole rejoint les gens. En 445, l'évêché d'Armagh qui comporte deux monastères est fondé et Patrick le confie à son neveu qui l'accompagne saint Mel. Saint Patrick est au point de départ de l'évangélisation de l'Irlande. Il fut le premier évêque de la chrétienté irlandaise. A sa mort en 461, l'Irlande toute entière est chrétienne. Après sa mort, au cours du Ve siècle et du VIe siècle, vont se multiplier des monastères et des ermitages. Certains monastères compteront 1,500 à 3,000 moines.

En Irlande, la vie chrétienne prendra des formes extérieures très rudes. On va développer beaucoup de rigueur dans l'ascèse, beaucoup de jeûnes, de veilles, de gestes de prière corporelle comme des prostrations, des génuflexions, de la prière les bras en croix ("crosfigill" ou "vigile de la croix")...

En général, les monastères irlandais sont constitués de quelques cellules de bois ou de pierre sèche selon une technique de construction qui n'utilise pas le ciment. Ils entourent un oratoire ou une petite église et quelques bâtiments pour l'ensemble de la communauté: un réfectoire, une salle commune pour les enseignements et les réunions complètent le tout. C'est comme un genre de colonies de vacances d'aujourd'hui! On y pratique la vie de prière commune. Donc: vie austère, regroupement en commun pour la prière et l'étude de la Bible. C'est vers 487, un peu avant la mort de saint Patrick qu'on mentionne le premier monastère de femmes fondé par sainte Brigitte à Kildare.

6.2 Saint Colomban 540-615

6.2.1 Le personnage

Il est né dans ce contexte d'un monachisme très austère. C'est, dit-on, un jeune home de bonne famille du comté de Leinster superbement doué. Il reçoit une éducation soignée, où il s'initie aux arts libéraux: musique, arithmétique, astronomie, calcul, et grammaire qui comprend alors ce que nous mettons sous les lettres. Après avoir pris conseil auprès une femme ermite, recluse, il décide de suivre le conseil de l'Evangile et de quitter sa famille et son pays. Il quitte le monde, s'éloigne de sa place natale et on le retrouve à Bangor en Ulster (Irlande du Nord d'aujourd'hui) où vivaient trois mille moines. Il s'initie à une vie monastique très stricte qu'il diffusera plus tard sur le continent comme on le verra. A 30 ans, il quitte l'Irlande pour la Gaule avec douze compagnons et y fonde une communauté en s'installant d'abord dans une zone de forêts à la limite des Vosges dans un ancien Castrum abandonné à Annegray, puis vers 590 à Luxeuil où va écrire une Règle s'inspirant très probablement de celle de Bangor: la Règle colombannienne que nous possédons encore. Il va aussi écrire une règle pour les laïcs, la Règle de Communauté. Il va composer aussi plus tard deux Pénitentiels qui contiennent les pénitences à faire pour telle et telle faute.

Se périples ne sont pas terminés. Il va susciter l'hostilité de la reine Brunehaut qui gouvernait le double royaume d'Austrasie et de Bourgogne en dénonçant les écarts moraux de son fils Thierry, puis aussi celle des évêques et des prêtres des alentours à cause des usages irlandais qu'il conservait comme la date de la fête de Pâques qui n'était pas célébrée en même temps que sur le continent où depuis le Concile de Nicée en 325 on s'était entendu pour ajuster les usages et suivre le même calendrier liturgique. Colomban décide de se rendre en pèlerinage à Rome avec ses compagnons. Il traverse la Suisse où en cours certains de ses compagnons décident de rester, notamment son disciple Gall qui est à l'origine de la fameuse abbaye de Saint-Gall. Colomban continue sa route, il arrive aux pays des Lombards à Milan. Il a maintenant soixante-douze ans. Le roi Agilulf, quoique arien (sa femme Théodorine elle est catholique), lui offre une vieille église à Bobbio. Colomban s'y installe avec ses compagnons et c'est là qu'il meurt le 23 novembre 615.

"Colomban est à la fois l'ascète et le prophète" (R. Pernoud, Les saints du Moyen-Âge... p.82. Très entier, prédicateur fascinant, Colomban est une figure hors série, Il est comparable à Jean-Baptiste par la rigueur de sa pénitence et par la vigueur de sa prédication. Beaucoup vont se laisser convaincre de changer de vie. Il a une prédication très austère ce qui lui attirera des difficultés avec les évêques et les prêtres. Il aura aussi des difficultés parce qu'il continue de célébrer la fête de Pâque à la date des Irlandais, qui est différente de celle de la chrétienté gauloise.

6.2.2 Les accents de sa spiritualité

Avec saint Colomban, on assiste un peu à une invasion d'ascèse sur le continent. D'abord et avant tout, c'est un message de pénitence qui est donné par saint Colomban. Ses principaux accents tournent autour des thèmes suivants.

a) La caducité du monde, c'est-à-dire sur son caractère provisoire. La vie est vaine, pleine d'illusions...La règle de Luxeuil le dit sans ambages: "Tu n'as rien sur la terre, ô homme; tu mourras nu comme tu es né et ton corps ira en poussière... Prends garde de vendre le ciel où est ton héritage et pour l'éternité!" (cité par R. Pernoud p.83)

b) Il met en garde contre la suffisance intellectuelle. Ce qui compte, c'est ce qu'on fait et pas tellement ce qu'on dit. Spiritualité pratique.

c) Le chrétien est invité à être infatigable dans la charité. Le devoir principal du chrétien est de se laisser prendre tout entier par l'amour de Dieu et un grand désir de rejoindre le Christ.

d) Il fixe comme attitude de l'homme intérieur: le renoncement. Caractère de rudesse dans sa spiritualité; une violence féconde.

Il a eu beaucoup d'influence à cause de ses voyages. Cf. carte: les centres de culture colombannienne en Gaule. Il représente très bien le thème de la pérégrination, laquelle a eu pour effet indirect qu'il est devenu un des grands évangélisateurs et réformateurs de cette époque. Si son message a séduit tant de ses contemporains c'est qu'il arrivait dans un temps qui en avait besoin. Depuis la mort de saint Martin en 397, deux cent ans ont passé remplis de violences, de pillages, de bouleversements de toutes sortes. La conversion de Clovis et des ses Francs en 496, n'a pas réussi à faire pénétrer l'Evangile profondément dans les moeurs. C'est pourquoi, l'oeuvre de Colomban, en Gaule particulièrement, a des allures de croisade et de reconversion. Son tempérament sans nuance et sa parole de feu étaient bien indiqués dans un tel contexte.

7. Le monachisme anglo-saxon

7.1 Origines et développement

L'origine remonte à saint Augustin de Canterbury qui fut envoyé en mission dans le Kent avec quarante moines, en 596 par saint Grégoire le Grand. Il fut sacré évêque de Canterbury en 497 et va fonder dans sa ville le monastère de Saint Pierre et Saint Paul. Il va y introduire la vie monastique comme à Rome avec la règle de saint Benoît.

Note : " Il faut rappeler que les Saxons étaient, comme les Francs, des envahisseurs, La Grande-Bretagne, peuplée de Celtes, avait vu débarquer au milieu du Vème siècle, à l'époque où saint Patrick terminait sa mission en Irlande, les terribles Angles, Jutes, Pictes, Saxons. Il pillent, dévastent, tuent au petit bonheur et s'installent, repoussant vers l'ouest les vestiges des populations celtiques en Cornouailles, dans le pays de Galles, voire en Bretagne continentale, ces envahisseur étaient païens et ce n'est qu'un siècle plus tard ou davantage que l'un d'entre eux, le roi de Kent Ethelbert, se convertira sous l'influence de son épouse Berthe; celle-ci joue pour les pays anglo-saxons un peu le même rôle que Clotilde pour les Francs. Après lui, son gendre Edwin se fera à son tour baptiser, puis ce sera son frère et successeur, Sigebert, le roi d'East-Anglia; et ensuite son neveu Oswald, qui, lui, implante dans le pays des moines d'Iona, auprès desquels il a reçu son instruction chrétienne et qui l'ont baptisé. Les luttes resteront violentes entre ces rois chrétiens et les souverains païens; ainsi le terrible Penda, roi de Mercie, qui tente d'envahir les autres royaumes de l'île. En dépit de ces luttes (Pena ne meurt qu'en 655, à quatre-vingt ans, mais son propre fils est chrétien), les monastères ont fleuri; ceux de Wearmouth et Jarrow ont vu l'activité infatigable de Bède, le saint moine, savant et historien (mort en 735), grâce à qui nous connaissons les admirables figures qui peuplent la chrétienté du VIIème sicle dans cette partie de l'Europe." tiré de Régine Pernoud, Les saints du Moyen-Âge.... p.207.

Le centre de Canterbury, dans le sud de l'Angleterre, se développe beaucoup sous l'influence d'un moine grec, Théodore de Tarse et sous celle d'un moine africain: Adrien qui devint abbé du monastère de Saint Pierre et Saint Paul. Ces moines seront à l'origine d'écoles monastiques où on y enseignera comme ailleurs, la grammaire, le calcul, la Bible.

Un peu plus au nord de l'Angleterre, dans le Wessex, l'influence de Canterbury va se mêler avec l'influence monastique celtique. Il y aura des échanges entre les deux régions. Les monastères anglo-saxons sont moins austères et plus équilibrés, tandis que les monastères irlandais sont plus austères. C'est dans le cadre de ces monastères du centre de l'Angleterre que va se manifester le personnage le plus important de cette époque, saint Bède le Vénérable, docteur de l'Eglise: 673-735.



7.2 Bède le Vénérable (673-735)

Il est un des principaux représentants du monachisme anglo-saxon. Il commence sa vie monastique à Wearmouth et va la continuer à Yarrow. Il va se consacrer à l'étude des Pères de l'Eglise et de la Bible. C'est de ces monastères du nord de l'Angleterre que vont partir des missionnaires, pour aller en Germanie (Allemagne). Le plus connu est saint Boniface qui va partir vers l'Allemagne en 716. Il sera nommé évêque pour cette région de Germanie. Il exercera une action assez importante et sera demandé par Charlemagne pour réformer les prêtres de l'Empire de Charlemagne. Il sera très attaché à l'Eglise de Rome.

Voici la présentation qu'en a fait Benoît XVI lors de l'audience générale du mercredi, le 18 février 2009

CITE DU VATICAN, 18 FEV 2009 (VIS). Au cours de l'audience générale tenue Place St.Pierre en présence de 15.000 personnes, Benoît XVI a tracé un portrait de Bède le vénérable, un saint anglais né vers 672 en Northumbrie. A sept ans ses parents le confièrent à un monastère bénédiction où il fut éduqué. Saint Bède est considéré comme un des principaux érudits du haut Moyen-âge. "Son enseignement et la célébrité de ses écrits lui acquirent l'amitié des principaux personnages de son temps, qui encouragèrent des travaux qui profitaient à tant de personnes".

L'Ecriture, a rappelé le Pape, fut la source des réflexions théologiques de Bède qui voyait dans les évènements de l'Ancien comme du Nouveau Testament un chemin conduisant au Christ. Evoquant le premier Temple de Jérusalem, à la construction duquel prirent part des païens, en offrant les matériaux de prix et l'expérience de leurs maîtres, il a rappelé que les apôtres ont contribué à bâtir l'Eglise, qui a grandi ensuite grâce aux apports juifs, grecs et latin, puis grâce aux peuples comme les Celtes irlandais ou les Anglo-Saxons comme aimait à le souligner Bède.

Puis le Saint-Père a cité certaines oeuvres de Bède le vénérable comme sa Grande Chronique dont la chronologie servit de base à un calendrier universel, ou son Histoire ecclésiastique des peuples angles, qui fit de lui le père de l'historiographie anglaise. L'Eglise dont Bède fit le portrait se caractérisait par sa catholicité, sa fidélité à la tradition et son ouverture au monde, mais aussi par sa "recherche de l'unité dans la diversité..., par son apostolicité et sa romanité. C'est pourquoi Bède considéra-t-il capital de convaincre les diverses Eglises celtiques irlandaises et pictes de célébrer ensemble Pâques selon le calendrier romain".

Bède fut aussi un "maître de premier ordre en théologie liturgique". Ses homélies habituèrent "les fidèles à célébrer dans la joie les mystères de la foi et de la vivre de manière cohérente dans l'attente de leur dévoilement final avec le retour du Seigneur... Grâce à un travail théologique intégrant Bible, liturgie et histoire, l'oeuvre de Bède contient un message encore actuel pour les divers faciès de la vie chrétienne. Ainsi rappelle-t-il aux chercheurs leurs deux principaux devoirs, étudier les merveilles de la Parole de manière à les rendre attrayantes aux fidèles, et puis exposer les vérités dogmatiques hors de toute complication hérétique, en s'en tenant à la simplicité catholique qui est la vertu des petits et des humbles auxquels il plaît à dieu de révéler les mystères du Royaume".

Selon l'enseignement de Bède, les pasteurs "doivent se consacrer avant tout à la prédication, qui ne doit pas se limiter aux sermons mais recourir à la vie des saints et aux images religieuses, aux processions et aux pèlerinages". Les personnes consacrées doivent s'occuper de l'apostolat, "en collaborant à l'action pastorale des évêques en faveur des jeunes communautés et en s'engageant dans l'évangélisation". Pour le saint érudit le Christ attend "une Eglise active...qui défriche de nouveaux terrains de culture..., qui insère l'Evangile dans le tissu social et dans les institutions culturelles". Il encourageait aussi "les laïcs à l'assiduité dans la formation religieuse...et leur expliquait comment prier de manière constante...en faisant de leurs actions une offrande spirituelle en union avec le Christ". L'oeuvre de Bède le vénérable, qui mourut en mai 735, contribua fortement à la construction de l'Europe chrétienne. AG/BEDE/...VIS 090218 (560)


LA VIE SPIRITUELLE A L'EPOQUE CAROLINGIENNE

1. L'empire de Charlemagne (778-814)

Période de la fin du VIIème siècle et du début du IXème siècle. Charlemagne fut sacré empereur le 25 décembre de l'an 800 à Saint Pierre de Rome par le pape. Il va régner de 778 à sa mort le 25 janvier 814. Il est né vers 742.

1.1 Extension géographique

Charlemagne va réussir à imposer son autorité sur un vaste territoire (qui correspond grosso modo à l'Europe centrale actuelle) et à constituer un véritable empire chrétien. C'est un franc qui parlait allemand. Sa capitale est Aachen ou Aix-la-Chapelle (dans l'Allemagne actuelle au nord ouest de la France voir Carte 4). Son Empire s'est étendu petit à petit grâce à son père Pépin le Bref qui en a conquis une bonne partie. C'est ce Pépin le Bref qui a donné au pape une partie des terres qu'il avaient conquises au centre de l'Italie et qui sont demeurées le domaine temporel du pape sous le nom d'Etats pontificaux jusqu'en 1870 date de l'unification de l'Italie.

1.2 Le rôle des seigneurs

Avec Charlemagne la classe des nobles va se développer. Ce seront en majeure partie des preux chevaliers et des guerriers que l'empereur va récompenser en leur donnant des terres. C'est ainsi que se constitue une catégorie de propriétaires terriens qu'on appelle les seigneurs et que s'instaurera la féodalité qui fleurira au Moyen-Âge. Cette classe sociale des seigneurs prendra de plus en plus d'importance dans les affaires de l'Eglise. Ils sont la plupart du temps responsables de la création des monastères, des églises et des paroisses et ils s'en considèrent les propriétaires. D'autre part, les ecclésiastiques, les évêques en particulier, se feront concéder eux aussi de vastes domaines terriens. Ils deviennent ainsi à leur tour des seigneurs. Nous aurons les seigneurs laïcs et les seigneurs ecclésiastiques. Cette situation amènera de nombreux conflits entre la juridiction ecclésiastique et la juridiction laïque (comme la Querelle des Investitures au temps de Grégoire VII un peu après Charlemagne). Cette mainmise des seigneurs sur l'Eglise ne sera pas sans causer toutes sortes de maux dont le principal sera la vente des charges ecclésiastique et dans, certains cas, la vente même des sacrements qu'on appelle la simonie. L'abbaye de Cluny, en 910, va réagir à cette main-mise en obtenant d'être exempté des seigneurs et de dépendre directement de Rome comme nous le verrons plus loin.

2. Les réformes de Charlemagne

Charlemagne a pris la succession des empereurs romains et son règne amène une stabilisation.

2.1 L'éducation

Ses efforts sont centrés sur l'organisation de l'EDUCATION. Le moine Alcuin va l'aider dans ces efforts. On doit les écoles à Charlemagne.

2.2 La liturgie

Le travail de réforme va se centrer sur l'UNIFORMISATION des rites liturgiques: il fera copier des sacramentaires romains et en imposera l'usage dans tout son empire.

2.3 Les moines

Uniformisation aussi des usages MONASTIQUES. La règle de saint Benoît sera la règle commune des monastères, imposée par règlementation impériale. Saint Benoît d'Aniane sera son délégué pour cette mission. Nous en parlerons plus en détail un peu plus loin.

La vie monastique a un rôle social important c'est pourquoi Charlemagne veut y apposer sa marque. Il y réussira en favorisant les écoles monastiques.

2.4 Les clercs

Il se développe des fraternités unies par obligation volontaire d'assistance matérielle et spirituelle: partage des biens, des bénéfices, prière en commun... Charlemagne va accentuer ce processus, aidé surtout par l'évêque de Metz en France, qui rédige la règle de saint Chrodegrand (évêque de Metz). Règle rédigée vers 754. Cette règle sera étendue peu à peu à certains groupes de clercs.

Charlemagne convoquera les évêques au concile de Aix-la-Chapelle en 817 et leur demandera de rédiger une règle plus précise et plus complète, celle d'Aix-la-Chapelle. Ce sera la plus répandue dans tout son Empire.

Processus de stabilisation qui vient de la vie "juxta canones", qui prélude au des chapitres de chanoines au Moyen-Âge. La spiritualité des clercs n'a pas une très grande intériorité. Elle s'appuie surtout la vie commune, l'ascèse, le service pastoral, lequel consiste en la célébration eucharistique et la récitation de l'office.

3. Le monachisme carolingien

3.1 L'abbaye carolingienne

C'est au temps de Charlemagne que l'institution monastique va prendre sa forme définitive. Ce qui caractérise le monachisme carolingien, c'est un effort de planification, de centralisation que Charlemagne, avec la collaboration de l'Abbé Benoît d'Aniane (750-821) essayera de réaliser. Ce travail de réforme sera poursuivi par son fils, Louis le Pieux, après la mort de Charlemagne.

Le monachisme devient un peu comme une sorte de reproduction de la cour impériale, comme le vestibule du ciel, un lieu où on célèbre le roi du ciel. Petit à petit, le monachisme va s'organiser en fonction du culte et de la liturgie. L'équilibre qu'avait établit saint Benoît entre la prière et le travail est rompu. Les moines deviennent les intercesseurs professionnels du peuple de Dieu. C'est la caractéristique principale de cette abbaye carolingienne. C'est aussi un lieu important pour la société du temps. Et aussi un lieu pour se rencontrer et pour l'éducation de la foi du peuple chrétien. L'abbaye devient une ville sainte.

Portrait en gros de l'abbaye carolingienne: cf. St-Riquier en Normandie: il y a un seigneur et protecteur, c'est-à-dire un abbé laïc, Angilbert qui est mort en 814. On y compte 300 moines, cent enfants à l'école du monastère. Autour du monastère, on compte 7,000 habitants dont les maisons sont la propriété de l'abbaye. Parmi ces habitants, on trouve 110 soldats pour défendre les moines et assurer le service militaire à l'abbaye. On compte aussi des artisans de tous corps de métier. De plus le monastère a juridiction sur sept villages. A certaines fêtes on fait des processions de ces villages vers le monastère, ou les moines en font vers les villages.

Dans le monastère, la vie est très réglementée. On ritualise. Il y a la prière tout au long du jour par une relève. Il y a trois chapelles et souvent on va en procession d'une à l'autre. C'est très différent du monachisme ancien.

Le moine devient le professionnel de la prière, l'intercesseur pour les autres. Les autres ne prient pas! Priez à ma place! C'est l'époque où on commence à faire dire des messes pour soi. Idée de louange plus continuelle. Ritualisation.

3.2 L'oeuvre de réforme monastique de saint Benoît d'Aniane (vers 750-821)

Le tournant est pris au temps de Charlemagne. Saint Benoît d'Aniane a contribué à l'implantation du monachisme. Son oeuvre marque un tournant dans le courant du monachisme en Occident. C'est le germe de toute son évolution ultérieure.

Benoît d'Aniane, Witiza de son vrai nom (en latin Eutichus), naquit vers 750 en Aquitaine, dans une famille de l'aristocratie wisigothe dont le père, Aigulphe, était comte de Maguelone, le jeune Witiza fut envoyé à la cour de Pépin le Bref pour y recevoir l'éducation réservée aux fils des grandes familles, appelés à seconder le roi dans les tâches politiques et militaires. C'est la carrière militaire qui l'occupe d'abord, mais il l'abandonne bientôt pour la vie monastique. Il entre à l'abbaye de Saint-Seine-les-Dijon où il prend pour nom de religion celui de Benoît. Élu abbé du monastère, mais ne parvenant pas à ramener ses frères à l'observance exacte de la règle, il quitte l'abbaye et, avec quelques disciples, il revint dans son pays natal où il fonde une nouvelle communauté dans un domaine familial situé sur les bords du ruisseau "Anio" = Aniane, affluent de l'Hérault dans le Languedoc pas très loin de Montpellier. Après des débuts difficiles, le nouveau monastère prend son essor grâce à la redécouverte de la règle de saint Benoît (Benoît de Nursie, fondateur de l'abbaye du Mont-Cassin). Conquis fut conquis par la règle de saint Benoît qu'il juge la règle de saint Benoît mieux adaptée aux tempéraments Benoît d'Aniane s'en fait le promoteur

La vie monastique se déroule dans un climat de pauvreté et d'austérité. La réputation du monastère grandit et petit à petit on fait appel à Benoit d'Aniane pour aider d'autres monastères. L'empereur lui-même intervient et demande à Benoît d'Aniane de voir à REFORMER les monastères existants. Le but de Benoît n'est pas d'innover ou de créer du neuf, mais de rendre les monastères plus authentiques dans leur vie.

Les caractéristiques de cette oeuvre peuvent se ramener aux points suivants.

3.2.1 Unité d'observance

Il va essayer d'établir entre tous les monastères une unité d'observance en imposant la même Règle de saint Benoît. A ce moment, il y avait encore beaucoup la formule de la règle mixte, c'est-à-dire qu'on utilisait la règle de saint Benoît avec celle de saint Pakhôme, d'où des usages assez différents d'une région à l'autre.

Tous les monastères sont ramenés à une unité. Une réglementation faite par l'Empereur va obliger les monastères à l'adopter. La Règle de saint Benoît ne s'est donc pas imposée uniquement d'elle-même par sa supériorité, mais par une loi impériale.

3.2.2 Capitulaires (ou Coutumiers)

Benoît d'Aniane va ajouter une idée: même si on impose la même règle, il reste encore beaucoup de diversités à cause de tous les détails de la vie monastique. Il va imposer des usages en les consignant dans des Capitulaires ou Coutumiers, qui ne sont pas dans la règle. Ces Coutumiers concernent des détails comme le vêtement, la célébration de l'Office, etc. pour que les usages soient les mêmes d'un bout à l'autre de l'Empire.

3.2.3 Centralisation

Une centralisation l'empereur va confier à Benoît d'Aniane un droit de regard sur l'ensemble des monastères de France et de Germanie, au lieu que chacun soit indépendant comme avant.

On voit apparaître là l'idée moderne d'un ordre ou congrégation religieuse avec un supérieur général. Autrefois, on était très indépendant les uns des autres. C'est encore assez limité à l'époque de Benoît d'Aniane. Mais le monachisme, de phénomène spontané et charismatique, devient une institution de plus en plus lourde, de plus en plus contrôlée et centralisatrice. C'est dans le but de consolider l'Empire au point de vue politique.

3.2.4 Orientation contemplative et liturgique

Benoît d'Aniane est le père du monachisme du Moyen-Âge. Il imprime au monachisme une orientation essentiellement contemplative et liturgique. Il n'est plus question d'activité missionnaire comme chez les moines celtes et anglo-saxons. Le moine devient celui qui s'occupe d'abord et avant tout à la contemplation. Il se consacre à la louange et à la liturgie. Il n'y a plus de pérégrination et d'exil volontaire.

C'est le type de monachisme qui va s'imposer de plus en plus par la suite. Ca se termine avec la fin du IXe et Xe siècles, avec un certain échec en grande partie. Il y a eu certaines réalisations au temps de Charlemagne. Mais par la suite, les usages et les observances se sont un peu effrités à cause des seigneurs et du pouvoir civil qui se sont servis des monastères dans leurs luttes les uns contre les autres.

Il y a un vice caché dans le fait de trop appuyer les institutions sur le pouvoir civil. Ca conduit à un système plus anarchique. Le monastère est propriété des seigneurs laïcs.

Au Xe siècle, le moyen de réforme sera de demander d'être exempté de l'autorité civile des seigneurs. Cluny le demandera et ce sera la cause de son succès: il sera à l'abri de l'emprise des seigneurs laïcs.

Voir pour la suite :Le monachisme au Moyen-Âge: saint Anselme, Cluny et Cîteaux





Session sur les courants de spiritualité pour l'Internoviciat (région de Québec) et pour le Grand Séminaire de Québec

Hermann Giguère, professeur

Tous droits réservés

Site internet de la session

Mis sur le site le 20 janvier 2001
Mise à jour sur Benoît d'Aniane le 11 mars 2003
Ajout sur Bède le vénérable le 18 février 2009
Corrections mineures 1 décembre 2013
Corrections mineures 3 décembre 2014
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