26 mars 1663
François par la grâce de dieu, et du sainct siege Evesque de Petrée, vicaire Apostolique en Canada, dit la Nouvelle France, nommé par le Roy premier Evesque dudit pays lorsqu'il aura plu a Nostre Sainct pere le Pape y eriger un Evesché, à tous ceux qui ces presentes lettres verront salut en nostre Seigneur.
Les Saincts concils,2 et celuy de Trente particulierement pour remettre efficacement la discipline Ecclesiastique dans sa premiere vigueur, n'ont rien trouvé de plus utile, que d'ordonner le restablissement de l'usage ancien des seminaires, ou l'on instruisoit les Clercs dans les vertus, et les sciences convenables a leur estat.
L'Excellence de ce decret s 'est fait voir par une experience toute sensible, puisque le grand St.charles Borromée, qui l'executa le premier biertost apres ce Concile, et plusieurs Evesques, qui ont suivi son exemple, ont commencé de redonner au Clergé sa premiere splendeur, particulierement en france. ce moyen si efficace pour reformer la conduitte Ecclesiastique dans les lieux, ou elle s 'estoit affoiblie, nous a fait iuger, qu'il ne seroit pas moins utile pour l'introduire ou elle n'est pas encore, qu'il l'a esté dans les premiers siecles du Christianisme a ces causes considérant qu'il a plu a la divine providence nous charger du soing de l'Eglise naissante du Canada, dit la nouvelle france, et qu'il est d'une extreme importance dans ces commencements de donner au Clergé la meilleure forme qui se pourra, pour perfectionner des ouvriers, et les rendre capable a cultiver cette nouvelle vigne du seigneur, en vertu de l'authorité qui nous a esté commise, nous avons erige, et erigeons dès à présent et a perpétuité, un Seminaire pour servir de Clergé a cette nouvelle Eglise, qui sera conduit, et gouverné par les superieurs, que Nous ou les successeurs Evesques de la nouvelle france y establiront, et suivant les reglements, 3 que nous dresserons a cet effect, dans lequel l'on elevera et formera les jeunes clercs, qui parroistront propres au service de dieu, et ausquels a cette fin l'on enseignera la maniere de bien administrer les sacrements, la methode de catechiser, et prescher apostoliquement, la Theologie morale, les ceremonies, le plain chant gregorien, et autres choses appartenantes aux devoirs d 'un bon Ecclesiastique, et en outre affin que l'on puisse dans le dit Seminaire, et Clergé former un Chapitre, qui soit composé d'Eccleslastiques 4 dudit Seminaire choisis par nous et les Evesques dudit pays 5 qui succederont lorsque le Roy aura eu la bonte de le fonder, ou que le dit Seminaire de soy aura le moyen de fournir à ces Establisse ments par la benediction que dieu y aura donnée,
Nous desirons que ce soit une continuelle escole de vertu, et un lieu de reserve, d'ou nous puissions tirer des sujets pieux, et capables pour les envoyer à toutes rencontres, et au besoin 6 dans les paroisses, et tous autres lieux dudit pays, affin d'y faire les fonctions curlales, et autres, ausquelles Ils auront esté destinés, et les retirer des mesmes parroisses, et fonctions, quand on le jugera à propos, Nous reservant pour toujours, et aux Successeurs Evesques dudit pays comme aussi audit Seminaire par nos ordres, et desdits sieurs Evesques, le pouvoir de revoquer tous les Ecclesiastiques, qui seront departis, et delegués dans les parroisses, et autres lieux, toutes fois et quantes qu'il sera jugé necessaire, sans qu'aucun puisse estre titulaire, et attaché particulierement à une parroisse, voulant au contraire qu'ils soient de plein droict amovibles, revocables, et destituables à la volonté des Evesques et du Seminaire par leurs ordres conformement à la saincte prattique des premiers siecles suivis, et conservée encore à present en plusieurs dioceses de ce Royaume, et d'autant qu'il est absolument necessaire de pourvoir le dit Seminaire, et Clergé d'un revenu capable de soustenir les charges et les despenses, qu'il sera obligé de faire, Nous luy avons appliqué, et appliquons, affecté, et affectons dès à présent, et pour toujours toutes les dixmes de quelque nature qu 'elles soient, et en la maniere qu'elles seront levées dans toutes les parroisses, et lieux dudit pays, pour estre possédées en commun, et administrées par le dit Seminaire suivant nos ordres, et sous nostre authorité, et des successeurs Evesques du pays, à condition qu'il fournira le subsistance de tous les Ecclesiastiques qui seront delegués dans les parroisses, et autres endroits dudit pays, et qui seront toujours amovibles, et revocables au gré des dits Evesques et Seminaire par leurs ordres, qu'il entretiendra tous les dits ouvriers Evangeliques, tant en santé, qu'en maladie, soit dans leurs fonctions, soit dans la Communauté, lorsqu'ils y seront rappelés, qu'il fera les frais de leurs voyages, quand on en tirera de france, ou qu'ils y retourneront, et toutes ces choses suivant la taxe qui sera faite par Nous, et les successeurs Evesques dudit pays, pour obvier aux contestations, et aux desordres que le manque de regle y pourrait mettre, et comme il est necessaire de bastir plusieurs Eglises pour faire le service divin, et pour la commodité des fidelles,
Nous ordonnons (sans préjudice neantmoins de l'obligation que les peuples de chaque paroisse ont de fournir il la bastisse des dites Eglises) 9 qu'apres que le dit Seminaire aura fourni toutes les despenses annuelles, ce qui pourra rester de son revenu, sera employé à la construction des Eglises, en aumosnes, et en autres bonnes oeuvres pour la gloire de dieu, et pour l'utilité de l 'Eglise selon les ordres de l'Evesque, sans que toutefois, nous, ni les successeurs Evesques duditil pays, en puissions jamais appliquer quoy que ce soit à nos usages particuliers, nous ostant mesme, et aus dits Evesques la faculté de pouvoir aliener aucun fonds dudit Seminaire en cas de necessité, sans l'exprès consentement de quatre personnes du corps dudit Seininaire, et Clergé, scavoir le superieur les deux assistants, et le procureur.
en foy de quoi nous avons signé ces presentes et y avons fait apposer nostre sceau Donne à paris le vingt siziesme du mois de mars mil six cent soixante et trois.
François evesque de petrée
Leu publié le Conseil souverain estaybly par
le Roy à Quebecq seant, et enregistré es re-
gistres du greffe dudict Conseil par le secré-
taire en iceluy soussigné le dixiesme jour
d'octobre gbic. Soixante trois pour valoir
et servir en tamps et lieu ce qu'il app.dra