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FRANÇOIS DE SALES (1567-1622)

Dernières informations sur le site internet du professeur Hermannn Giguère

Extraits de l'allocution de Jean-Paul II le 24 janvier 2001 sur l'actualité de saint François de Sales

Notes sur la vie et la spiritualité de saint François de Sales

Texte de la préface de l'Introduction à la vie dévote et extrait du chapitre 3 de la première partie

Notes historiques sur la fête de saint François de Sales au Séminaire de Québec

Homélies pour la fête de saint François de Sales




Notes historiques sur la fête de saint François de Sales au Séminaire de Québec

par monsieur le Chanoine Laurent Tailleur, prêtre du Séminaire et Mgr Hermann Giguère, supérieur général

  • 24 février 1698. L'année même de l'établissement des missions du Séminaire de Québec au Mississipi Mgr de Saint-Valier, évêque de Québec, permet au Séminaire de Québec de prendre saint François de Sales comme second patron.

    • "...comme si le pieux évêque avait voulu mettre ces missions sous la protection spéciale du grand apôtre du Chablais" écrit l'abbé Auguste Gosselin.

      Et celui-ci continue dans sa Vie de Mgr de Laval: "On sait quelle tendre dévotion il [Mgr de Saint-Vallier] avait pour le saint évêque de Genève. Il avait été s'agenouilller sur son tombeau, peu de temps avant sa consécration épisopale [le 25 janvier 1688]; et l'on conserve encore à Thonon une vieille chronique de la Visitation d'Annecy, où se trouve relaté le pélerinage de l'évêque de Québec. 'Après sa messe, écrit l'annaliste du monastère, il vit notre communauté, et nous entretint un assez long temps des merveilles que Dieu opère pour la conversion des pauvres sauvages. Entre tout ce qu'il nous en dit de plus consolant, c'est leur dévotion à saint François de Sales. Ils veulent tous avoir de ses images dans leurs cabanes; et la première chose qu'ils font quand leur évêque ou quelques autres les vont visiter, c'est de leur dire en leur montrant cette image: Tiens, voilà ce que j'aime...'."

      "Nous ne savons à quelle date précise avait commencé cette dévotion particulière des sauvages du Canada pour l'évêque de Genève. Mais il faut avoir une reconnaissance spéciale à Mgr de Saint-Valier pour avoir mis sous la protection de ce grand saint, le modèle des pasteurs, son séminaire de Québec, qui devait être la pépînière de tant d'apôtres."

    • "La fête de saint François de Sales s'y célébre tous les ans avec une grand joie. On y voit accourir bon nombre d'ecclésiastiques du diocèse, qui viennent prier ce saint patron de leur accorder l'esprit de douceur, de charité et de zèle apostolique dont son âme était remplie, et solliciter, en présence de ses reliques, sa bénédiction sur leur ministère sacré."

      "L'existence de ces reliques au séminaire de Québec remonte à l'année 1696. Elles furent envoyées à M. Glandelet, pour la chapelle, par M. Tremblay. ' Je vous envoie, lui écrivait-il, des reliques de saint François de Sales, dont un de nos messieurs, qui est près d'Annecy, m'a fait présent. Il les a obtenues des religieuses de la Visitation d'Annecy, et les a demandées pour le séminaire de Québec. Elles sont authentiques; et ce qui doit les rendre encore plus estimables, c'est que l'évêque de Genève qui a signé cet authentique [Mgr D'Aranthon] est regardé comme un saint; et l'on a pour lui, depuis sa mort, arrivée l'automne dernier, une estime bien extraordinaire..." Tiré de Auguste Gosselin, Vie de Mgr de Laval, premier évêque de Québec et apôtre du Canada, Imprimerie L.-J. Demers, Québec 1890, t. 2, pp. 477-479.

  • 22 janvier 1699 :
    • Monseigneur de Saint-Vallier, deuxième évêque de Québec, signe l’authentique d'une relique de saint François de Sales dont fait état l'abbé Gosselin plus haut et qui est encore conservée aujourd'hui dans la chapelle de Mgr Briand.
  • 1er avril 1781 :
    • Fête de saint François de Sales - Indulgence plénière, in perpe­tuum, à la chapelle du Séminaire.
  • 17 novembre 1851 :
    • Il y aura jonction au réfectoire pour Messieurs les Ecclésiasti­ques les jours de fête de Monsieur le Supérieur, les jours de Noël, de saint François de Sales, de Pâques et de la sainte Fa­mille.
      (S.M.E. résolution du Conseil)
  • 29 janvier 1852 :
    • Fête de saint François de Sales - Grand dîner : les évêques, les prêtres de la ville et des environs.
      (Journal du SEM. Vol. 1, p. 138)
  • 29 janvier 1861 :
    • Fête de saint François de Sales - Dîner auquel assistent Monsei­gneur Pierre-Flavien Turgeon et presque tous les prêtres de la ville. Le soir, séance de l'Académie Saint-Denys, prêtres et laï­ques y assistent.
      (Journal du SEM. Vol. 1, p. 284 et p. 285)
  • 29 janvier 1894 :
    • Fête de saint François de Sales - Beaucoup de monde au dîner : le Cardinal E.-A. Tas­chereau, Monseigneur Ls-N. Bégin, Monsei­gneur C.-A. Marois, l'abbé T.-G. Rouleau, principal de l'École Normale et toute sa maison, l'abbé E.-S. Fafard de Lévis.
      (Journal du SEM. Vol. 4, p. 356)
  • 29 janvier 1929 :
    • Fête de saint François de Sales - Grand dîner, très grand nombre d'hôtes et d'amis du clergé séculier et régulier. Le Cardinal Rouleau, Monseigneur Z. Lahaye et l'abbé Oli­vier Maurault, p.s.s., curé de No­tre-Dame de Montréal.
      (Journal du SEM. Vol. 12, p. 91)
  • De 1934 à 1981 :
    • À partir de 1934, moins d'éclat - le banquet continue jusqu'en 1981.
  • 21 janvier 2004 :
    • Fête de saint François de Sales – Concélébration présidée par Mgr Eugène Tremblay, évêque auxiliaire de Québec et prêtre du SME, et repas festif avec les prêtres du SME, les séminaristes et les prêtres de la région pastorale de Laurenti­des/Québec-Centre. Reprise officielle de la tradition dans un esprit de fraternité presbytérale comme le sou­haitait le bienheureux François de Laval, fondateur du SME et premier évêque de Qué­bec.


    Québec, le 21 décembre 2004, mis à jour le 12 novembre 2006.




    Extraits de l'allocution de Jean-Paul II le 24 janvier 2001 sur l'actualité de saint François de Sales

    Mercredi 24 janvier 2001 (ZENIT.org) - Le pape Jean-Paul II proposait ce matin saint François de Sales tout particulièrement comme modèle aux jeunes lors de l'audience de ce matin en disant: "Anticipant sur le Concile Vatican II, il a indiqué la voie de la sainteté comme un appel adressé à tout état de vie. Accueillez cette invitation, vous, chers jeunes, et ne vous rendez pas devant les flatteries d'une vie facile et banale, mais répondez généreusement au Christ qui vos appelle à faire de l'Évangile votre règle de vie".

    Aux malades, Jean-Paul II disait: " Le Seigneur vous offre à vous, chers malades, une vie privilégiée pour avancer en conformité avec sa volonté: sachez accueillir toutes les occasions de grâce de votre condition particulière".

    Aux jeunes mariés, le pape recommandait: "En suivant les enseignements de saint François de Sales, sachez construire chaque jour votre adhésion à l'Evangile dans votre fidélité réciproque à l'amour".

    Saint François de Sales (1587-1622) a été proclamé saint patron des journalistes, des éditeurs et des écrivains en particulier en raison de ses méthodes d'apostolat: pour maintenir les habitants du Chablais dans la foi catholique, il s'employait à faire distribuer des feuillets imprimés exposant la foi catholique. Le pape Pie XI l'a proclamé, par une lettre apostolique du 26 janvier 1923, patron de "tous ceux qui font connaître la sagesse chrétienne par l'écrit dans les journaux ou dans tout autre publication pour le grand public": dans les controverses, il "argumentait en effet avec autorité mais avec modération et charité".

    Une vocation bien ancrée

    Ce fils d'une noble famille savoyarde était destiné à un brillante carrière juridique. Son père lui fit donner des leçons d'équitation, de danse et d'escrime. Lors de ses études, à Paris d'abord, où son père l'envoie à l'âge de 14 ans, il fréquente le collège des Jésuites. Il vit aussi une crise spirituelle profonde, habité par l'angoisse d'être voué à la damnation. C'est auprès de la Vierge qu'il trouvera la paix intérieure: il s'en souviendra toute sa vie. Il avait 24 ans lorsqu'il passa ses derniers examens de droit, à Padoue cette fois. Mais il avait le coeur à la théologie et son père dut y consentir. Il allait désormais gagner une autre bataille contre son fort tempérament et acquérir la douceur dont il fit une vertu.

    L'examen de Rome

    Ordonné prêtre en 1593, il commença son apostolat montagnard: 2300 familles se réconcilieront publiquement avec l'Eglise catholique. A la nouvelle qu'il pouvait être nommé coadjuteur de Mgr Claude de Granier, il tomba gravement malade. A peine rétabli cependant, il partit pour Rome, où le pape Clément VIII le fit examiner par trois théologiens et lui-même, lui posant quelque 35 questions de théologie: il confirma la nomination du jeune prêtre comme coadjuteur de l'évêque de Genève, en 1599. Trois ans plus tard, en 1602, il lui succédait. Ne pouvant résider dans sa ville épiscopale - Genève est la "Rome" des calvinistes - il s'installe à Annecy. Il ne se rendra à Genève qu'en secret et au péril de sa vie pour les besoins des fidèles.

    Le mystère de la Visitation

    Il se lie amitié avec les grands spirituels de l'époque, soutient la réforme des carmels de sainte Thérèse d'Avila, et la fondation de l'Oratoire par saint Philippe Néri. Mais surtout la prédication, le catéchisme et l'accompagnement spirituel occupent le plus clair de son temps en Savoie. Il prêche aussi à Dijon, où il rencontre Jeanne-Françoise Frémiot de Chantal grâce à laquelle il fonde l'Ordre des Visitandines de Sainte Marie en 1610. Il envisage une forme de vie consacrée féminine au coeur du monde pour vivre le mystère de la Visitation de la Vierge Marie. Mais les structures ecclésiastiques de l'époque ne lui permettent pas de réaliser son projet initial: seul Monsieur Vincenta réussit à ne pas "cloîtrer" les Filles de la charité. Les Visitandines seront donc cloîtrées, mais leur vie respirera cet esprit de douceur du fondateur et permettra à des femmes de santé moins robuste de vivre une vie religieuse authentique, mais moins rude que dans d'autres ordres monastiques! . Elles seront soutenues par cette "joie d'aimer" si chère à leurs fondateurs.

    La sanctification des baptisés

    Son expérience de l'accompagnement spirituel nourrira son "Introduction à la vie dévote", publiée en 1604, qui ouvrait aux baptisés de toute condition sociale les voies de la sainteté. Il y explique en des termes nouveaux à l'époque que la boutique du cordonnier, la maison du bourgeois, la caserne du soldat peuvent être le lieu d'une authentique sanctification dans l'accomplissement joyeux des devoirs envers Dieu et le prochain, et du devoir d'état, qui est une expression de la volonté de Dieu. Et son "Traité de l'Amour de Dieu" trouve aujourd'hui des lecteurs aussi parmi les non croyants, comme le montrait un récent reportage télévisé réalisé chez les Visitandines de la Roche-sur-Yon pour l'émission "Alors Heureux" (France 2).

    Publications

    Saint François de Sales est mort à Lyon le 28 décembre 1622, dans le pavillon du jardinier du couvent de la Visitation. Son dernier mot fut le nom de Jésus. Il fut inhumé le 24 janvier suivant à Annecy où il repose. En 1662, sa béatification fut la première célébrée à Saint-Pierre de Rome. Il fut canonisé seulement trois ans plus tard. Et c'est en 1877 qu'il fut proclamé docteur de l'Eglise. Ses oeuvres complètes ont été publiées dans la collection de La Pléiade. L'Introduction à la vie dévote existe dans le Livre de Vie (Seuil). Ses Lettres ont été publiées dans une collection de poche chez Fayard (coll. Paroles de Lumière). "La mesure de l'amour, disait-il, c'est d'aimer sans mesure".






    Notes sur la vie et la spiritualité de saint François de Sales

    1.1 Traits particuliers
    1.2 Vie et oeuvres
    1.3 Spiritualité salésienne

    1.1 Traits particuliers de la physionomie spirituelle de François de Sales (1567-1622)

    Le salésianisme est un courant de spiritualité issu de saint François de Sales. Plus que Thérèse d'Avila et Jean de la Croix, il est très proche de nous et de nos préoccupations d'aujourd'hui. François de Sales est d'un abord facile et c'est un auteur spirituel à fréquenter.

    a) Il a été l'homme du laïcat

    C'était nouveau à son époque. Bossuet dit: "On reléguait dans les cloîtres la vie intérieure et spirituelle...François de Sales a été choisi pour l'aller chercher dans sa retraite." "Avec François de Sales, la spiritualité sort des cloîtres" (Henri Brémond). Lire le texte de la préface de l'
    Introduction à la vie dévote

    Il a été le directeur spirituel de plusieurs personnes et a apporté une orientation nouvelle à la spiritualité. On trouve naturel aujourd'hui de se sanctifier dans le monde et le mariage. Mais au XVIIe siècle, la sainteté était le privilège des religieux, des moines et des moniales. A ceux du monde, on prêchait qu'il suffisait de pratiquer la religion.

    François de Sales oeuvre au niveau des mentalités. Son objectif est de rendre la dévotion, (mot qui est à entendre dans le sens de "vie spirituelle" c'est-à-dire recherche du Seigneur, des appels de l'Evangile) accessible à ceux qui vivent dans le mariage ("ès ménage"),à la cour ("ès cour") etc....

    b) François de Sales est l'homme de la nouveauté

    Cette nouveauté, il veut l'introduire dans la spiritualité, non pas par une doctrine nouvelle, mais par la présentation nouvelle de la doctrine, par un langage nouveau, une façon nouvelle d'en parler.

    Mgr Vincent, un de ses commentateurs, parle de son art de donner un air neuf aux choses, par la composition et le style. François de Sales combat une présentation sèche de la spiritualité et de la vertu. Il dit que la vertu n'est pas si terrible qu'on l'imagine.

    Côté présentation de la doctrine. Une présentation nouvelle. Son principe est de satisfaire le désir naturel que l'homme a de la nouveauté. Il est très pédagogique, merveilleux catéchète, prédicateur recherché.

    Dans l'Introduction à la vie dévote, il fais de courts chapitres de deux ou trois pages, brefs, faciles à lire et vivants. C'est un vulgarisateur qui a rajeuni la présentation de la vie spirituelle.

    Côté langage. Il a voulu donner au langage spirituel toutes les grâces du langage littéraire. Il a un style ampoulé, mais c'était le style littéraire de la Renaissance française. Il donne une belle forme à ses écrits.

    Indépendamment de sa spiritualité, François de Sales figure comme un auteur littéraire dans toute la littérature française de son époque. ( Ses oeuvres sont d'ailleurs éditées dans la collection La Pléiade) Il est écrivain-né et, pour lui, la forme donne l'être et l'âme à la chose. "Dites merveille, mais ne le dites pas bien, ce n'est rien. Dites peu et dites bien, c'est beaucoup." (François de Sales).

    c) L'homme du contact personnel

    Contact de personne à personne. C'est cohérent avec sa spiritualité. Même dans sa correspondance nombreuse, il a un style et une façon de s'adresser à ses correspondants qui recherchent une conversation personnelle. Il veut garder le contact personnel même par écrit. Cf. Lettres à des femmes mariées.

    Ce souci du contact individuel lui sera l'occasion de recevoir des reproches et même de subir des campagnes de calomnies dans son diocèse (il se justifie de ces accusations dans la Préface de l'Introduction à la vie dévote). On lui reproche de perdre son temps: un évêque qui perd son temps à écouter des gens raconter leurs misères ou leurs aspirations etc. On invente des histoires pour le déprécier. Mais lui considérait comme un de ses devoirs d'évêque de garder contact avec les personnes. Il a beaucoup influencé les évêques dans la réforme. Charles Borromée, en Italie et François de Sales sont des modèles en ce domaine.

    L'amitié fut le décor de la sainteté de François de Sales. Il est l'ami universel. Il disait: "Je veux être comme un grand abreuvoir public où les hommes et mêmes les bêtes peuvent venir s'abreuver" c'est-à-dire être ouvert à tous et à toutes sans considération de personnes ou de situation: acceptation inconditionnelle de l'autre.

    Monsieur Vincent (saint Vincent de Paul), ami de François de Sales disait: "Que Dieu doit être bon puisque Monsieur de Sales est si bon".

    d) L'attitude vis-à-vis les huguenots

    François de Sales a vécu toute sa vie dans un milieu de querelles, de controverses et de disputes avec les calvinistes ou huguenots français, qui avaient leur centre à Genève. Il a le souci du dialogue et du respect des personnes dont il ne partageait pas les options. Il a des conversations avec eux. Il leur disait: "Vous ne verrez jamais quelqu'un qui soit un homme plus affectionné à votre service spirituel que je le suis".

    Il avait de l'admiration pour la qualité morale et spirituelle des calvinistes. C'est en se réformant qu'on arrive à quelque chose, non en se disputant. Les calvinistes ou réformés avaient une grande austérité, des temples très dépouillés, une honnêteté de vie très sérieuse. François de Sales admirait en eux le sens du divin et le respect vis-à-vis de Dieu.

    Il avait saisi que le défi lancé aux catholiques par les calvinistes est avant tout d'ordre spirituel et de l'ordre de la pratique de la vie chrétienne. Il va convier les catholiques à une vie chrétienne prise au sérieux. Cf. Cognet, Histoire de la spiritualité. Sur le terrain de la vie spirituelle, la controverse ne sert de rien.

    1.2 François de Sales (1567-1622) Vie et oeuvres

    Cf. le texte de chronologie . Il y a trois périodes: celle de sa formation, celle de prêtre et prédicateur et celle d'évêque et pasteur de son diocèse.

    1.2.1 Milieu familial et formation

    Il est l'aîné d'une famille de dix enfants. Il est né le 21 août 1567 en Savoie. Le duché de Haute Savoie avait un statut semi-indépendant. Il est situé dans la région du Mont- Blanc, à la frontière de l'Italie.

    A sa naissance, sa mère est âgée de quatorze ou quinze ans et son père est de vingt plus âgé qu'elle. Il l'avait choisie vers huit ou neuf ans. François de Sales était destiné à hériter du titre de son père et de sa fortune. A quinze ans, il fait un séjour à Paris pour ses Humanités (secondaire) et sa Philosophie (Cégep). En 1582, il étudie au collège de Clermont, chez les Jésuites.

    En décembre 1586, à dix-neuf ans, il traverse une terrible crise personnelle de désespoir durant plusieurs mois. Il se pose des questions terribles de sens. C'est une épreuve morale très grande. L'objet de ses réflexions est le fait de la prédestination. Est-il rejeté de Dieu ou aimé de Dieu?

    A cette époque, ces questions étaient discutées avec Luther et Calvin. La crise se résout dans un acte d'abandon, dans une église de Paris, devant une statue de la Vierge. Il fait une remise de sa vie au Seigneur. Ca ressemble à la crise de Thérèse d'Avila, mais il n'y a rien de névrotique chez lui. C'est une quête de sens. Cela va influencer beaucoup de choses dans sa vie et notamment son insistance sur l'amour.

    1588-1592, son père lui demande d'aller faire des études universitaires en droit, à Padoue, en Italie. Il le fait "pour plaire à son père", mais en même temps, il fait une licence en théologie "pour me plaire à moi-même", dit-il.

    Il mène une vie d'étudiant normal. Il va lire Le combat spirituel de Scupoli. C'est une nouveauté sortie en 1589. Il est parfait bilingue: italien et français. Il revient en Savoie au printemps 1592. Son père veut le marier. Il refuse. Il a décidé de se faire prêtre.

    1.2.2 Prêtre et prédicateur

    Il est ordonné prêtre en 1593. Jusqu'en 1602, il participe à l'administration du diocèse. En 1594, il est prédicateur avec son cousin, Louis de Sales, dans le Chablais, sur le bord du lac Leman. C'est la partie du diocèse où sont les calvinistes. Il écrit à cette époque deux petits ouvrages intitulés Les controverses et Défense de l'étendard de la sainte croix.

    Plusieurs personnes reviennent à la foi catholique à la suite de la prédication de François et de son cousin.

    En 1599, il est nommé coadjuteur de l'évêque, mais n'est pas sacré évêque tout de suite. Il fait un voyage à Rome, puis à Paris à la cour de Henri IV en 1602. Là, il a des contacts avec le milieu de Madame Acarie, le milieu dévot où il connaît Bérulle et plusieurs autres agents du renouveau catholique en France. Il prêche le carême au Louvre. Sa réputation de prédicateur augmente.

    1.2.3 Evêque de Genève

    Il est sacré évêque le 8 décembre 1602 et a la charge du diocèse de Genève. Mais il n'a jamais habité Genève qui est une forteresse des calvinistes. Son siège épiscopal est installé à Annecy en France, tout en demeurant avec le titre d'évêque de Genève en Suisse.

    Il a une activité épiscopale importante: prédication, contacts personnels, direction spirituelle, arts, littérature. En 1604, il prêche le carême à Dijon et y rencontre la baronne Madame Jeanne Frémiot de Chantal nouvellement veuve. C'est le début d'une très longue amitié qui durera jusqu'à la fin de sa vie. A certains moments, c'est elle qui l'aidera à percevoir les états mystiques les plus élevés. A certains égards, elle est aussi remarquable que Marie de l'Incarnation. Elle progressait plus vite que son directeur et cela causait de petits malentendus.cf. Cognet dans La spiritualité moderne.

    En 1609, il publie l'Introduction à la vie dévote. Ce fut un succès de librairie, tout de suite. Aussitôt on en fit de nombreuses traductions. En 1610, il fonde la Visitation avec Jeanne de Chantal. De 1610 à 1616, il vit une période de maturation dans sa vie spirituelle. Il va écrire le Traité de l'amour de Dieu et le faire éditer en 1616.

    Il est déjà un évêque très connu et très couru. Le Duc de Savoie s'en sert pour des missions politiques. En 1618, il fait un deuxième voyage à Paris. On le porte en triomphe. Les dames de la cour courent après lui. Pour s'en défaire, un soir, il leur fait un sermon très ennuyant, mais elles l'ont trouvé intéressant quand même. Humour. Il meurt le 28 décembre 1622 à Lyon, au cours d'un voyage pour le Duc de Savoie.

    Son caractère est un heureux mélange du caractère français qui comporte précision, clarté, logique et du caractère italien avec la bonté, l'optimisme, la joie de vivre. C'est la conjonction de ce qu'il y a de mieux chez les Italiens et les Français pourrait-on dire.

    Selon Pourrat, ses principales qualités humaines sont la bonté et la douceur. C'est le fond de son âme. Mais ce n'est pas du laisser-faire. Il a une qualité de relations humaines. Coüannier fait sa biographie en faisant parler ses amis. Il cultive toujours un optimisme sain, gardé dans de justes limites. C'est un homme dégagé, un homme d'action et un pasteur remarquable

    .1.2.4 Ecrits

    Controverses
    Défense de l'étendard de la sainte croix
    Deux mille lettres surtout de direction spirituelle

    Introduction à la vie dévote.
    Ce livre est formé de lettres adressées à Madame Charmoisy et qu'il appelle Philothée ou aimant Dieu. C'est une de ses dirigées. Il va grouper ces lettres dans les années 1607-1608 et les éditer en 1609. Elles contiennent des conseils pratiques de vie spirituelle. Oeuvre pratique, conseils concrets.

    Le Traité de l'amour de Dieu.
    C'est son ouvrage majeur. C'est un ouvrage plus didactique, une réflexion plus poussée et plus mûrie. Il en fait la synthèse de 1610 à 1616. Ce traité comprend douze livres édités en deux gros volumes.

    Les Vrays entretiens.
    Ce sont des conférences spirituelles aux religieuses de la Visitation, éditées après sa mort.

    L'ensemble de ses oeuvres compte vingt-sept volumes en tout. Elles figurent dans l'édition de la collection de la Pléiade à cause de leur qualité littéraire qui a déjà été soulignée.

    1.3 La spiritualité salésienne

    1.3.1 Orientation de base: le primat de l'amour

    C'est une orientation théologique et pratique. Pour François de Sales, le primat de l'amour est fondé sur une anthropologie, une vision de l'homme dans ses rapports avec Dieu. Il a une vision optimiste de Dieu et de l'homme. Celle-ci découle en grande partie de son expérience personnelle, notamment la crise de ses dix-neuf ans. Cette vision optimiste s'oppose à une vision plutôt pessimiste d'origine augustinienne dans laquelle l'homme n'a rien de bon. François de Sales prend la contrepartie de ce pessimisme ambient.

    a) Vision de Dieu

    - Il va renverser les perspectives qui ont cours à son époque. Il insiste sur la miséricorde de Dieu, sa bonté, son amour. Et il est moins sensible à la justice, à la colère et à la puissance de Dieu. Beaucoup de sermons de son époque portaient sur la puissance de Dieu qui punissait; sur le Christ subissant la colère de Dieu; sur la vengeance de la faute. Le résultat du virage qu'opère François est une attitude de confiance en Dieu plutôt que la peur et la crainte.

    - Il insiste aussi sur l'aspect de gratuité de l'amour de Dieu qui nous aime sans mérite de notre part. Il va tout centrer là-dessus. L'amour de Dieu qui nous prévient, qui est premier. Il développe sur ce plan des positions théologiques très précises. Il s'éloigne des thèses thomistes, pour adopter les positions du jésuite de Lisbonne Luis Molina (1536-1600) qui avait publié en 1588 son Concordia liberii arbitrii cum gratiae donis, mais que François ne cite pas par ailleurs (cf. Lajeunie, t. 1 p. 150). Il est plus moliniste que thomiste sur ces questions. Dans l'élaboration de sa spiritualité, il part d'une perspective plus existenteille et pratique plutôt que théorique. Peu importe les opinions théologiques. Il a mis au centre de sa vie la primauté de l'amour et il en fait le pivot de toute sa spiritualité.

    Ainsi François de Sales n'est pas du tout augustinien comme le seront les jansénistes plus tard. En conséquence, sa théologie présente une conception optimiste de la grâce, du salut et de Dieu lui-même.

    b) Vision de l'homme

    François de Sales va être frappé par une certaine bonté naturelle de l'homme. Il est un peu dans la ligne de Jean-Jacques Rousseau, avant le temps. Il est frappé par cette capacité de faire le bien qu'il y a en tout individu quelque soit son statut social ou ses opinions, d'où son respect pour les calvinistes. Il va se faire le promoteur d'un "humanisme dévot" (Brémond), a-t-on écrit, pour qualifier sa spiritualité, une spiritualité intégrée, pourrait-on dire en langage d'aujourd'hui (ou humanisme spirituel) où se manifeste , une très grande confiance dans l'homme. Il s'intéresse toujours aux aspects humains de la vie spirituelle, nous rappelant ainsi le mot de Pascal qui notait: "Qui veut faire l'ange, fait la bête". On ne peut, en effet, mettre de côté les réactions naturelles humaines sans risquer de s'évader dans l'illusion et le rêve.

    1.3.2 Conséquences de cette primauté de l'amour

    a) Le but et le moyen de la perfection, pour François de Sales, c'est l'amour. L'amour est le but et l'amour est aussi le moyen particulier pour arriver à la perfection. L'originalité de François de Sales, ce n'est pas de le dire, car saint Paul l'avait dit avant lui cf. I Co 13. L'originalité de François de Sales réside dans le fait qu'il structure tout autour de cela.

    b) Ainsi en ce qui regarde l'ascèse ou les efforts de l'homme dans son chemin spirituel: ce ne sont pas les jeûnes, les veilles, les sacrifices, les actes, mais l'intention avec laquelle ces pratiques sont faites qui compte. Leur qualité réside dans l'intention. Il va sans cesse maintenir que c'est l'intention de charité (d'amour) qui anime nos actions qui leur donne toute leur valeur. Pas d'ascèse pour l'ascèse, pas de pratiques pour les pratiques, mais ascèse, exercices animés d'une intention qui leur donne toute leur valeur. Pris en eux-mêmes, dira-t-il, exercices et les pratiques de toutes sortes n'on aucune valeur.

    1.3.3 Les thèmes particuliers de sa spiritualité

    a) Sanctification dans sa situation de vie.

    François de Sales met l'insistance sur la sanctification dans sa situation de vie. Il insiste sur le devoir d'état. C'est dans l'état où nous sommes que nous trouvons le lieu et le moyen de notre sanctification. Voir dans le Recueil de textes et documents ses lettres à des femmes mariées éditées par l'abbé Caffarel à ce sujet.

    Il accorde une grande importance à la sanctification dans le mariage. Il est un des premiers auteurs spirituels à écrire pour les gens mariés. Il esquisse une véritable spiritualité conjugale. Il met la première fin du mariage dans l'amour mutuel et non dans la procréation, ce que reprendra Vatican II.

    Il prône un réalisme dans la vie spirituelle, une certaine patience avec soi-même, et accorde beaucoupt d'importance au rôle des "petites croix" dans la vie quotidienne. Il se méfie de ceux et celles qui "cheminent par les sommets". Il propose une spiritualité à la portée de tous, accessible à tous.

    b) La méthode de prière

    Il va donner une méthode simple, adaptée aux laïcs qui ne sont pas des contemplatifs dans les cloîtres. Une prière méthodique. Il l'exprime dans l'Introduction à la vie dévote pour Philothée, c'est-à-dire pour Madame Charmoisy et pour nous aussi. Il explique comment méditer sur un mystère ou sur l'Évangile . C'est lui qui a introduit l'idée d'un bouquet spirituel: une phrase ou une pensée qui rappelle durant la journée ce que l'on a vécu dans la prière.

    Il accorde de l'importance à la prière liturgique et non seulement à la prière privée. Il n'est pas dans la ligne de la prière simplement inspirée, sans aucun point d'appui.





    c) Sa pédagogie spirituelle

    Pour François de Sales, la direction spirituelle ou l'accompagnement spirituel est une oeuvre de collaboration entre un directeur (un accompagnateur ou une accompagnatrice) qui est un ami et une personne qui vient auprès de lui pour prendre des conseils. Il élabore une pédagogie spirituelle centrée sur la personne. Il est rogérien avant le temps, peut-être. En tout cas, sans parler directement de non-directivité, il sait laisser celui ou celle qu'il accompagne se prendre en main par lui-même. Le conseiller (le directeur selon le vocabulaire de Françoi) se contente de l'aider par ses conseils, de l'écouter et de le stimuler. Jamais, il ne s'est considéré comme un maître à suivre.

    Sa pédagogie spirituelle se fonde sur la persuasion et la suggestion. Direction spirituelle indirecte. Écouter la personne. Tenir compte du temps. Prendre patience. Avancer lentement, mais sûrement. Il a bien saisi l'aspect de cheminement de la vie spirituelle. Il invite très souvent ses dirigés à ne pas brûler les étapes (v.g. la présidente Brûlart).

    Il va donner beaucoup d'importance à l'aspect affectif, amical, dans la direction spirituelle. Il n'a pas peur de l'amitié et des marques d'affection spirituelle. Ses lettres à Jeanne de Chantal ressemblent à des lettres d'amour parfois .

    Conclusion

    L'influence de François de Sales est une influence qui joue plus par sa personnalité, sa qualité propre d'homme spirituel que par ses disciples. Il n'a pas eu beaucoup de disciples immédiats. Peu vont écrire et commenter François de Sales. Il a une personnalité charismatique. Son disciple immédiat le plus connu est Jean-Pierre Camus, évêque de Belley. Il a écrit L'esprit de Saint François de Sales.

    Les conférences saint François de Sales aux Visitandines (Les Vrays Entretiens) furent beaucoup lus au XIXème siècle sous le titre Le petit directeur selon saint François de Sales (cf. Jean-Claude Colin). C'est en ce siècle que la spiritualité salésienne va trouver un canal de diffusion privilégié en Don Bosco, fondateur des Salésiens (la Société saint François de Sales fondée en 1859, précédée de la fondation en 1841 d'un Oratoire). La popularité de François de Sales ira en augmentant et il sera proclamé Docteur de l'Église le 19 juillet 1877. (cf. Pedrini dans Le scuole della sp. cristiana... p. 546
    ).

    Sa personnalité charismatique a fasciné ses contemporains et continue de le faire encore aujourd'hui. Il a une influence très grande dans la spiritualité en général, la spiritualité chrétienne. c'est l'influence de l'homme et du pasteur "qui connaît ses brebis et que ses brebis reconnaissent".


    Tiré du cours Histoire de la spiritualité moderne et contemporaine (Automne 1998)

    Hermann Giguère, professeur

    Faculté de théologie et de sciences religieuses
    Université Laval
    Québec

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    Homélies pour la fête de saint François de Sales

  • « L'amour au coeur de l'évangélisation » - Homélie de Mgr Gaétan Proulx pour la fête de saint François de Sales au Séminaire de Québec (janvier 2013) célébrée par anticipation le 23 janvier 2013. Invités : les prêtres de la région pastorale de Portneuf/Lorette/Louis Hébert. Textes de l'Écriture: Hébreux 7, 1-03.15b-17et Mc 3, 1-6

  • « L'esprit de douceur, de charité et de zèle apostolique » de saint François de Sales - Homélie pour sa fête en 2010 Homélie pour la fête de saint François de Sales, patron secondaire du Séminaire de Québec (24 janvier), par Mgr Paul Lortie, évêque auxiliaire à Québec, célérée de façon différée en la chapelle du Séminaire le 27 janvier 2010. Textes de l'Écriture :Deutoronome 6, 3-9 et Mathieu 11, 25-30.

  • Être prêtre Homélie de Mgr Jean-Pierre Blais, évêque nomé de Baie-Comeau, en la Fête anticipée de saint François de Sales, patron secondaire du Séminaire de Québec le 21 janvier 2009 au Séminaire de Québec. Textes de l'Écriture: Hb 7, 1-3.15b-17 et Mc 3, 1-6.

  • « Devenez mes disciples, car je suis doux et humble de coeur » Homélie de Mgr Pierre-André Fournier pour la fête de saint François de Sales, patron secondaire du Séminaire de Québec le 23 janvier 2008.

  • La signature de l'absolu de Dieu Homélie de Mgr Pierre-André Fournier pour la fête de saint François de Sales, patron secondaire du Séminaire de Québec le 24 janvier 2007.

  • Qui est ce Roi de Gloire? Homélie de Mgr Pierre-André Fournier, évêque auxiliaire à Québec en la Fête de saint François de Sales, patron secondaire du Séminaire de Québec le 24 janvier 2006 au Séminaire de Québec.




    Hermann Giguère, professeur



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    Mis sur le site le 24 janvier 2001, revu et amplifié le 4 janvier 2007, dernière mise à jour 23 janvier 2013, révision 29 août 2016



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