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FRANÇOIS DE LAVAL, premier évêque de Québec

De grandes fêtes marqueront  le 400eanniversaire de  la fondation de la ville de Québec. Dans la mêmeveine, le diocèse de Québec a décrété une année jubilaire pour célébrerle 350e anniversaire de la consécration épiscopale de Mgr de Laval ainsi que le 300eanniversaire de son décès. Le Bienheureux François de Laval a été premier évêque de Québec. Le pape Jean-Paul II l’a déclaré bienheureuxle 22 juin 1980. Il l’a nommé Père de la Patrie. Nousavons rencontré Mgr Hermann Giguère, supérieur général du Séminaire deQuébec depuis l’année 2002. Professeur retraité de la Faculté dethéologie de l’Université Laval, Mgr Giguère est un spécialiste de laspiritualité de Mgr de Laval. Cette entrevue a été publiée dans Revue Notre-Dame du Cap 117e année, juillet-août 2008, pp. 10-12.

Propos recueillis par Jérôme Martineau


NDC – Vousêtes le Supérieur général d’une des plus vieilles institutions de laville de Québec. L’action du Séminaire se situe-t-elle toujours en lienavec l’œuvre fondée par Mgr de Laval?

Hermann Giguère – Toutà fait! Le Séminaire des Missions Étrangères de Québec a été fondé le26 mars 1663 par Mgr de Laval. Le premier évêque de Québec a réuniautour de lui un groupe de prêtres dans une communauté, une sociétéapostolique. Ces prêtres menaient une vie en commun et ils partageaientleurs biens. En créant cette communauté de prêtres François de Lavalvoulait non seulement former des séminaristes mais aussi offrir auxprêtres diocésains une institution stable où ils pourraient seretrouver, être soignés si nécessaire et prendre leur retraite. Danscet esprit, les prêtres du Séminaire étaient invités à se désapproprierde leurs biens, ce qui révèle, d’une part, la haute sainteté du clergéde cette jeune Église et, d’autre part, la volonté d’imiter l’Églisenaissante décrite dans le livre des Actes des apôtres.

Parla suite, la création du Petit Séminaire a permis d’accueillir desjeunes garçons qui suivaient leurs cours au Collège des Jésuites touten résidant au Petit Séminaire. Pendant le Régime français,c’est-à-dire jusque vers 1765, le Petit Séminaire était une résidence.La situation a changé en 1765 au moment où les Anglais ont demandé auxJésuites de quitter le pays. Leur collège a été transformé en unecaserne pour les soldats. À ce moment les prêtres du Petit Séminaireont commencé à former les jeunes et ils se sont tournés presqueexclusivement vers l’éducation de la jeunesse.

L’aventures’est poursuivie. Les prêtres du Séminaire ont été reconnus commede grands éducateurs et c’est à eux que l’on a demandé de fonderl’Université Laval en 1852. Plusieurs de ces prêtres ont été desprécurseurs dans l’enseignement des sciences et dans bien d’autresdomaines. La communauté des prêtres a déjà compté 120 membres. Elle encompte aujourd’hui 42. Nous continuons à nous occuper de la formationdes futurs prêtres. Quelques autres œuvres dépendent aussi du Séminairedont Québec Ixthus, un centre d’évangélisation pour les jeunes.



Mgrde Laval a vécu dans un esprit de désappropriation. Il voulaitfavoriser la vie fraternelle en invitant les prêtres à mettre tout encommun. De cette manière ils pouvaient s’épauler les uns les autresdans la prière et dans diverses autres tâches apostoliques.

NDC – Est-ce que François de Laval avait des prédispositions pour devenir le premier évêque de la Nouvelle-France?

H. G. – Jepense qu’il y avait chez lui plusieurs choses qui le prédisposaient àdevenir missionnaire. Sa venue à Québec comme évêque est le fruit d’unheureux hasard. C’est le roi Louis XIV qui a écrit une lettre au papepour recommander l’abbé de Montigny, comme on l’appelait alors, en vue de l’ordination épiscopale. En substance, Louis XIV a écritqu’il recommandait l’abbé de Montigny parce qu’il savait qu’il allaitaccepter, et d’autre part, le roi avait été informé du fait que ceprêtre dévoué souhaitait se rendre dans les contrées démunies etlointaines.

J’ai étudié la vie de François de Laval etj’ai découvert qu’il entretenait depuis longtemps le désir d’êtremissionnaire.  Il a étudié au collège de La Flèche et chez lesJésuites à Paris. Il a fait partie d’un groupe que l’on appelait laSociété des Bons Amis. Ces personnes avaient à cœur l’évangélisation dela France et des pays de mission.

Sa venue à Québecrelève d’un concours de circonstances. Il faut d’abord savoir queFrançois de Laval avait été choisi pour être évêque au Tonkin. Il veutse préparer pour cette mission et il se retire quatre ans à Caen auprèsde M. Jean de Bernières, un laïc qui possède un ermitage. Desrecherches ont montré que M. de Bernières fut « un des grandsmystiques de son temps ». Entre-temps, François de Laval  arenoncé à la Seigneurie de Montigny et à ses droits.

Durantcette période, les Jésuites désirent qu’un évêque vienne s’établir enNouvelle-France. Des pressions se font en France et c’est à la suite debien des tergiversations que François de Laval ne se rendra pas auTonkin mais plutôt à Québec. Il a reçu l’ordination épiscopale le 8décembre 1658 en la chapelle aujourd’hui disparue de l’AbbayeSt-Germain-des-Prés à Paris et il s’embarque pour Québec le 12 avril1659. Il a 36 ans.

Formé chez les Jésuites, François deLaval a été reçu en Nouvelle-France comme l’un des leurs. Il était enaccord avec leurs méthodes missionnaires. Ces derniers avaientdéveloppé une approche basée sur la connaissance des populations commebase de leur évangélisation.

NDC – On dit de lui que c’était un évêque missionnaire. En quoi cela consistait-il?

H. G. – Dansla perspective de cette époque la vocation missionnaire consistait àétendre l’annonce de l’Évangile et à faire des conversions. Le travailmissionnaire consistait aussi  pour Mgr de Laval à établir desparoisses et des missions. D’ailleurs, tous les curés de paroisseétaient des missionnaires. Il voulait donner aux gens les moyens de seconstituer en Église, de créer des lieux de rassemblements, des lieuxde culte, des confréries. C’est dans cette optique qu’il a fondé leSéminaire, une école d’arts et de métiers. Il a acquis à même sa boursedes terres afin d’assurer des revenus pour le Séminaire. Tout celaétait fait dans le but de constituer une Église solide.



Photode l’entrée du Séminaire de Québec. Remarquez au dessus de la portecentrale l’insigne SME pour Séminaire des Missions Étrangères.

NDC – On dit de lui qu’il a joui durant sa vie  d’une réputation de sainteté. Sur quoi reposait cette réputation?

H. G. – Ilest mort à l’âge de 85 ans. Son serviteur, le frère Houssart, avait unegrande admiration pour cet évêque. Il a raconté tout de suite après lamort de Mgr de Laval pourquoi il le considérait comme un saint. Il amené une vie sobre. Je constate qu’il n’a jamais construit un palaisépiscopal, chose que son successeur fera. Il faut lire une lettre dugouverneur Frontenac avec qui Mgr de Laval est entré en conflit. Legouverneur parle du Séminaire où résidait Mgr de Laval comme d’un« trou ». Les prêtres vivaient très pauvrement. Le premierévêque de Québec mettait de l’avant dans sa spiritualité l’esprit de« désappropriation ».  Il préconisait un détachement desbiens sensibles. Il ne s’agissait pas seulement de se priver pour sepriver. Cet esprit de désappropriation avait aussi pour but defavoriser la fraternité en invitant les prêtres à mettre tout encommun. De cette manière ils pouvaient s’épauler les uns les autresdans la prière et dans diverses autres tâches apostoliques. On dit queMgr de Laval ne faisait pas de différence entre les personnes. Jetrouve aussi intéressant qu’il ne signe presque jamais François deMontmorency Laval. Il ne met pas en évidence ses titres issus de lanoblesse. Il n’utilise sa signature officielle qu’en France pour faireavancer des dossiers auprès du roi.

La vie de cet hommeétait tournée vers l’Évangile. Il a traversé de nombreuses épreuves. Le séminaire a brûlé à deux reprises. Il a vécu plusieursquerelles avec le gouverneur. Il a connu de grandes difficultés avecMgr de Saint-Valier, son successeur. Il manifeste un grand abandon face à laProvidence. Cet évêque a impressionné ses contemporains.

NDC– Il a vécu un conflit majeur avec le gouverneur concernant le commercede l’eau-de-vie avec les Indiens. En quoi consistait ce conflit?

H. G. – LaNouvelle-France a été cédée aux compagnies qui venaient ici pour fairedu commerce et en particulier le commerce des fourrures. Leur objectifpremier n’était pas de peupler le territoire : il y avait environ2 500 personnes ici lorsque François de Laval débarque en 1659. Lecommerce se faisait avec les Amérindiens et l’alcool servait souvent demonnaie d’échange. De grands maux s’en suivaient chez les nationsamérindiennes. Ces compagnies n’avaient pas de cœur. Mgr de Lavaljugeait cette situation comme dangereuse et scandaleuse. Il a décidéd’intervenir énergiquement avec les moyens mis à sa disposition à cetteépoque. Il a décidé de priver de la réception des sacrements ceux quifaisaient le commerce de l’eau-de-vie avec les Amérindiens. Legouverneur a porté cette querelle à Paris où des théologiens ontété  mis à contribution. Finalement, Mgr de Laval n’avait pas ledroit de prendre cette décision. Cette lutte menée par Mgr de Lavalétait faite au nom de la dignité des Indiens. Il a pris leur défenseface aux compagnies.

NDC – N’est-il pas étonnant devoir à Québec dans les débuts de la colonie trois contemporains quisont maintenant bienheureux : Marie de l’Incarnation, Catherine deSt-Augustin et Mgr de Laval?

H. G. – La vie dechacune de ces trois personnes est intéressante. Il faut dire que Mariede l’Incarnation et Catherine de St-Augustin arrivent à Québec avantlui. Marie de l’Incarnation débarque à Québec en 1639. C’est ledénuement total. Je comprends pourquoi ces fondatrices ont travaillé sifort et nous leur devons notre admiration. Ces personnes ont donné leurvie. Ce sont vraiment de grandes missionnaires. Leurs actions se sontdéroulées auprès des hommes, des femmes et des enfants de la colonie.Marie de l’Incarnation s’est occupée des petites amérindiennes. Jetrouve stimulant et passionnant de voir que ces personnes n’ont pasvécu un itinéraire spirituel en vase clos. Je constate que lorsqu’onvit dans des états avancés de l’expérience mystique, plus ces personnesdescendent en elles, plus leur rayonnement est grand. Elles rencontrentla source. Jean de la Croix disait : « Dans cet état, toutest moi, le Christ est à moi, le monde est à moi, les oiseaux sont àmoi. » Cela ne peut pas être autrement. Leur Dieu ne leurappartient pas.

NDC – Nous regardons aujourd’hui cesinstitutions et nous constatons que plusieurs d’entre elles sont à laveille de disparaître. Qu’en pensez-vous?

H. G. – Jem’excuse de le dire, mais ces institutions vivent une phase terminale.Je pense cependant que le Seigneur nous donnera autre chose. J’aiétudié l’histoire de la spiritualité et les grandes disparitions nesont pas rares. Les abbayes de Cluny et de Cîteaux ont disparu. Cettesituation doit nous amener à poser une question : commentpouvons-nous emprunter les traces laissées par les fondateurs?

LeSéminaire n’est pas rendu à sa phase finale. Comment être audacieuxaujourd’hui? Il y avait six prêtres au Séminaire lorsque Mgr de Lavall’a fondé. Il en restait cinq lorsque le collège a été créé. Il n’yavait pas plus de trente prêtres lorsque l’Université a vu le jour.Nous sommes une vieille institution. Sommes-nous prêts à faire quelquechose?

L’Évangile est toujours là. Nous devons trouverles moyens de le faire rayonner et de rejoindre les gens. Je ne suispas attaché à la conservation pour la conservation même si ici noussommes très soucieux de cela. Nous devons relever des défis dansl’esprit de Mgr de Laval. Nous vivons une phase de transition. La phasede décroissance n’est plus l’horizon vers lequel nous devons regarder.Cet horizon doit être celui de la semence et du recommencement. C’estla qualité de ce qui est vécu qui fera naître quelque chose de nouveauautour de nous.


Il suffit d'une foi

Lesfondateurs de l’Église de la Nouvelle-France ont vécu des expériencesspirituelles exceptionnelles. Ce livre scrute la place de l’Eucharistieet de la dévotion à Marie dans la vie de ces héros de la foi. Lesquatre chapitres de ce livre illustrent comment les premiers Jésuitesde la Nouvelle-France, Marie de l’Incarnation, Catherine deSaint-Augustin et Mgr de Laval ont vécu ces spiritualités dans leurvie. Nous découvrons que leur vie spirituelle est le fondement de leuractivité missionnaire.

Il suffit d’une foi, sous la direction de Thérèse Nadeau-Lacour, Éditions Anne Sigier, Québec, 2008, 250 pages, 24.95$










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