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LES MOUVEMENTS SPIRITUELS DE LA FIN DU XIIE ET DU XIIIE SIÈCLES

© DROITS RÉSERVÉS COPYRIGHT
HERMANN GIGUÈRE
(QUÉBEC) 2003




1. Période de changements sociaux

Pour la fin du Moyen Age, la partie du XIIIe siècle qui va coïncider avec l'apogée chrétienne. La civilisation du Moyen Age va prendre un tournant à la fin du XIIe siècle, qui vient de la prospérité en peu partout en Europe.

1.1 Développement économique et mouvement "communal"

a) Au plan économique des affaires et du commerce, les échanges désormais ne se feront plus seulement entre voisins sous forme de troc, mais à travers des commerçants qui vont parcourir toute l'Europe. Le père de saint François d'Assise, par exemple, va chercher des étoffes en France et en Belgique.

Les échanges se diversifient. Le commerce prend de plus en plus d'importance. La monnaie devient d'un usage universel. Vont apparaître des banquiers et un système de prêt d'argent, moyennant redevances. Les rois eux-mêmes ont affaire à ces banquiers quand ils font la guerre.

b) Un nouvelle classe sociale apparaît: des gens d'affaires appelés bourgeois, parce qu'ils habitent un bourg ou ville. Ils ne sont ni des nobles, ni des paysans. Ce phénomène explique aussi l'insistance de saint François sur la pauvreté.

L'apparition de cette nouvelle classe sociale va donner naissance aux Communes, c'est-à-dire à des villes qui s'émancipent de la tutelle des princes et des nobles. Les bourgeois revendiquent leur autonomie vis-à-vis les nobles et veulent avoir la direction et le gouvernement de leurs villes appelées Communes. Ces Communes sont dirigées de façon communautaire. Ce sont des villes libres qui vont se faire la guerre très souvent. Par exemple, dans sa jeunesse, François d'Assise participera à la guerre de la ville d'Assise contre celle de Pérouse.



Quelques traits du visage de l'Europe occidentale aux XIIe et XIIIe siècles

La civilisation médiévale est avant tout chrétienne; en effet, la religion impose sa marque à la vie intellectuelle et artistique, elle se même aussi à la vie économique et politique. Le XIIIe siècle marque l'apogée de cette civilisation chrétienne et tout ce qui germait depuis le XIe siècle éclôt durant ce siècle.

A) La vie économique, intellectuelle et artistique

A partir du XIIe siècle, l'agriculture progresse quelque peu avec la condition du paysan. L'industrie renaît grâce à l'affranchissement et l'enrichissement des villes et du développement du commerce. En effet, les bourgeois devenus riches par l'industrie et le commerce, résolurent à partir de la fin du XIe siècle de limiter l'arbitraire seigneurial, ce qui engendre le mouvement communal qui se produisit aux XIIe et XIIIe siècles. De ce mouvement communal, on verra des villes dirigées non plus par des seigneurs, mais plutôt par des bourgeois. C'est, en fait, dans ces villes émancipées que se formera la classe bourgeoise. De plus, ces villes verront apparaître les corporations de métiers et les confréries religieuses.

L'instruction se développa dans les écoles épiscopales et monastiques, d'où sortirent parfois des universités, comme celle de Paris.

L'instruction va se développer beaucoup dans les écoles épiscopales et monastiques, d'où vont sortir les premières universités du Moyen Age. La plus importante sera celle de Paris qui comptera un nombre assez grand de théologiens et de professeurs d'influence durable.

L'université de Paris reçoit sa charte en 1231 par le pape Grégoire IX. Cette université comptera une série de grands maîtres, entre autres, Alexandre de Hales, saint Albert le Grand, o.p. et professeur de saint Thomas d'Aquin, lui aussi professeur là, avec un Franciscain, saint Bonaventure, qui sera aussi général de son ordre. Ils sont tous du XIIIe siècle.

La littérature latine bénéficia de ce développement de l'instruction, tandis que la littérature en langue vulgaire produisit des chansons de gestes, des romans et des chroniques qui marquèrent l'imagination des gens de cette époque. Mais, c'est surtout l'architecture, spécialement l'architecture religieuse qui s'épanouit; on n'a qu'à songer aux grandes cathédrales du XIIIe siècle.

En partie, cette civilisation chrétienne médiévale s'épanouit aux XII et XIIIe siècles.



1.2 Naissance des universités L'instruction va se développer beaucoup dans les écoles épiscopales et monastiques, d'où vont sortir les premières universités du Moyen Age. La plus importante sera celle de Paris qui comptera un nombre assez grand de théologiens et de professeurs d'influence durable. L'université de Paris reçoit sa charte en 1231 par le pape Grégoire IX. Cette université comptera une série de grands maîtres, entre autres, Alexandre de Hales, saint Albert le Grand, o.p. et professeur de saint Thomas d'Aquin, lui aussi professeur là, avec un Franciscain, saint Bonaventure, qui sera aussi général de son ordre. Ils sont tous du XIIIe siècle. 2.Mouvements nouveauxB)L'Église aux XIIe et XIIIe siècles

Au Moyen-Age, l'Église joue un rôle de tout premier plan: elle dirige la chrétienté, non seulement sur le plan spirituel, mais encore sur le plan social et politique.

Sa hiérarchie comprend: à Rome, le Pape, dans chaque diocèse l'évêque, dans la paroisse, le curé. Au clergé séculier, s'oppose le clergé régulier formé surtout des moines. Aux anciens ordres monastiques, s'ajoutent les ordres mendiants.

De plus, l'Église à cette époque se trouve mêlée aux grands conflits du monde féodal: en premier lieu les croisades, d'abord inspirées par la foi mais qui eurent de plus en plus un caractère politique, en deuxième lieu, la lutte entre la papauté et les empereurs en ce qui concernait la liberté de l'Église et le contrôle de l'Italie. Enfin, ces siècles voient les tentatives de réforme de Grégoire VII s'établir.

Au tournant du XIIe et XIIIe siècles se produit une séparation de plus en plus grande entre les hommes d'Eglise et les laïcs. La piété des laïcs va prendre des formes particulières, plus marquée par le souci de réforme intérieure. Dans une Eglise de plus en plus riche, vont apparaître divers mouvements de contestation de cette Eglise dont le trait commun sera un idéal de pauvreté.

Les hommes d'Eglise essaient aussi d'entrer dans cet esprit de réforme. Le quatrième concile du Latran, à Rome en 1215, qui est considéré comme le douzième concile oecuménique par les catholiques, rassemblaient quatre cents évêques, huit cents abbés et des observateurs et ambassadeurs des princes et des rois de l'Occident. Il va essayer de mettre un peu d'ordre dans les mouvements de réforme de cette époque.

A ce concile on va condamner les Cathares ou Albigeois au sud de la France et les Vaudois à Lyon.

Il va définir la transsubstantiation de l'Eucharistie, c'est-à-dire le phénomène de la présence réelle du Christ.

Il promulguera des décrets de réforme interne à l'Eglise concernant la vie des clercs: célibat, vente des sacrements, obligation aux fidèles de se confesser et de communier au moins une fois par année.



La religion des laïcs du Moyen-Age et l'apparition des frères et ordres mendiants.

Au moment du quatrième concile du Latran, la séparation entre les et les laïcs était totale. Il y avait alors trois catégories dans l'Église: le clergé, les religieux (moines, chanoines, pères) et les laïcs. Mais, c'est à ce moment-là que les laïcs commencèrent à se détacher de la tradition qui voulait que l'ascèse monastique soit la seule voie de salut.

Entre le XIe et le XIIIe siècles, étaient apparus en Europe des mouvements de piété dans les classes les plus basses de la population. Ils apparurent tout d'abord comme un retour à la vie apostolique de l'Église primitive qui accordait une place importante à la prédication, à la vie communautaire et à la pauvreté. L'exultation de la pauvreté physique et matérielle était les traits communs de tous ces mouvements, en conséquence, il est normale qu'ils dénoncèrent la richesse du clergé. La religion exerçait un attrait extraordinaire sur les hommes de cette époque.

Le quatrième concile du Latran fut le premier à s'intéresser aux laïcs. Il légiféra à leur intention. La fréquentation des sacrements augmenta et les moyens d'éducation se développèrent. Les prêtres cultivés et les pères satisfirent à la demande d'une amélioration des prédications et des confessions. C'est au XIIIe siècle que la structure de la vie religieuse et paroissiale, telle que nous la connaissons, s'esquissa. Sous l'influence des pères, des dévotions et des pratiques qui n'étaient pas d'origine monastique prirent de plus en plus d'importance (chemin de la Croix, crèche de Noël, douleurs de Marie, nature humaine du Christ, crucifix et jugement dernier).

L'expansion des villes entraîne un plus grand nombre de changements sociaux. L'idéal de l'époque, avec son amour de la pauvreté et de la prédication, son imitation de la vie humaine du Christ, se trouva concentré dans des nouveaux ordres de pères. Ces ordres devinrent la plupart du temps, des ordres mendiants. Quand ils n'étaient pas itinérants, ces pères vivaient dans les villes et recevaient leurs subsides de grands bourgeois et du peuple. Du point de vue religieux, ils furent les principaux artisans de cette piété laïque du Moyen-Age. De plus, à tous les services religieux que rendaient les pères, s'ajoutait le tiers ordre pour les laïcs.

Dans ce contexte, il était naturel d'assister à l'éclosion des associations religieuses et tout ce qui en déroule: activités religieuses des guildes, fondations et entretiens des hôpitaux et hospices, multiplication des fraternités, etc. ...L'apparition des pères et les décrets du quatrième concile du Latran ouvrirent une nouvelle époque dans la vie pastorale de l'Église. Le concile du Latran apporta un programme au clergé et certaines directives aux laïcs, auxquels les évêques et les curés de paroisses donnèrent une forme pratique.

En conclusion, les religieux exercèrent un pouvoir nouveau et bénéfique dans les paroisses et dans les champs de mission. Le centre de gravité de la spiritualité se déplaça des abbayes vers les monastères de pères vers les paroisses.





Dans ce contexte, plusieurs mouvements nouveaux issus des couches du peuple, c'est pourquoi on les a appelés les "mouvements populaires" expriment ce besoin de réforme. Certains de ces mouvements seront sensibles à l'unité de l'Eglise et se maintiendront dans l'orthodoxie et la soumission à l'autorité ecclésiale, Plusieurs en plus de contester l'autorité ecclésiale ainsi que l'Eglise elle-mème, finirons par s'en séparer concrètement et à développer même une doctrine de plus en plus étrangère à celle du Nouveau Testament et de la Tradition. Pour cette raison, on les a appelés "hérésies populaires". Il faut bien comprendre que dans leurs origines, les mouvements "orthoxes" (comme celui de François d'Assise) et les mouvements "hétérodoxes" partent des mèmes constations et partagent un mème désir de revenir à l'Evangile vécu dans sa simplicité et sa vérité. Leurs chemins les amèneront sur des voies qui les sépareront, mais au point de départ ils sont "frères".

2.1 Principales tendances de ces mouvements

2.1.1 Souci de réforme de l'Eglise

Le point commun à tous ces mouvements était de renouveler profondément l'Eglise qui avait un urgent besoin de réforme. Il y avait une décadence de l'Eglise. L'enseignement de l'Evangile était très réduit. Les moeurs des clercs et des seigneurs n'étaient pas cohérentes.

D'un côté, le haut clergé était en relation très étroite avec les princes et les nobles et accordait plus d'importance au matériel qu'au spirituel. Il était entouré de luxe, de palais, de bénéfices ecclésiastiques.

D'un autre côté, le bas clergé, prêtres et moines était matériellement et spirituellement dans une situation inférieure, et vivait dans la pauvreté. Il était sous employé parce que les prêtres étaient trop nombreux. Il n'était pas capable de prêcher par manque de formation, d'où la fondation des Frères prêcheurs.

Ce bas clergé va mener une vie comme les laïcs, s'adonner au jeu et fréquenter toutes sortes de milieux. Ce qui donne une image peu reluisante de la vie de quelqu'un qui se consacre à la tâche pastorale. Il était plus matériel que spirituel.

Plusieurs conciles seront convoqués pour la réforme, mais l'oeuvre des conciles passe peu. La tête de l'Eglise est incapable de se réformer, d'où des mouvements à la base.

Les laïcs sont convaincus que la sainteté n'est pas réservée aux religieux. Ils veulent un retour à la vie évangélique et apostolique, avec l'idée de rendre l'Evangile dans le monde. C'est le but de ces mouvements. Certains vont aller beaucoup trop loin, mais d'autres comme celui de saint François, vont rester à l'intérieur de l'Eglise.

2.1.2 Tendance vers l'illuminisme

La plupart de ces mouvements populaires se présentent comme des mouvements venant du Saint Esprit. Les membres se disent choisis pour inaugurer une ère nouvelle. Ils vont prophétiser la fin du Nouveau Testament sur la ruine d'une Eglise corrompue. Après, va apparaître l'Evangile éternel, triomphe de l'esprit sur la lettre.

Ils vont condamner les sacrements et les gestes de pratiques extérieures et même très souvent ils auront une sorte de mépris pour la chair qui est considérée comme négligeable, comme quelque chose pour les gens ordinaires, les non parfaits. De la sorte, on peut faire tout ce qu'on veut, on est au-dessus de cela.

On trouvera beaucoup de cela chez les Cathares qui auront des vies dissolues, car ils sont au-dessus de ces choses-là. Ce phénomène est lié à certaines dépravations morales du moment. Voir le roman: Le nom de la rose, par Umberto Eco pour des détails sur cette époque. Même François d'Assise aura de la difficulté avec cela. Après sa mort, un groupe va se détacher et fonctionner dans ce système.

2.1.3 Tendances eschatologiques

Cette époque est un peu obsédée par l'idée de la fin du monde qui, selon certains calculs faits à partir de l'Apocalypse de saint Jean, devait arriver en 1262. Fin du monde pour l'inauguration du règne de mille ans du Christ. La Jérusalem céleste apparaîtrait et abolirait la vieille Eglise corrompue autour de soi. L'abbé Joachim de Flore (ville du sud de l'Italie) a favorisé cela sans trop le vouloir. San Giovanni de Flore a eu beaucoup d'influence par ses écrits. Il a été beaucoup vénéré dans l'ordre Franciscain. Certains des disciples de saint François opéreront une scission à ce sujet.



2.1.4 Exagérations doctrinales

Aspects intellectuels. Leur souci de réforme de l'Eglise va les amener à être très souvent en révolte ouverte contre l'Eglise, ce qui va engendrer des hérésies très souvent. Par exemple, le rejet de la présence réelle, du baptême des enfants, du culte des images.

Les Cathares auront une vision dualiste du monde, avec un principe bon et un principe mauvais, tous deux éternels. Condamnés, ils ne se soumettent pas à l'autorité de l'Eglise.

2.2 Description de quelques mouvements

2.2.1 Les Béguines et les Béghards

Les Béguines sont un groupe de laïques, né au XIIe siècle. Les Bégards sont le pendant masculin du mouvement. Ils vivent sans voeux religieux, en commun, sous la direction d'un supérieur, avec prière, travail manuel, soin des malades, et s'occupent parfois d'enseignement.

Sainte Douceline ici et Marie d'Oignies



2.2.2 Les Frères du Libre Esprit

Ces gens ont une organisation très structurée et vont développer une spiritualité centrée autour de cette hiérarchie des commençants, des progressants et des parfaits. Les débutants doivent se mortifier tandis que les parfaits sont l'objet de vénération de la part des commençants. Ils assurent les confessions, ils sont "Dieu", immuables, impeccables.

2.2.3 Les Cathares ou Albigeois

C'est le groupe le plus important. Ils sont de la ville d'Albi au sud de la France. Ils s'inspirent beaucoup du manichéisme du IVe siècle et se prétendent les purs. Ils ont une austérité de vie qui va impressionner beaucoup le peuple.

Ils admettent deux principes, le bien et le mal; tous deux sont éternels. Le bien: l'âme, et les êtres spirituels. Le mal: le corporel et le matériel. Par son corps, l'homme appartient au matériel, à Satan. Par son âme, il appartient à Dieu.

Une de leurs caractéristiques, c'est une pratique pour la fin de la vie, le huitième sacrement appelé "le Consolamentum", c'est-à-dire quand quelqu'un a cheminé, on l'initie par l'imposition des mains pour qu'il devienne un parfait. Cela le place dans une catégorie à part, qui fait qu'il ne vit plus dans le monde. Même au point de vue de la nourriture, il ne consomme plus de viande parce que ça provient de la chair, donc c'est mauvais.

Ils sont austères et exercent beaucoup de fascination sur les gens. Saint Dominique aura à lutter contre eux; l'Inquisition de même fera une importante croisade contre les Albigeois, en 1209, parce qu'ils avaient gagné beaucoup de gens dans le sud de la France. Nous y reviendrons à propos de saint Dominique qui a fondé son Ordre des Dominicains pour les ramener à la foi catholique.

2.2.4 Les Humiliés

Ils apparaissent vers 1017 et vont durer plus d'un siècle, jusqu'en 1198. Ils sont dans le nord de l'Italie, à Milan. Ils font pénitence, ne portent pas de vêtements teints, qui est signe de luxe et ont une vie très pauvre et laborieuse. Au point de départ, ce fut approuvé par le pape. Mais il leur refuse le droit de prêcher et beaucoup n'acceptent pas.



Les Fraticelles

Ce sont des Franciscains qui, après la mort de saint François se séparent de l'ordre et de l'Eglise, au nom de l'idéal de pauvreté absolue que l'Eglise n'avait pas respecté. Ils prônaient la nécessité universelle de la pauvreté absolue pour tous les chrétiens. Ils ne reconnaissaient pas la validité des sacrements donnés par des prêtres indignes.

Les Apostoliques

Ils sont dans le sillon des Franciscains. Quelqu'un qui est refusé chez les Franciscains donne ses biens aux pauvres et revendique l'obéissance directe à Dieu, par consentement intérieur: véritable Eglise.



2.2.5 Les Vaudois

Pierre Valdo ou Valdez, riche marchand de Lyon. Il a commencé comme François, mais a dévié. Vers 1176, il se convertit et attire autour de lui des amis. Il renonce à tout, vit d'aumônes et a des disciples. Il veut un retour à l'Evangile et demande au pape l'approbation. Le pape bénit son initiative mais lui refuse le droit de prêcher parce que ce sont de simples laïcs. Le pape lui dit de donner des conseils spirituels de morale.

A la fin, il passe outre aux interdictions du pape et devient hérétique. Il va permettre à ses disciples d'enseigner la Bible. Ils ont beaucoup d'analogies avec les Franciscains. "S'il avait eu plus de vertu (...). Il crut impossible de sauver l'Eglise par l'Eglise"

3.2. Mouvements nouveauxB) L'Église aux XIIe et XIIIe siècles3. La réaction dominicaine

3.1 Contexte historique

C'est dans le contexte de ces mouvements du XIIe et XIIIe siècles que va naître l'ordre dominicain, le premier des ordres mendiants.

Cette période est parsemée d'hérésies de toutes sortes qui se propagent de plus en plus dans le peuple chrétien. Celles des Cathares et des Vaudois en particulier.

Les hérésies et le catharisme

Du Ve au XIe siècles, il n'y eut pratiquement pas d'hérésies en Occident qui menacèrent l'unité de l'Église ou qui firent l'objet d'un vaste débat. Mais, au XIIe siècle, des mouvements populaires et largement répandus apparurent. Ils entraînèrent la formation de véritables anti-Églises et la création d'enclaves dans la chrétienté catholique. Ils obligèrent l'Église et l'État à créer une machine répressive.

Plusieurs facteurs rendirent les foules réceptives aux prédications hétérodoxes et favorisèrent l'apparition et le développement rapides des hérésies: les chocs émotionnels ressentis par les foules au XIe siècle, les progrès relatifs de l'instruction religieuse, la curiosité spirituelle, la recherche de formes nouvelles et meilleures d'assurer son salut, un zèle peu éclairé de réforme, les réformes pontificales elles-mêmes, certaines tensions sociales dans les villes et les campagnes.

Mais les hérésies les plus vastes comme le catharisme s'expliquent surtout par le fait que d'authentiques exigences spirituelles furent à l'origine de ces révoltes envers l'Église officielle. En effet, les hérétiques ou les futurs hérétiques faisaient leur critique et leur révolte au nom de l'Évangile et de la pauvreté évangélique.

Parmi le nombre des hérésies qui se sont répandues en Europe à cette époque, celle des cathares ou albigeois nous intéresse davantage.

Elle s'est répandue au XIIe siècle dans plusieurs pays européens et spécialement dans le midi de la France, au Languedoc. Ces hérétiques s'appelaient eux-mêmes cathares, d'un mot grec qui signifie les . La théologie cathare est confuse et varie selon les régions et la communauté. Elle est mal connue car les livres albigeois ont été systématiquement brûlés. Le catharisme est basé sur un dualisme venu d'Asie et se rattachant aux croyances zoroastriennes et manichéennes, (cependant, certains historiens contestent cette théorie sur les origines de cette hérésie). Dans la théologie cathare, Dieu qui est parfait, n'a pas pu créer la matière, ni les corps qui ...l'oeuvre de Satan. Dieu crée les âmes. Mais les âmes se révoltèrent contre Dieu et furent projetés sur terre où Satan les enferme dans les corps. Les âmes tendent à sortir des corps pour retourner à la vie céleste. Donc, il y a deux principes en lutte, le bien, Dieu et le mal, Satan. Jésus est un créateur, un ange. Le passage de l'homme sur la terre est une lutte: il connaît le bien que lui enseigne la loi divine, mais il est porté au mal par ses instincts et sa séduction du démon. DE là découle une morale pessimiste où il peut séparer l'âme du corps qui est mauvais. Par conséquent, le mariage qui fait perdurer l'oeuvre de Satan est mauvais, l'ascétisme est bon et répandu, le suicide est permis. Les cathares rejetaient l'Église et ses sacrements. De plus, l'Église cathare copiait les institutions de l'Église officielle (évêques, diacres, liturgie). Il y avait dans la communauté cathare une distinction entre les parfaits, peu nombreux à cause de leur style de vie trop difficile et la masse des croyants.



L'Eglise tentera de mettre un frein à ces mouvements dans certains conciles. Le pape envoie des légats pour les Cathares, au sud de la France, le comte de Toulouse afin d'essayer de ramener la paix et de les faire revenir à l'intérieur de l'Eglise.

Ca amène les évêques à prendre conscience de leur devoir de prédication et d'éducation de la foi. Mais les évêques sont peu préparés à cette tâche urgente. De là va naître la prédication sous saint Dominique, pour donner des prédicateurs authentiques de la foi catholique.

3.2 L'implication de Dominique dans la lutte contre les hérétiques

Dominique de Guzman, 1170-1221, canonisé en 1234. François, 1181 (2)-1226 et canonisé en 1228. Ils avaient une réputation de sainteté dans le peuple chrétien. Leur canonisation fut un peu le fait du sensus fidelium.

Dès son jeune âge, Dominique a fait des études et reçut le sacerdoce. Il est prêtre et chanoine régulier de saint Augustin. Il va être amené à aller dans le sud de la France.

En 1206, le tout va se jouer pour lui. Les évêques et les légats n'ont aucun succès auprès des hérétiques. "Vous ne faites pas ce que vous dites" est le reproche qu'on leur fait en gros.

Dominique a perçu cette difficulté dans le manque d'exemples vivants de pauvreté évangélique. En 1207, il fonde un couvent destiné à aider les personnes qui voulaient revenir à l'Eglise. Il veut un groupe d'apôtres sous la dépendance du pape, des missionnaires et des théologiens du pape. Il veut aussi un ordre apostolique, de prédication.

Le pape Innocent III, en 1209 va ordonner aux évêques de se consacrer plus fortement à la prédication et va leur conseiller de le faire par des prédicateurs de leur choix, s'ils ne le peuvent pas eux-mêmes. Cela va aider les Dominicains. C'est l'occasion de la naissance de l'ordre des Frères prêcheurs.

Les évêques du sud de la France demandent à Dominique de prendre la tête des prédications. Ils commencent à Toulouse, au sud de la France, vers 1210. Ils vont se répandre dans les environs. Le 25 avril 1215, il fonde le premier couvent des Frères prêcheurs.

Saint Dominique demande au pape de confirmer un ordre nouveau, des prêcheurs. C'est nouveau dans l'Eglise, car ils ne sont pas des moines. Chaque frère est totalement consacré à la prédication. Il demandait au pape de les reconnaître par-dessus la tête des évêques, pour l'ensemble de l'Eglise. Innocent III hésite. Son successeur, Honorius III, le 22 décembre 1216, confirme la mission de l'ordre des Frères prêcheurs et leur donne une reconnaissance définitive.

Ils doivent adopter la règle de saint Augustin parce qu'en 1215, le quatrième concile du Latran avait interdit toute nouvelle règle dans l'Eglise. Pour saint François, ce fut plus difficile parce qu'il avait été accepté avant 1215, mais de façon orale seulement. La règle de saint Augustin sert de règle de soutien, mais elle est sans grande influence sur le style de vie des Dominicains.

Leur titre de prêcheurs est confirmé en 1217. Dominique profite des privilèges pour répandre ses frères. Alors qu'ils ne seront que vingt, il en envoie en Espagne, Italie et France. Dès le point de départ, c'est une orientation missionnaire pour l'ensemble de la chrétienté. Il sera critiqué pour cela, mais ça donne un premier élan pour le recrutement.

Innocent III 1198-1216

Il fut élu Pape à 31 ans, le 8 janvier 1198. Il avait étudié la théologie à Paris et le droit canon à Bologne.

Au moment où il fut nommé Pape, il jouissait d'une situation politique avantageuse. En effet, en face de lui, il n'y avait pas d'empereur entreprenant de l'envergure de Frédéric Ier ou d'Henri VI. Il pouvait considérer la chrétienté comme son sans avoir à partager ou rivaliser avec un autre monarque.

Les trois buts principaux qu'il visa furent d'organiser une croisade, d'assurer le contrôle direct de toute l'Église, et de réformer la chrétienté laïcat et clergé.

Innocent III n'était ni un penseur profond, ni un pasteur zélé, mais un juriste sachant formuler des principes et établir des jugements, ordonnant les moyens et les méthodes à des fins clairement conçues. Mais, n'improvisant jamais, il était un bon politicien. Il avait le sens du possible et du réel, il était souple. Innocent II gouverna la chrétienté entière avec sagesse et maîtrise. Ses plus grandes réussites furent de récapituler toutes les exigences de la vie chrétienne au concile du Latran, d'appliquer à tous les religieux les constitutions salutaires élaborées parles cisterciens. Mais, par dessus-tout, il fit preuve d'une sagesse clairvoyante lorsqu'il reconnut et encouragea les nouveaux objectifs et idéaux de saint Dominique et de saint François.





Saint Dominique

Dominique est né vers 1173 à Caleruega en Espagne, dans le diocèse d'..... Il meurt le 6 août 1221 à Bologne. Il vécut donc à la fin du XIIe siècle et au début du XIIIe siècle. A cette époque, comme nous l'avons vu, le visage de l'Église était très contraste. En effet, la majorité des prêtres étaient de misérables prolétaires, les évêques des aristocrates et les organisations monastiques et la papauté apparaissaient comme de grands monopoles avides de gains. Un grand désir de réforme soufflait sur la société médiévale, nous n'avons qu'à penser au mouvement communal. Le culte de la pauvreté et de la vie communautaire étaient à l'honneur.

La période de maturation de Dominique

La tradition nous dit que les parents de Dominique étaient nobles, mais cela n'est pas sûr. Son père, Félix, et sa mère, Jeanine étaient de bons chrétiens très pieux. Les deux frères de Dominique ont accédé au sacerdoce. Dès son enfance, ses parents et spécialement un oncle archiprêtre l'élevèrent avec soin et dès le début, il fut instruit à la manière ecclésiastique. Vers 1186, il fut envoyé à Palencia pour y entreprendre l'étude des arts libéraux. Mais, il renonça à ce genre d'étude pour se consacrer à la théologie qu'il étudia dura quatre ans. Il fut très bon étudiant. En fait, l'ensemble de la tradition sur saint Dominique nous dit qu'il vécut une enfance et une jeunesse pieuse et exemplaire.

En 1196, il entre au chapitre de la cathédrale d'Osma où siège l'évêque Diégo, un homme exceptionnel. Cet évêque s'attachait à persuader les chanoines de suivre l'observance des chanoines réguliers sous la règle de saint Augustin. Vers 1201, Dominique devient sous-prieur; la tradition nous relate qu'il était un grand priant.

En 1203, Dominique accompagne son évêque dans une mission royale dans le nord de l'Europe (au Danemarque). Le roi de Castille Alphonse VIII voulait marier son fils Ferdinand avec une jeune fille noble des Marches et il demanda à l'évêque d'Osma d'être son ambassadeur. En cours de route, Dominique fait connaissance avec les hérétiques à Toulouse. La mission royale réussit, ils reviennent en Castille annoncer la bonne nouvelle au roi. Pendant ce temps-là, en 1203, le Pape Innocent III envoie deux légats prédicateurs, les cisterciens Pierre et Raoul, contre les Cathares du Languedoc. En 1204, le Pape leur adjoint l'abbé général de Cîteaux. En 1205-1206, le roi de Castille envoie de nouveau Dominique et Diégo au Danemarque pour ramener la jeune fille promise à son fils. Mais rendus aux Marches, ils apprennent qu'elle est morte. Alors, pour revenir, ils décident de passer par Rome. Dominique demande alors au Pape la permission d'aller évangéliser les cummuns, peuplades des Karpathes. Le Pape refuse. En juin 1206, ils rejoignent les légats pontificaux à Montpellier au Languedoc, et décident de prêcher aux Cathares.

C'est à ce moment-là que Dominique va faire deux constatations qui vont changer toute sa vie et donner naissance à toute son oeuvre. En effet, c'est de l'événement même (rencontre avec les hérétiques), que Dominique va tirer les principes de son action future. En face des parfaits hérétiques, des chefs carthares dont la pauvreté volontaire juge impitoyablement le luxe étalé des légats et des archevêques, il comprend que le premier devoir pour les vaincre, est de faire un retour au renoncement évangélique, de se constituer authentiquement disciple de la pauvreté. Mais, Dominique est aussi un esprit très bien formé. Il se rend très bien compte que ce n'est plus seulement par l'exemple de leur pauvreté que les cathares parfaits conquièrent les âmes, mais aussi par la puissance de leur verbe, de leur élocution. Donc, il décide que lui-même et ses premiers compagnons parcourront le Languedoc en opposant aux diatribes cathares les arguments de la Foi chrétienne, catholique.

Dans ces deux constatations, la physionomie des futurs futures fondations de Dominique est esquissée. Ce sera un ordre pauvre, mendiant, mais aussi un ordre prêcheur. Et, dans son oeuvre, Dominique nous montrera qu'il a une intelligence solide, moins rapide peut-être qu'obstinée, mais qui a le sens des justes hiérarchies. Il est spontanément créateur, organisateur, formateur, et ses idées claires s'ordonnent aisément en projets qu'il mène avec une énergie sans faille.

La période de créations de saint Dominique

a) La prédication au Lauragais

Dominique, ayant obtenu la permission de sons évêque de se joindre aux prédicateurs cisterciens, devint l'âme de leur groupe. Pendant environ dix ans, il parcourut la région du Lauragais, prêchant, organisant de grands débats publics avec les hérétiques, comme celui de Montréal 1207. A partir de 1206, Dominique, s'installe à Prouille, dont il fit son port d'attache et le centre de sa prédication. Il y fonde un couvent féminin composé de dames converties du catharisme, qui devint à partir de 1211, la nouvelle abbaye Sainte-Marie-de-Prouille.

b) La croisade contre les Albigeois

Dès 1207, Innocent III, voyant la faiblesse des résultats obtenus par la prédication pacifique, invita le roi de France Philippe-Auguste et d'autres barons à réprimer l'hérésie par les armes dans le comté de Toulouse. L'assassinat de son légat, Pierre de Castelneau, en janvier 1208 déclencha l'action militaire. Composées en totalité de seigneurs du nord de la France, ce qui causa de nombreuses difficultés, les troupes des croisés furent placées sous le commandement de Simon de Montfort et sous la responsabilité du légat du Pape, l'abbé de Cîteaux, Arneault, qui, jusqu'alors, avait partagé avec Dominique la direction de la mission du Lauragais. Le conflit fut violent et cruel, Simon de Montfort et ses compagnons le détournèrent souvent à leur profit personnel, et, finalement, les Français du nord aux seigneurs du Languedoc. En 1215, Innocent III confie le comté de Toulouse à Simon de Montfort et la guerre se termina par le traité de Paris en 1229. Deux mesures furent prises pour lutter contre les séquelles de l'hérésie: la création de l'université de Toulouse et la mise en oeuvre de l'inquisition. Durant cette croisade, Dominique demeura presque seul fidèle à la prédication apostolique. En 1211, il se retire et se dévoue à Prouille. En mai 1214, il revoit la paroisse de Fonjeaux, près de Prouille.

3.3 La fondation des Frères Prêcheurs



La fondation de l'Ordre dominicain

En 1215, Dominique s'installe à Toulouse. A la suite de l'expérience de ses dix ans de prédication itinérante au Lauragais, il fonde une communauté de clercs qui devaient se consacrer à la prédication de la Foi et de la morale, en luttant contre les erreurs doctrinales et les tares de la chrétienté, en pratiquant l'imitation de la vie des apôtres, c'est-à-dire l'itinérance et la mendicité. Dominique donna à sa fondation des buts précis: la vie évangélique et la prédication, mais son originalité fut cette association harmonieuse du cénobitisme et du nomadisme apostolique. En effet, le couvent fut pour lui plus un lieu de ressourcement, un centre de formation, où les novices accompliraient de solides études théologiques et où les moines viendraient se ressourcer spirituellement, qu'une simple résidence. En 1215, Innocent III reconnaît la nouvelle création, malgré le fait que le concile du Latran eut décidé d'interdire toute création d'Ordre nouveau, et accepta le nom de l', mais exigea l'adoption d'une règle déjà existante. En 1216, Honorius III confirma le nom et la communauté des prêcheurs, sous la règle de saint Augustin. Bien qu'il fut un Ordre de prêcheurs, les dominicains étaient d'abord des docteurs, des savants dans la doctrine. Ils acquirent une réputation de prédicateurs et de guides d'âmes qui, en peu de temps, se répandit jusqu'aux limites de la chrétienté.



Les progrès de l'Ordre dominicain

Les progrès de l'Ordre dominicain furent considérables et rapides. En fait, ce progrès foudroyant ne fut pas seulement rendu possible par les circonstances ou les besoins de l'époque, mais surtout par le caractère et l'action inlassable de saint Dominique. De 1217 à 1221, l'Ordre s'étendit sur l'Europe entière. Dominique avait médité longuement son projet et l'avait si bien conçu dès le départ qu'il n'a pas hésité dans la définition de ses buts et dans les mises en plan des hommes et des moyens. Et, comme il avait au plus haut point le sens des hommes et la mesure dans leur gouvernement, il sut s'entourer et communiquer à ses disciples, parfois médiocres son enthousiasme, sa chaleur humaine et spirituelle. La manière dont il définit la pauvreté de son Ordre et les modalités d'application de la règle nous montre sa sagesse et sa connaissance des hommes. En effet, pour lui, la pauvreté était un moyen et non pas une fin: les livres étaient une arme, le couvent un refuge, leur propriété était donc utile. Mais, pour éviter des frais trop lourds et l'envie des autres, les bâtiments restaient médiocres. Le prêcheur, théologien et savant, en mission de prédication, devait mendier sa nourriture et son logement, pour mesurer dans sa chair ce que sont les difficultés de l'existence. L'obéissance fut considérée de la même manière que la pauvreté par saint Dominique; les dominicain étaient soumis à la règle de saint Augustin et aux coutumes établies par saint dominique et ses premiers compagnons, mais le prieur pouvait dispenser de la règle en partie ou en totalité pour les besoins du service des âmes. L'idéal de vie dominicain est un modèle de sagesse et d'équilibre.

Très tôt, une branche féminine de l'Ordre se constitue: une maison importante s'établit à Rome (saint-Sixte). En 1232, les constitutions de saint-Sixte furent reprises par l'Ordre des pénitents de Marie-Madeleine. Finalement, des laïques pieux s'associèrent à l'Ordre sous forme de confréries. En somme, l'Ordre dominicain et la spiritualité dominicaine se répandirent dans la civilisation médiévale très rapidement. Et, en plus de défendre l'intégrité de la Foi et de répandre cette dernière, l'Ordre dominicain fut un ferment d'unité pour toute l'Église.

Après avoir solidement établi ses fondations, Dominique, en été 1221, prêche autour de Venise et meurt le 6 août. Le 13 juillet 1233, Grégoire IX nomme trois enquêteurs pour le procès de canonisation, et le 3 juillet 1234, il est canonisé.





3.4 Les buts et l'originalité de l'ordre des Frères Prêcheurs

Le gouvernement de l'ordre est très différent de celui des ordres monastiques. Il insiste beaucoup sur l'égalité de chacun des frères dans la communauté. Toutes les décisions sont prises en commun. Chaque frère doit développer ses charismes personnels et voir à les présenter à ses frères pour trouver un appui dans sa mission propre.

Le gouvernement de l'ordre sert de modèle à certains états modernes, gouvernement très démocratique encore aujourd'hui. Le supérieur rappelle les décisions mais ne les prend pas comme telles. Il est le gardien des décisions. L'ordre est aussi consacré à l'étude et à la prédication.



a) Leur grande originalité est de combiner la vie monastique et apostolique. Les lieux de résidence sont des lieux où les personnes se ressourcent pour aller transmettre la Parole de Dieu.

Leur devise: Contemplata aliis tradere (ce que vous avez contemplé, allez le transmettre aux autres). C'est un genre de vie mixte comme saint Grégoire le Grand: contemplative et active. L'étude et la réflexion théologique, doivent tendre vers la prédication et la pastorale pour être utile à l'âme du prochain.

b) C'est une communauté cléricale et sacerdotale, donc ce sont des prêtres.

c) Le prieur peut toujours dispenser de la règle en partie ou en tout pour les besoins pastoraux de la prédication. Ce qui est premier, c'est l'idéal apostolique. Le travail manuel n'est pas quelque chose de cultivé. L'ordre est à l'origine de plusieurs centres d'études.

d) Une pauvreté mendiante, c'est-à-dire qui n'est pas basée sur des ressources, des domaines, mais sur les aumônes des populations auxquelles ils s'adressaient.



Gouvernement et structures de l'Ordre dominicain

La première constitution date de 1220, elle fut édictée à Bologne. L'Ordre fut très centralisé et très hiérarchique au sommet, mais répondant aux aspirations nouvelles du siècle, il fut très démocratique dans ses structures de base.

Cet Ordre dépendait directement de la papauté qui dès l'origine, l'avait encouragé et protégé. Le maître général, titre appliqué à saint Dominique à partir du second chapitre général de Bologne en 1221, dirigeait l'ensemble de l'Ordre avec une grande autorité. Cette autorité reposait sur la profession d'obéissance que faisaient les prêcheurs au moment d'être admis définitivement dans l'Ordre.

Le chapitre général, composé par les représentants élus de chaque couvent, détenait le pouvoir législatif, de plus il disposait du pouvoir judiciaire, en matière de régularité de l'administration. Le maître général lui-même était justifiable, selon la volonté de saint Dominique. Pour exercer cette fonction, le chapitre se transformait en début de session en . Le chapitre général désignait aussi les prédicateurs pour les missions dont la papauté avait chargé l'Ordre. Le chapitre de 1221 institua les premières provinces, groupant au moins trois couvents, comptant un minimum de douze religieux. Les provinces avaient un caractère soit politique, soit correspondant à un royaume, soit linguistique, soit opérationnel. Tous les quatre ans, un chapitre provincial élisait le prieur provincial. Ce dernier gouvernait la province, réunissait chaque année le chapitre, composé des supérieurs des couvents, du prieur, et de de chacune des communautés. Le prieur du couvent était élu pour trois ans.

En fait, l'Ordre dominicain avait un caractère original; c'était l'abandon des principes du gouvernement paternel au profit d'un système de direction où les hommes étaient choisis en fonction de leurs qualités d'administrateur et de leur niveau d'instruction. Il faut noter aussi l'organisation efficace des études dans l'Ordre. En effet, parmi les couvents dominicains, les maisons d'étude eurent une importance considérable à cause du rôle intellectuel de l'Ordre. En effet, c'est la structure d'enseignement de l'Ordre qui lui permit d'atteindre une qualité intellectuelle inégalable du XIIIe siècle.



3.5 Dominique, les Dominicains et l'Inquisition

Les Dominicains ont une action très importante dans la bataille contre les hérétiques. Ils sont encore très souvent identifiés à la répression du grand inquisiteur, mais leur rôle s'est conjugué à l'intervention de plusieurs acteurs dont le pape et les princes. Le tribunal du Saint-Office avait un Dominicain à sa tête. Encore aujourd'hui, les Dominicains jouent un rôle très important dans le domaine de la doctrine.

L'Inquisition du Moyen Age est un tribunal qui a été établi pour lutter contre les hérésies. Il avait le pouvoir de soumettre les gens au bras séculier, c'est-à-dire qu'il pouvait infliger les mêmes peines que les tribunaux séculiers. Il avait un pouvoir coercitif avec force d'application au plan séculier. Il pouvait condamner à la prison et aux tortures.

"En 1231, une décision commune du Pape et de l'Empereur crée l'office d'Inquisition pour l'appliquer dès lors à l'Allemagne et à l'Italie. Ce tribunal est introduit en France du nord en 1233, et dans celle du midi au début de 1234. II n'a donc pas été spécialement imaginé comme on le croit souvent, pour cette dernière région. Il n'a rien à voir avec S. Dominique, écrit Guy Bedouelle."

L'Inguisiton devient vite est un tribunal permanent dans toutes les affaires de la foi, contre les Cathares et les Vaudois. Le but était de convertir les hérétiques en leur imposant des peines qui les feraient rentrer en eux-mêmes. Dans cette société du temps, la crainte de la punition était un moyen utilisé pour faire revenir. La dissidence était une menace pour l'ensemble du système. Aussi la répression était un moyen de sauvegarde de l'ensemble du système. En 1234, ce tribunal est étendu au sud de la France. En 1233, les Dominicains en prennent la charge. Les Dominicains sont de plus en plus impliqués dans cette lutte contre les hérétiques.



L'inquisition

L'inquisition est une des pages les plus sombres de l'histoire de l'Église. A partir de 1184, toute une série de dispositions précédèrent et préparèrent l'organisation de l'inquisition, mais à la suite du traité de Paris en 1229, le concile de Toulouse établit définitivement la procédure d'enquête. La commission paroissiale avait pour mandat de rechercher par tous les moyens les hérétiques et de les dénoncer aux autorités religieuses; les baillis de justice devaient participer à ces enquêtes, mais seul l'évêque ou son représentant pouvait prononcer la sentence. Les hérétiques étaient frappés du supplice du feu; les receleurs d'hérétiques perdaient leurs biens, leurs maisons étaient rasées. Les hérétiques repentants évitaient le feu, mais dépouillés de leurs droits civils, ils devaient porter deux croix sur leurs vêtements, et ceux qui se rétractaient seulement par peur de la mort étaient incarcérés à vie. En 1231, le Pape Grégoire IX, par la constitution , proclama le droit exclusif de l'Église de juger les hérétiques et confirma la procédure et les peines prévues, dont le feu. Mais, les évêques firent preuve de peu d'enthousiasme devant des mesures aussi rigoureuses et Grégoire IX décida de confier l'inquisition à l'Ordre dominicain. Par la bulle «Humani generis» de 1232, il annonçait aux évêques l'envoi des dominicains à titre d'inquisiteurs avec la responsabilité du , l'affaire de la foi. En fait, dominicains et franciscains eurent presque le monopole de la poursuite de l'hérésie sur mandat pontifical, reléguant même à l'arrière plan le tribunal de l'évêque. L'action de l'inquisition appuyée sur le bras séculier fut efficace sans jamais être aussi systématique qu'on l'a pensé par la suite. Elle ne fut pas une institution mûrement réfléchie, mais plutôt le résultat d'une série de mesures de circonstances. Elle fut acceptée et souhaitée par les princes et la population du temps parce que pour eux, la rupture de l'unité de la foi était le crime social par excellence.



3.6 La spiritualité dominicaine

a) Au centre, il y a l'idée de servir la vérité. On parle d'une certaine manière d'être devant Dieu, toute simple, qui correspond à une mission perçue par Dieu: être témoin de la vérité. Cf. Jean Gauthier, P. Régamey.

"L'Ordre où chacun des religieux fontla devise est 'Veritas' doit procurer aux hommes cette expérience d'être changés en eux-mêmes par leur propre dépassement dans la Vérité chrétienne." Régamey l.c. p.65.

"Le dominicain est l'homme qui...croit au pouvoir qu'a l'esprit de discerner [la vérité]: de discerner les vérités naturelles, e, lorsque la grâce le pénètre, de reconnaItre la Vérité divine si celle-ci se manigeste à lui." Régamey p.68

b) Ca va les amener à privilégier une vie qui donne beaucoup d'importance à la prière contemplative et à la contemplation des mystères de Dieu, qui n'est pas simplement intérieure, mais par l'intelligence qui réfléchit sur les mystères. La recherche théologique fait partie de sa vie. Le dominicain tend à la vie mixte, celle où la contemplation nourrit l'action "Contemplata aliis tradere"

c) Il y a aussi une insistance sur la pauvreté et l'abandon pur et simple à la providence. C'est très important pour eux, c'est l'imitation de la vie des premières communautés des apôtres. Pour eux, c'est vraiment une vie apostolique. Dans les Actes des Apôtres, on mettait tout en commun, chacun subvenait aux besoins des autres. Ils devaient aller prêcher, partir sans argent et mendier leur croûton sur les chemins de la prédication, "verbo et exemplo".

d) La fraternité est vue dans un sens très moderne. Tous les frères sont sur un pied d'égalité dans la communauté. Il n'y a pas de distinction entre les frères ni entre les supérieurs et les inférieurs.





Conclusion

Le P. Régamey écrit (p.63-64) Pauvreté et zèle propagandistye, cesont lesdeux caractères lesplus marqués du mouvement apostolique. Sur le second, le contrasteentre saint François et saint dominique est aussi saisissant que sur le premier. Contraste qui est complémentarité. L'intention de saint François ne fut pas de prosélytisme. Il s'agissait pour lui, en toute simplicité, de vivre de l'Evangile 'sans glose', en vertu d'un amour du Christ allant jusau'à la folie. Par là il fut nécessairement amené `a la prédication, mais sous la forme de l'exhortation spontanée, familière, comme il convient à qui n'est pas prêtre.( en note: son Ordre ne reçut qu'en 1232, à l'imitation des Frères Prêcherus, l'office d'unvéritable enseignement de la vérité de foi) Chez saint Dominique, au contraire, le zèle du salut des âmes fut premier, au point que son Ordre en naquit. Or il requérait la conformité au Christ, et notamment la vie pauvre."

La spiritualité dominicaine pourrait-on dire change le moine et le chanoine en apôtre, vrai disciple de Jésus et prédicateur de l'Evangile reçu, médité et vécu.



4. Le franciscanisme

Introduction: Dominique et François

François a eu une influence très grande chez ses contemporains et encore aujourd'hui. Cf. le film: Le chemin du soleil, qui regroupe encore souvent beaucoup de gens.

On raconte que François et Dominique se seraient rencontrés, qu'ils auraient échangé le baiser de paix devant le pape Honorius III. S'agit-il d'une légende ou de quelque chose de possible? Il y a eu le quatrième concile du Latran en 1215 où ils auraient pu se rencontrer, car ils sont contemporains. Mais on peut rester sceptique sur la rencontre possible de Dominique et de François dans le temps.

Ce sont deux personnages contemporains et leur communion d'esprit et de pensée était très forte. Ils ont une véritable parenté profonde. Ca tient dans un seul mot: observer le saint Evangile de notre Seigneur Jésus Christ. C'est le premier mot de la règle de saint François et l'esprit des Constitutions de Dominique lorsqu'il envoie les frères prêcher l'Evangile. L'un et l'autre ont été bouleversé par l'Evangile dans sa radicalité.

Le même passage de l'Evangile les a frappés: Mt 10,9 et le parallèle de Luc sur l'envoi en mission des soixante-douze disciples, sans bourse ni bâton, pour prêcher la Bonne Nouvelle. Les mêmes textes vont motiver les deux personnages, mais dans un sens différent.

Ce qui va les différencier l'un de l'autre, c'est que François va vivre l'Evangile et Dominique va le prêcher. Il y a une convergence de vocation centrée sur l'Evangile comme tel, mais d'un côté la vie évangélique est vécue dans sa nudité tandis que de l'autre, la vie évangélique est prêchée et proclamée aux chrétiens comme service d'Eglise.

Cette différence va se refléter dans le genre de fondation. François ne voulait pas fonder un ordre religieux. Il n'a jamais eu comme idée de fonder une nouvelle congrégation, ni d'institutionnaliser son genre de vie. Il fut amené à le faire par son genre de vie, et alors il a passé le gouvernement à d'autres quand les difficultés sont venues et que c'est devenu plus serré.

Pour François, il s'agissait de vivre l'Evangile, un point, c'est tout. L'institutionnalisation est une conséquence qu'il n'a pas cherché et avec laquelle il sera toujours mal à l'aise. Il passera le gouvernement à Pierre de Catane, puis à Frère Elie à qui il fera toujours confiance. C'est ce frère qui a bâti une grosse basilique, etc.

Il a été obligé d'affronter le problème de l'institutionnalisation, mais ne la voulait pas. A la fin de sa vie, il s'est retiré au mont Alverne avec quelques amis et il est revenu avec l'idée de la pauvreté absolue, etc.

Dominique n'a pas eu, comme François, ce dégagement de toute institutionnalisation. Il a eu à coeur de donner un cadre institutionnel très solide. Il n'a pas écrit de règle, mais des Constitutions, ce qui est plus précis et détermine beaucoup plus la façon dont l'Institut va se faire. Les mêmes valeurs évangéliques sont là, mais diversement formulées.

4.1 La "question franciscaine"

a) Elle provient de la diversité des sources concernant la vie de saint François et les débuts de l'ordre des Frères mineurs. Il existe une très grande diversité de sources écrites. Nous sommes en face d'un phénomène analogue aux écrits des premières communautés chrétiennes au sujet de la vie de Jésus: un problème synoptique important. A quelques années d'intervalle, il y a deux vies de François, et elles ne sont pas entièrement identiques.

Cette diversité provient des relectures des débuts selon la perspective où se placent les personnes, selon qu'elles sont des "observants", c'est-à-dire ceux qui observent la règle approuvée par le pape ou qu'elles sont des "spirituels", c'est-à-dire ceux qui observent l'esprit et non la règle.

b) Elle provient aussi de nombreuses destructions de documents, après la mort de saint François. Le troisième ministre de l'ordre, le frère Elie avait toujours eu la confiance de François, mais on a tenté de détruire les preuves que François avait fait confiance au frère Elie. Il y a aussi à ce moment des querelles politiques. Le Général a ordonné de détruire tous les documents ou de les remettre aux supérieurs pour leur destruction.

Saint Bonaventure a essayé de donner une vision officielle du charisme de François et il a éliminé toutes les autres vies.

c) Ca provient de la richesse du personnage du François. Il y a des questions d'interprétation. La richesse, la qualité de cette expérience a posé des problèmes d'herméneutique. Quel sens doit-on donner à cette vie-là? Il y a danger d'aller d'une façon unilatérale et de tirer le texte pour soi, dans un sens plus que dans l'autre.

La vie de François est assez riche pour supporter plusieurs lectures. Voir: La conversion de François selon Thomas de Celano, par le Père De Beer. Il compare les deux récits de conversion, l'un faisant état du passage d'une vie relâchée et l'autre tout simplement d'une vie ordinaire à une vie plus fervente.



Le problème de l'analyse des sources concernant François est très important. Il existe une littérature immense là-dessus. En français, on possède tous les écrits de François dans: Documents sur François d'Assise, par Desbonnets et Vorreux. Il y a aussi des problèmes de langue chez François; il écrit dans le dialecte d'Assise. On a aussi les écrits de François d'Assise dans la collection Sources chrétiennes.

Les documents sont:

a) soit des écrits de François ou attribués à François;

b) des biographies anciennes

c) des compilations de souvenirs

d) des chroniques: cf. celle de Jourdain da Giano

a) Les écrits de François



1. La première règle celle de 1221; en latin, on l'appelle la Regula non Bullata. Cette règle avait eu une approbation orale du pape, mais il n'y a jamais eu de Bulle romaine d'approbation pour cette règle.

2. La deuxième règle, celle de 1223 ou la Regula Bullata. Elle a eu l'approbation écrite du pape Honorius III. François fut très influencé dans sa rédaction par le cardinal protecteur, Hugolin, qui deviendra pape et canonisera saint François.

3. Le Testament de François. Il a été écrit quelques mois seulement avant sa mort, en 1226. Il y avait déjà des querelles parmi ses disciples. Il dit: voilà ce que j'ai voulu faire. Ce testament a été refusé par des frères sous le prétexte que François avait été influencé par ceux qui étaient proches de lui.

4. Vingt-huit admonitions qui sont des exhortations très brèves. C'est un genre de sermon sur la montagne. Ce sont des phrases chocs retenues par ses disciples.

5. Une petite règle pour les frères vivants dans les ermitages.

6. Par la suite, il y a des écrits, des billets qui sont comme une petite lettre où une bénédiction est perçue à travers ces billets.

Il y en a deux à saint Claire pour l'encourager. Elle va les mettre dans la règle des Clarisses. Il y en a un à frère Léon qui est une bénédiction. François l'a écrit sur le mont Alverne après avoir reçu les stigmates (p.4). Un à saint Antoine de Padoue. François n'avait pas fait beaucoup d'études et les études n'étaient pas très prisées dans l'ordre, mais François accepte qu'Antoine enseigne la théologie.

7. Une lettre aux frères réunis en c. Une aux custodes. Comme François ne voulait pas que l'un soit supérieur à l'autre dans son groupe, les supérieurs portent le nom de custode ou gardien. Le général porte le nom de ministre ou serviteur. Il voulait un vocabulaire de pauvreté et simplicité.

Une lettre à frère Jacqueline qui est une amie de Rome et que François considérait comme faisant partie du groupe. Cette dame de la noblesse romaine pressentit la mort de François et elle se rendit à la Portioncule juste pour le moment de sa mort.

8. Des prières nombreuses sont attribuées à François. Il y en a quatre entre autres: une paraphrase du Pater; la salutation des vertus; la salutation à la Vierge; le petit office de la passion.

9. Il y a aussi le dernier texte qu'il a composé et chanté avant sa mort, le Cantique du soleil (p.5). Il était presque aveugle à ce moment. Il supportait difficilement la lumière et se retirait dans des cavernes ou sur des montagnes, car il souffrait de conjonctivite aiguë et de tuberculose.

b) des biographies anciennes

1. Vita prima, 1228. Elle fut écrite par un frère, Thomas de Celano, à l'occasion de sa canonisation, qui eut lieu le 16 juillet 1228. Thomas de Celano avait connu saint François. Il était originaire des Abruzzes et était entré en 1215. Il fut envoyé en Allemagne en 1221. Pour la rédaction de cette vie, le frère Elie demande à tous les frères qui ont des souvenirs de les raconter à Thomas.

Nous trouvons là la base la plus solide pour l'interprétation de la vie de saint François. Il a écrit tôt après sa mort et ne fut pas influencé par les querelles qui advinrent par la suite. La chronologie est solide.

2. Vita secunda, 1246-1248. Du même auteur. On ne sait trop s'il l'a écrite par grief à son premier ouvrage. Dans ce deuxième récit, on trouve certains détails qui ne sont pas dans le premier et il y a une tentative de diminuer l'influence du frère Elie.



A cette époque il y avait trois tendances dans l'ordre: une de laxisme représentée par le frère Elie; une des intransigeants, ou spirituels qui se réclame du frère Léon; et une des modérés avec saint Bonaventure qui tentera par la suite de mettre de l'unité dans l'ordre des Frères mineurs.

3. Legenda en 1262, ou troisième vie écrite par saint Bonaventure. Légenda dans le sens de quelque chose à lire et non dans le sens de légende. Il avait obtenu du pape que les autres vies soient mises au rancart afin de rédiger une biographie qui puisse faire l'accord de tout le monde. Cette biographie fut approuvée par le c de 1263 comme la seule biographie officielle de François. Les frères ne pouvaient pas en lire d'autres.

4. Legenda Antiqua. Ce document se rattache au frère Léon qui est un des premiers compagnons de François. Ses cinq premiers compagnons furent Bernard de Quintavalle, Ruffin, Gilles, Angelo, Léon (Pierre de Catane?). Ce sont les récits des débuts de la conversion de François et elle comprend cent dix-sept chapitres.

c) Compilations de souvenir

1. La légende des trois compagnons. Est-ce la même source que la Legenda Antiqua? Elle semble avoir beaucoup de liens avec elle.

2. Le miroir de la perfection. C'est écrit vers 1227. Est-ce rédigé par frère Léon? Ca présente le modèle de ce que doit être un frère mineur.

3. Les Fioretti ou petites fleurs. Ce sont des récits merveilleux et édifiants qui racontent la vie de saint François. Il y a une traduction française. On ne connaît pas trop son auteur. C'est l'ouvrage le plus populaire et le plus célèbre concernant François. Il a été assemblé dans la région de Toscane en Italie.

d) Des chroniques

1. La plus intéressante est celle de Jourdain da Giano.

2. Il y en a une autre sur l'arrivée des Frères mineurs en Angleterre.

3. Il y a la chronique des vingt-quatre généraux. Elle raconte la vie des vingt-quatre premiers généraux qui ont gouverné l'ordre. Elle n'a pas la valeur des documents plus proches de François.

4. La chronique d'un cardinal qui a visité François.

4.2 L'itinéraire spirituel de François

On a dit qu'il était le saint qui ressemblait le plus à Jésus lui-même. A la fin de sa vie, on voulait le canoniser de son vivant. Comme il avait peine à marcher à cause des stigmates, il se déplaçait sur un âne et les gens l'accueillaient comme Jésus. Il a été le plus près de l'imitation de Jésus. Le portrait le plus authentique que nous avons de lui est celui qui fut fait de son vivant, à Subiaco. François était malingre, petit et avait un visage très doux.

4.2.1 Préparation à la conversion

François est né dans une petite ville située sur une colline d'Ombrie, Assise, en 1181 ou 1182, on ne sait pas trop au juste. Il a été baptisé sous le nom de Jean-Baptiste. Son père, commerçant et négociant d'étoffes, était en France a ce moment. A son retour, il veut l'appeler Franscesco, car il aimait la France.

Sa mère était d'origine française et s'appelait dame Pica. Il connaît la langue française dès sa jeunesse et chantait et priait en français. Il a eu une enfance très heureuse et sa mère l'aimait beaucoup. Il a aussi un frère. Il aide son père et fait quelques voyages en France.

Ses études se limitent à apprendre à lire et à écrire. Il a une vie assez insouciante avec les jeunes, allant de fêtes en fêtes. Vers l'âge de vingt ans, il participera avec des jeunes, à une bataille contre la ville de Pérouse, à vingt kilomètres d'Assise. Il fut fait prisonnier pendant un an et contractera probablement là les maladies dont il souffrira plus tard, entre autres la tuberculose, car les prisons n'étaient pas chauffées.

Il sera libéré grâce à des négociations entre les parents et les autorités de la ville. Il va changer beaucoup durant ce repos forcé. C'était une entreprise un peu folle qui avait abouti à un échec lamentable. Ce fut pour lui comme un mini chemin de Damas. Ce moment de réflexion lui fut bénéfique. Il revient très surpris du changement. Mais petit à petit, ce changement ne dure pas.

4.2.2 Conversion et mission

Il va envisager de nouveau la vie de chevalier. Il va se décider à suivre un capitaine italien, Gauthier de Brienne, pour aller en croisade au sud de l'Italie, dans les Pouilles. Cette expédition est déplorable pour François. Il n'a pas l'esprit chevaleresque.

Un soir, à Spolète, ville proche d'Assise, il a une vision et va se sentir interpellé jusqu'au fond de son âme. Il entend le Seigneur qui lui dit: "De qui peux-tu attendre le plus, du maître ou du serviteur? Pourquoi donc courir après le serviteur plutôt que le maître...retourne à ton pays, c'est de moi que va venir une mission spirituelle".

François va revenir à Assise avec humiliation. C'est le gars de Pietro Bernardone qui revient! On va le mépriser beaucoup. Il va intérioriser pendant quelques semaines et va ensuite inviter ses amis à un banquet en disant: je vais prendre l'épouse la plus belle et la plus noble. Ce sera dame pauvreté.

Il va échanger ses vêtements avec ceux du premier pauvre qu'il va rencontrer et va connaître les premières joies du mendiant: se faire rabrouer. Il va créer beaucoup d'inquiétudes dans sa famille. Son père sera très heurté parce que François vend son cheval ainsi que les draps et tissus du magasin pour donner l'argent aux pauvres. Son père fait intervenir les gens de la Commune, mais ils disent que cela ne les regardent pas.

Finalement, il va devant l'évêque et François se dépouille de ses vêtements sur la place de la cathédrale d'Assise. "J'irai nu à la rencontre du Seigneur. En toute liberté désormais, je dirai: Notre Père qui est au cieux. Pietro Bernardone n'est plus mon père". A partir de ce moment il portera une bure, c'est-à-dire le vêtement de laine grossière dont l'évêque l'a couvert et des sandales. (Vita secunda).

Il quête sa nourriture. L'épisode du baiser au lépreux: c'était de la lèpre dont il avait le plus horreur. Par la suite, il va visiter les malades et les lépreux et ses frères feront de même. C'est une sorte d'hommage à la pauvreté dans la société du Moyen Age. Dans son Testament, il dit que ce qui avait semblé amer lui devint douceur.

Puis il vit avec un vieux prêtre, près de Saint-Damien. Un jour devant un crucifix, le Christ semble lui parler et lui dire: "François, va, répare ma maison qui tombe en ruine". Il semble être appelé à une mission et prend cela à la lettre. Il devient réparateur d'églises.

Les premiers compagnons vont venir près de lui. Le premier sera Bernard de Quintavalle. Un soir, avec Pierre de Catane, alors qu'ils priaient dans l'église de Saint-Nicolas, ils ouvrent la Bible par trois fois et tombent sur une série de textes qui vont tous dans le même sens.

Le premier passage est: "Si tu veux être parfait, va, vends tout ce que tu as, donne-le aux pauvres et suis-moi". Le deuxième est: "N'emportez rien sur votre chemin, ni bâton, ni besace, ni deux tuniques". Le troisième est: "Qui veut venir à ma suite doit renoncer à soi-même, prendre sa croix et me suivre".

Voilà la vie et la règle que nous aurons, la règle du saint Evangile. C'est le Seigneur en personne qui m'a révélé comment je devais vivre selon la règle de l'Evangile.

Il y a aussi l'épisode de la fête de saint Matthias, le 24 février 1209 ou encore la fête de saint Luc, le 12 octobre 1208. Il y a des variantes là-dessus. A la messe, François entend l'Evangile qui envoie les disciples en mission. Il est profondément touché. Après la messe, il va trouver le prêtre et lui demande des explications. Puis il dit: voilà ce que je cherche. C'est l'aboutissement du cheminement qu'il faisait depuis un certain temps.

Il se lance dans la prédication de la pénitence. Avec des compagnons, ils vont se retirer à Rivotorto près d'Assise, dans une cabane. Ils sont douze et ils y passeront l'hiver. Puis à la fin de l'hiver, ils vont descendre à Rome pour avoir l'approbation du pape. Innocent III bénit le projet de François, l'approuve et lui accorde la permission de prêcher la pénitence.

Petit à petit, il découvre sa vocation: vivre dans le monde et participer à des travaux pour gagner leur vie et aussi mendier. Ils vont vivre comme les plus petits de leurs frères, d'où leur nom de Frères mineurs.

Par la suite, au début de l'été 1009, il aura l'approbation à Rome. En 1224, il recevra les stigmates. Puis il reçut Claire dans son ordre. Elle a fui la maison paternelle et elle a été une des premières à vivre de la vie de François. Les Clarisses sont le second ordre de saint François. Il ira en Terre sainte et rencontrera le sultan.

4.2.3 Le "mystique de l'Incarnation"

Ce qui est le plus central dans la vie de saint François, le coeur de sa spiritualité, c'est une dimension de son cheminement, de son itinéraire spirituel qui est très importante. Avec François, toute la puissance vitalisante de l'Incarnation se manifeste de telle sorte que, à travers le baiser au lépreux et ses épousailles avec dame pauvreté, c'est la rencontre avec Quelqu'un de vivant qui se fait, la rencontre avec le Verbe incarné.

a) Ce Quelqu'un a un visage humain précis. Toute sa vie, il a une très grande dévotion à la personne de Jésus. En particulier, il a une dévotion à Noël et fut à l'origine de la crèche de Noël. Pour lui, Noël n'a pas d'autre sens que cet adoration de l'abaissement de l'amour de Dieu qui s'offre à l'humanité. Son admiration devant l'Incarnation, cet amour qui fait que Dieu se manifeste comme l'un de nous dans la misère et la petitesse.

b) La rencontre du Christ dans sa souffrance et sa passion. Ce qu'il admire, c'est moins la souffrance comme telle, que l'expérience d'une pauvreté, d'un abandon total. Cet aspect est particulièrement illustré dans l'expérience des stigmates dont François est le premier exemple dans l'Histoire de la spiritualité. Les stigmates sont, dans sa chair, les signes des plaies du Christ aux pieds, aux mains et au côté.

Cette expérience manifeste la conformité intérieure de François à Jésus souffrant sur la croix. Les stigmates sont l'extériorisation d'une ressemblance intérieure au Christ. Le cardinal Hugolin qui deviendra pape sous le nom de Grégoire IX a reconnu l'authenticité de ces stigmates. Il est le seul dont l'Eglise a reconnu cette authenticité.

c) C'est une rencontre qui se continue actuellement par l'Evangile. Son identification passe par une identification au message de Jésus. Pour cette raison, pour lui, il y a une seule règle, l'Evangile lui-même. Il dira dans le c Ier de la première règle que la règle des frères est de vivre dans l'obéissance, la chasteté, sans aucun bien. Ils doivent suivre les traces de notre Seigneur Jésus Christ.

Il y a une priorité donnée à une dimension personnaliste de son engagement. "Si tu veux être parfait". C'est un engagement du moi, de la personne, qui est demandé et mis à la base. Il refuse de vivre cet engagement dans des formes qui ne sont pas calquées très proches de l'Evangile. C'est en vivant l'Evangile qu'il veut rencontrer une personne.

Le Christ est vivant dans la mesure où il va susciter la vie de celui dont on suit. Tant que l'Evangile reste lettre morte, le Christ n'est pas vivant dans sa vie. Le sommet de la perception de l'Incarnation est dans la relation vitale entre Jésus, l'Evangile et celui qui se met à la suite de l'Evangile. Il y a un équilibre entre le radicalisme littéral et l'esprit ou illuminisme.

d) La rencontre du Christ présent dans l'Eucharistie. Il a une dévotion tout à fait spéciale à la présence du Christ dans l'Eucharistie, à l'amour manifesté dans ce sacrement, au don de Jésus à l'humanité.

e) La rencontre du Christ vivant dans l'Eglise. C'est sa grande originalité. Il va vouloir vivre le radicalisme évangélique en soumission aux pasteurs donnés à l'Eglise, malgré que beaucoup ne sont pas dignes. Il ne se fie jamais à son interprétation personnelle et demande aux prêtres des explications. Dans sa première règle, il a des textes très beaux sur les prêtres, malgré leurs péchés.

Cela se manifeste aussi dans son désir d'être approuvé par le pape et dans son obéissance au cardinal Hugolin qui lui demande de faire de grands changements dans sa règle. Il les fait un peu à contre coeur, mais il se soumet.

François a adhéré à toutes les facettes du mystère du Christ. Son itinéraire spirituel est celui de quelqu'un de plus en plus identifié dans toutes les dimensions de son être, au Christ lui-même. C'est la toile de fond de toute sa vie, toile que l'on ne voit pas dans les films sur sa vie. Il n'a pas voulu recevoir le sacerdoce parce que c'était acquérir une certaine supériorité. Le plus qu'il a accepté, c'est de devenir diacre.

4.2.4 Le sens de l'humain

Ce n'est pas directement aussi central, mais c'est quand même un axe important de l'expérience de François. On le retrouve dans les branches de la famille franciscaine.

A travers tout ce qu'il a poursuivi, il a toujours cherché une mesure dans ça. Il est toujours resté proche de l'humain, des capacités de chacun pour qui certaines choses pouvaient être trop dures. Il ne va pas forcer, imposer des choses.

Deux exemples. Avec les premiers frères qui portaient des instruments de pénitence. A leur c, il leur commanda au nom de l'obéissance de les retirer et en fit un grand tas. Puis il leur dit de retourner sans cela parce que cela n'était pas nécessaire. Fioretti 18.

Au tout début de l'ordre, dans la Légende de Pérouse, le premier hiver à Rivotorto, dans une sorte d'étable trop petite, un soir il entend quelqu'un dire: je meurs. Il fait de la lumière et lui demande quoi. Il répondit, je meurs de faim. Il fait alors préparer un repas et fait manger tout le monde pour ne pas faire rougir le frère et l'humilier. Puis il dit: "Que chacun tienne compte de son tempérament et donne à son corps ce qui lui est nécessaire". Nous devons nous interdire une mortification qui n'est pas pour nous.

4.3 Expansion des Frères mineurs

a) Numériquement.

Quelques détails historiques. Vers 1220, quelques années avant sa mort, il y a plus de dix mille frères. L'ordre avait été approuvé en 1209, donc c'est en une dizaine d'années seulement. C'est une expansion qui a pris François de court. C'est comme cela qu'il a créé le Tiers-Ordre ou troisième ordre. Les Frères mineurs sont le premier et les Clarisses ou pauvres dames sont le deuxième.

C'est un véritable succès des mendiants. Ca se développe aussi pour les femmes avec Claire et pour les gens mariés. La règle du Tiers-Ordre a été ébauchée dans une lettre à tous les fidèles. Il y a trois ans, le pape a confirmé cette règle.

b) Géographiquement

L'ordre se répand en France, Angleterre, Hongrie, Allemagne, Espagne. La croisade du "tau" (signe par lequel François signait), s'étend à toutes les classes nobles et ignorantes. Petit à petit l'ordre va se cléricaliser. Les prêtres vont devenir importants et prendre les postes de commande.

c) Il en découle des menaces et des déviations. Le frère Egide, un des premiers compagnons dit qu'il y en a qui rentrent sans changer leur comportement. On se réclame de François, mais sans aller jusqu'au bout de l'expérience de François. Il y a beaucoup de problèmes dans la vie concrète des frères. La diversité n'est plus source de richesse, mais source de conflits et de querelles.

Dans tout cela, François a deux réflexes: d'abord une soumission à l'Eglise. Il laisse Rome intervenir pour structurer l'ordre.

Puis un retrait de la direction du groupe et il passe le gouvernement à Pierre de Catane qui sera à la tête pendant quelques années seulement. Puis ensuite, à frère Elie.

Dès la première génération des frères mineurs, dès après sa mort, les conflits deviennent plus violents. D'où une scission profonde en particulier entre deux groupes antagonistes: un groupe identifié à frère Léon et un identifié à frère Elie.

Ceux qui s'identifient à frère Léon prennent le nom d'observants. Ils se retirent dans des ermitages et des montagnes.

Ceux qui s'identifient à frère Elie, prennent le nom de conventuels et vivent dans des villes et villages, dans des couvents dont ils ne seront pas propriétaires. Le pape est le propriétaire. Encore aujourd'hui, toute l'administration se fait par des syndics. Ils font le voeu de ne pas posséder de biens. Frère Elie est le troisième ministre de l'ordre, après Pierre de Catane qui en est le deuxième.

En 1260, saint Bonaventure, qui est considéré comme le deuxième fondateur de l'ordre des Frères mineurs va les ramener à l'unité et rétablir la paix, après la disparition des disciples de François.

4.4 Une contestation évangélique

Voir le texte pages 6ss. Les trois aspects de la contestation. Une contestation de l'Eglise par son radicalisme évangélique, par le refus de toute puissance, par la remise en question des structures de l'Eglise. Aussi une contestation de la société et une contestation de l'ensemble de la vie personnelle.





Conclusion générale: Caractéristiques communes des Ordres mendiants

tiré de De Pablo Marotto, Storia della spiritualità medioevale... Notes de cours au Teresianum pp. 84 ss

Les ordres mendiants qui naissent avec les dominicains et les franciscains se situent dans la même ligne que les mouvements nouveaux dont nous avons parlé en commençant cette partie. Ils sont une réponse aux besoins du temps que les Ordres monastiques classiques ne pouvaient servir. Ils permettent aux nouveaux religieux d'habiter les villes, de sortir de leur résidence pour prêcher et ils ne se lient pas à des domaines terriens importants comme le font les religieux traditionnels des abbayes. Au point de départ leur caractère laïcssera important, sauf pour les Dominicains, mais très tôt ils vont se cléricaliser pour servir les fidèles que le clergé séculier (les ministres ordonnés) délaissait. Ils vont ainsi empiéter sur le ministère sacerdotal traditionnel. C'est pourquoi apparaîtront des conflits entre ces nouveaux Ordres et les clercs séculiers (prêtres et évêques).

Voici en résumé les caractèrs particuliers de cette nouvelle forme de vie religieuse qui est approuvé par l'Eglise malgré les résistances des moines et des évêques locaux.

1. La pauvreté individuelle et collective

Les moines observent une pauvreté personnelle ou individuelle, mais non pas collective, car ils possèdent de grands domaines fonciers et des ressources financières importantes dans bien des cas. Même s'il y avait eu de nombreuses réformes visant à un retour à un idéal évangélique de pauvreté, petit à petit les abbayes étaient redevenues des institutions puissances du point de vue social et économique.

Les "mendiants" refusent cette puissance. Voilà une des nouveautés qu'ils introduisent dans la vie religieuse. La vie pauvre s'impose à eux avec une coloration christologique et évangélique: imiter le Christ pauvre et ainsi se rendre libre pour l'apostolat. Cette place centrale de la pauvreté n'est toutefois pas entendue de la même façon pour tous les "mendiants". Les franscains, par exemple, choisissnet la vie pauvre comme un idéal en soi, comme une fin en elle-même, je dirais, tandis que les dominicains la considèrent comme un moyen pour l'apostolat (en donnant l'exemple d'une vie évangélique ils toucheront plus facilement ceux à qui s'adresse leur prédication. Malgré ces teintes différentes, tous les Ordres mendiants s'imposerpont la mendicité itinérante pour subvenir à leurs besoins et se dédier plus librement à la prédication et au témoignage évangélique. C'est une grande nouveauté, car les moines devaient rester tout le temps dans leur monasteres où ils attiraient les gens vers eux. Les "mendiants" choisissent , au contraire, d'aller vers les gens.





2. L'activité apostolique

L'activité apostolique ( nous dirions la mission) est le moteur principal de la vocation des "mendiants". Cette dimension apostolique (ou missionnaire) est très évidente chez les dominicains. Chez les franscicains, elle est moins présente au point de départ ( parce que c'étaient des laïcs uniquement), mais après la cléricalisation de l'Ordre. Ils se consacreront à une servie oublié et abandonné dans l'Eglise celui de la prédication et de l'éducation de la foi. Leur style de vie va s'en ressentire. Ils se construiront des rédidences simples (des couvents) près des gens, dans les villes, au contraire des monastères qui s'établissaient dans des endroits éloignés et à l'écart. Ils ajouteront petit des exigences de préparation académique (intellectuelle) adéquate près des Universités où ils vont jouer un rôle important par les professeurs issus de leurs rangs.

C'est ainsi que l'idéal de la mendicité va à la longue s'étioler et perdre de sa force. Les Ordres mendiants (aujourd'hui c'est bien évident) se sédentarisent, ils s'installent dans leurs couvents, ils deviennent des religieux conventuels plutôt que des religieux itinérants. Ils se rapprochent aussi de la hiérarchie (évêques et prètres) pour mieux se distinguer des groupes hétérodoxes anticléricaux et antihiérarchiques.

3. La fraternité

Le sens de la fraternité est étroitement lié à la pauvreté à cette époque de la création des Ordres mendiants. Tous s'apellent frêres. Ils récusent toute domination des uns sur les autres. Les "classes sociales" disparaissent. Les abbayes retenaient des divisions fondées sur la naissance ou sur la richesses (le systême de dots ou des legs). Les formes nouvelles de vie religieuse ne font plus de distinctions. Ils admettent des docteur en théologie v.g. saint Antoine d Padoue que des illetrés et des analphabètes. Leurs portes sont grandes ouvetes. Les fondations de congrégations d'ermites les avaient déjà précédé sur ce terrain. Il y a là une contestation implicite du système féodal très hiérarchisé. Avec le temps il se recréera une distinction entre les freres laïcs et les frères prêtres à mesure que va s'accentuer la cléricalisation des Ordres mendiants, mais cette distinction n'enlèvera pas l'égalité de tous dans la communauté. Leur nom même sera toujours celui de "frère" et non de "père" comme les autres religieux.

4. L'itinérance et la stabilité

Dans le monachisme ancien l'exil pour le Christ comme nous l'avons vu était une forme de pénitence. Le monachisme au Moyen Age abandonne cette coutume qui se transfèrent dans celle des pélérinages et promeut la stabilité du moine dans son monastère. Les Ordres mendiants vont associer d'une part une certaine stabilité pour favoriser la vie communautaire et d'autre part une certaine mobilité ou itinérance requise pour la prédication et la mendicité. Ils désirent ainsi imiter la "vita apostolica", la vie des apôtres selon le modèle des premières communautés chéritiennes. Le mouvement des frères mendiants qui est avant tout un phénomène urbain favorise comme une synthèse entre la fuite du monde, classique dans la tradition monastique et un insertion dans le monde, une incarnation, pour construire le Royaume de Dieu dans la cité terrestre. Cette situation nouvelle des religieux qu'ils veulent être amènera la création d'une place juridique propre à cette forme de vie et elle entraînera une spiritualité nouvelle. Ils vont ainsi contribuer à développer dans la société de leur temps des valeurs de fraternité, des Tiers-Ordre, une conception plus démocratique des relations sociales etc.



En conclusion on pourrait dire que les Ordres mendiants sont comme la sythèse de toutes les expériences précédentes: celles du monachisme classique, celles des clers réguliers et celles des prédicateurs itinérants laïcs.

Le "frère" sera un type de chrétien présent dans tous les lieux où l'évangile doit être proclamé, jusque dans les plus petits centres ou dans les régions les plus perdues.

Après Boniface VIII (+1303) qui a résolu la question de l'existence juridique des Augustins et des Carmes (le Concile de Lyon en 1274 leur avait nier cette reconnaissance) les Ordres mendiants étaient au nombre de quatre: les Franciscains, les Dominicains, les Carmes et les Augustins. Actuellement selon l'Annuario Pontificio ils sont au nombre de 17, comprenant plusieurs réformes des Ordres anciens.







Hermann Giguère, professeur

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Mis sur le site le 20 janvier 2001


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