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LES MYSTIQUES RHÉNANS, LES MYSTIQUES ANGLAIS, L'HÉSYCHASME

© DROITS RÉSERVÉS COPYRIGHT
HERMANN GIGUÈRE
(QUÉBEC) 2003


La mystique spéculative (Wesenmystik)

Elle a eu une influence très grande dans l'histoire de la spiritualité et encore aujourd'hui. Elle a plusieurs noms dont celui de mystique de l'essence.

4.1 Sources et développements

a) problématique de ces personnes

b) inspiration théologique

a) La problématique

Nous sommes en face de personnes qui vont essayer de faire une théorie de la vie mystique. L'union à Dieu que décrivent les mystiques, les termes époux-épouse. Mais en théologie, comment deux réalités aussi différentes: d'un côté Dieu, le Tout, l'Etre infini, et de l'autre, l'homme, créature, limité dans le temps, corporel, enraciné dans la matière, comment ces deux réalités peuvent-elles vraiment communiquer ensemble comme époux et épouse? Est-ce seulement de la poésie? Quelle est la réalité derrière cela? C'est une question d'ordre un peu métaphysique.

b) L'inspiration théologique

Ce sont surtout les Dominicains qui, les premiers, vont s'attaquer à cette question. Ils le font parce qu'ils sont souvent directeurs spirituels de ces mystiques laïcs, hommes et femmes. Et aussi parce qu'ils sont, dans plusieurs cas, des gens qui eux-mêmes vivent ces expériences mystiques, comme maître Eckhart qui était théologien et mystique.

L'inspiration fondamentale, comme grille de lecture, ils l'empruntent en grande partie à un courant théologique qui passe par saint Albert le Grand qui n'était pas dans le courant thomiste. C'est le courant albertien.

Ce courant est une sorte de résumé de philosophie et de théologie qui remonte à des sources plutôt platoniciennes et néo-platoniciennes et même musulmanes à travers des philosophes arabes en Espagne comme Avicenne et Averroès, plutôt que de la philosophie aristotélicienne comme telle.

Donc le principal propagateur, au Moyen Age sera Thomas d'Aquin. Si tous avaient été thomistes, ils auraient été très réservés sur les extases et les phénomènes mystiques.

Aristote est le premier qui a fait la théorie de l'analogie dans la connaissance où on procède par paliers, abstraction et une certaine immatérialité, spiritualité. On passe de plus connu au moins connu. Il y a des degrés.

Tandis que dans la perspective platonicienne et néo-platonicienne, la connaissance d'un objet créé ne procède pas comme cela par processus d'analogie. Au point de départ, il y a une réalité qui existe déjà. Le processus de connaissance consiste à dégager ce qui empêche de voir la réalité qui est là. Platon appelle cela des idées ou un archétype, quelque chose en germe.

Dans la perspective de ces mystiques, ils vont appliquer cela à la vie mystique. Il y a dans le fond de l'âme, au point de départ, quelque chose de caché, de divin dans l'âme, à l'intérieur. L'âme a une pointe qui est divin et c'est cela qu'il faut dégager, découvrir, se laisser répandre. Dans ce fond de l'âme, il y a une étincelle de divinité, en latin "scintilla animae", qui est Dieu lui-même.

Cette façon de voir n'est pas en soi du panthéisme. Saint Pierre, dans ses lettres dit que, par grâce, nous sommes participants de la nature divine. Mais il y a un danger de panthéisme si c'est mal perçu. On peut en venir à dire: "l'âme est Dieu". Le fond de l'âme, en allemand: "Grund Seile". Jean de la Croix va dans cette ligne: distance infranchissable entre la créature et Dieu, une nuit entre.

4.2 Les mystiques rhénans

Les principaux représentants sont surtout en Allemagne, autour du Rhin. Il y a trois Dominicains entre autres.

4.2.1 Maître Eckhart, vers 1260-1327

C'est un professeur de théologie, un maître en théologie. Il est aussi un très grand mystique. Il est mort quelques années avant d'être condamné par un concile. De son vivant, il a eu des difficultés avec un théologien et avec les théologiens du Vatican.

Certaines de ses oeuvres furent mises sous réserves après sa mort. Eckhart a eu des difficultés spéciales reliées à la langue elle-même. Certaines de ses oeuvres sont écrites en allemand et d'autres en latin. L'allemand, à cette époque, était une langue en formation, comme le français de François de Sales. Une langue en recherche de sorte qu 'il est difficile aujourd'hui de savoir exactement ce que certaines expressions voulaient dire.

C'est son oeuvre en allemand qui a atteint le grand public. On a 233 manuscrits de sermons. Il n'y en a qu'une centaine dont nous sommes sûrs qu'ils sont de Eckhart. Ils sont en train d'être publiés. Le Père Yves Girard, trappiste de Oka, dans son livre: La solitude graciée, a de nombreuses citations de Eckhart et Tolère. C'est la preuve qu'ils sont encore à point aujourd'hui.

Dans son oeuvre latine, l'allure est scolastique, plus rebutante. C'est un commentaire du Notre Père, des questions parisiennes, c'est-à-dire des disputes scolaires. Il y a aussi un commentaire sur des propositions théologiques.

Le personnage. Il va faire ses études chez les Dominicains et aura souvenir de saint Albert le Grand. Il sera prieur de son monastère. Il enseigne à Paris comme théologien et reçoit le titre de maître en théologie. A Strasbourg, il est directeur des études ou Studium. Il a de nombreux disciples.

IL enseigne la théologie à Cologne. Un évêque le poursuit à cause de sa doctrine. On l'oblige à défendre son enseignement devant un tribunal. Il est condamné et se soumet. En 1327, il fait une protestation solennelle et publique d'orthodoxie. Après sa mort, vingt-huit propositions sont condamnées. Mais aujourd'hui, il est difficile de savoir si vraiment il a soutenu les propositions condamnées comme étant ses idées.

4.2.2 Tauler, 1300-1361

Né à Strasbourg en Alsace, il va être un personnage beaucoup plus torturé que Eckhart. Il va connaître Eckhart et être son disciple. Après la condamnation de ce dernier, il sera mal à l'aise. Il va continuer un enseignement mais sera attentif a respecter les limites de la condamnation. Il est célèbre par ses sermons, c'est un prédicateur. Il n'a pas été condamné parce qu'il a eu l'habileté de ne pas écrire en latin. Ce sont les écrits latins de Eckhart qui furent condamnés.

4.3.2 Suso, 1295-1366

IL est assez surprenant par certains côtés de son expérience spirituelle. Il a eu des états mystiques assez prononcés avec un accent assez fort dans la ligne "sado-masochiste". Il a une vision plus psychologique et plus psychanalytique.

Il a une première conversion à l'âge de dix-huit ans. Il a un ascétisme et il a cultivé la mortification à l'excès. Mais c'est le Moyen Age où les tortures étaient courantes, les flagellations sur la place publique, etc.

Il étudie chez les Dominicains et y entre. Mais il ne fait pas d'études supérieures. Il est prédicateur et conseiller spirituel recherché. Il s'installe en Suisse à Constance. Puis à Ulm en Allemagne et là il exerce son apostolat principal.

Contrairement à Eckhart et Suso, dont les ouvrages étaient des notes de disciples ou dictés, il a écrit plusieurs ouvrages composés. Il a écrit le Petit livre de l'amour et une série de sermons édités par Madame Jeanne Ancelet-Hustache.

Du point de vue des mystiques, l'école rhéno-flamande est la plus importante dans les écrits et dans la réflexion théologique.





4.3 Jean de Ruysbroeck, dit l'Admirable 1293-1381

Eckhart, Suso, Tauler étaient des Allemands et des Dominicains. Ruysbroeck est un Néerlandais, un Flamand. Il n'est pas du même réseau mystique que celui de la région de Cologne. Il est prêtre de la région de Bruxelles.

Il est celui qui va représenter en grande partie les Allemands dans les Flandres (Belgique actuelle). Il n'est pas à situer directement dans le même esprit. Il aura des disciples et sera à l'origine d'une autre école de spiritualité, celle de Gérard le Grand ou Groote, laïc, qui sera un des fondateurs de la Devotio moderna et des Frères et Soeurs de la vie commune, de la fin du XIVe siècle, avec dans caractéristiques différentes.

Ruysbroeck est un point charnière, avec l'esprit spéculatif des Allemands et faisant la jonction avec une inspiration beaucoup plus psychologique, qui analyse les états intérieurs de ce qui est vécu. Cette lecture plus psychologique sera transmise à la Devotio moderna et deviendra une caractéristique dominante dans les siècles ultérieurs. On la retrouvera chez Thérèse d'Avila et dans l'école anglaise.

L'aspect psychologique est plus important. On regarde plus la résonance en soi des états intérieurs. Ca passera en bloc dans l'inspiration de la spiritualité par après. Chez Ignace de Loyola par exemple, les critères de discernement spirituel sont psychologiques.

Ruysbroeck est un disciple des mystiques du Rhin, mais il est aussi à l'origine d'une autre école de spiritualité qui transmettra à la spiritualité moderne, ses intérêts.



Sa vie

Il est peut-être le plus grand mystique hollandais. Né en 1293, il mourra en 1381. Il fut ordonné prêtre à l'âge de vingt-quatre ans. Il fait partie du clergé de la Collégiale de Sainte-Gudule à Bruxelles. C'est une église de chanoines. Il est en contact avec plusieurs Béguines. Il a à conseiller ces laïques et à exercer un discernement spirituel car il y avait des exagérations.

En 1343, il se retire dans un ermitage, la Vallée verte ou Groenendael près de Bruxelles. Il entre chez les Chanoines de saint Augustin et devient prieur jusqu'à sa mort en 1381. Il a vécu une expérience mystique personnelle très forte.

Caractéristiques de son enseignement

a) Il est dans la ligne des mystiques rhénans. Il fait plutôt figure de disciple rhénan que de chef d'une école nouvelle. Il s'inspire beaucoup de Maître Eckhart, saint Augustin, Pseudo-Denys, Bède la Vénérable, un anglais et saint Bernard.

b) Il va présenter la vie spirituelle sous le mode d'un certain exemplarisme. Il conçoit la vie surnaturelle comme un mouvement d'expansion, comme un flux et un reflux, un mouvement de retour, de passage de la diversité à l'unité.

Il prend le modèle de ce mouvement dans la Trinité: trois personnes en même temps qu'une. La vie de la Trinité est le modèle de cette dynamique: diversité et unité en même temps. Notre vie spirituelle reproduit ce mouvement.

Il l'identifie beaucoup à une théologie de saint Augustin. En l'homme, il y a trois facultés spirituelles, la mémoire, l'intelligence, la volonté, mais un seul esprit. L'homme doit descendre en lui-même à travers ces facultés et arriver à faire l'unité. C'est une sorte de théorie de la vie spirituelle qui s'élabore sur une certaine lecture ontologique. C'est un aspect plus spéculatif de sa mystique.



c) Il divise la vie spirituelle en trois étapes importantes: la vie active, la vie de désir de plus en plus grand de Dieu et la vie contemplative. En s'associant à la vie des trois personnes divines, l'homme arrive à l'union sans différence, à l'image de la Trinité où la nature divine est unique. Il ne laisse pas d'équivoque sur la distinction de Dieu et de la créature comme en laissait Tauler etc. Pas de panthéisme, pas d'équivoque. Aucune créature ne devient Dieu.

d) Le psychologisme ou introversion

Il s'intéresse à analyser ce qui se passe à l'intérieur de lui. Il décrira beaucoup les phénomènes mystiques corporels ou somatiques. Il parlera des révélations, des visions et va être amené à élaborer certains critères de discernement des esprits. Le principal critère: les faux spirituels se trahissent par leur insuffisante charité et leur orgueil.

Conclusion

Cette mystique spéculative en Rhénanie et Flandres (Allemagne et Belgique) a connu une floraison assez éphémère, sur cinquante ans peut-être, mais son influence a été très grande et durable dans la suite des siècles et des générations. Pour mesurer son influence, il ne faut pas regarder de façon horizontale, mais en profondeur, de façon verticale: ça traverse l'histoire.

5. L'école anglaise

Les Anglo-saxons. Le XIVe siècle fut aussi la période mystique de l'Eglise en Angleterre, mais ils sont pour la plupart des solitaires. Ils ne font pas partie d'un réseau aussi serré qu'en Allemagne. Cette école est aussi beaucoup plus centrée sur l'aspect pratique de la spiritualité; il sont moins portés sur la spéculation.

5.1 Richard Rolle vers 1249-1349

Sa vie couvre exactement la période de l'effloraison mystique. Il étudie à l'université d'Oxford. A dix-neuf ans, il interrompt ses études et se fait ermite. Certains pensent qu'il a fait des études à Paris, mais ce n'est pas sûr.

Il sera ermite pendant une longue période de sa vie, puis directeur spirituel de moniales cisterciennes. Il a été beaucoup un conseiller spirituel. Il y a beaucoup d'émotivité et de sentiments dans son expérience. Il a écrit plusieurs traités, entre autres: L'incendie de l'amour.



Caractéristiques. Cet aspect où il voit la vie spirituelle un peu autour de la distinction classique empruntée au Pseudo-Denys: trois étapes: une de purification, une d'illumination et une unitive ou d'union à Dieu.

L'étape d'illumination, il la décrit en termes très chaleureux. Il va mettre une atmosphère embrasée d'amour du Seigneur et beaucoup de sentiments. Grande intensité émotive de son expérience (chant intérieur, douceur, chaleur sentie). Donc un accent plutôt mis sur l'émotion dans les états intérieurs. Cela est plus dangereux pour les illusions, comme les illuminés en Espagne.

5.2 Walter Hilton, +1396

On ne connaît presque rien de sa vie. C'est un chanoine de saint Augustin, puis un ermite. Il a écrit un ouvrage très célèbre: L'échelle de la perfection.

Il utilise l'image suivante: la connaissance spirituelle de Dieu est une connaissance qui se fait comme à travers les paupières fermées devant une forte lumière. Il y a quelque chose de la divinité du Christ qui est perçue, mais c'est une vision purement spirituelle. Contrairement à Richard Rolle, il va désapprouver beaucoup les expressions somatiques comme pleurer, chaleur, etc, qui ne sont pas de vrais sentiments spirituels, mais dans l'imagination. Les sentiments spirituels ne sont sentis qu'à l'intérieur de l'âme, au coeur de la personne. Jean de la Croix est dans cette ligne. Il est très réservé, très restrictif face aux représentations corporelles ou somatiques.

5.3 Le nuage de l'Inconnaissance vers le milieu du XIVe siècle

The Cloud of Unknowing est un ouvrage anonyme anglais qui est encore édité aujourd'hui. Cet ouvrage classique de spiritualité est très influencé par la théologie du Pseudo-Denys. Théologie apophatique ou négative. C'est une approche de Dieu par l'oubli des créatures. Il favorise l'abandon de toute image, de tout concept dans l'esprit, afin d'entrer dans le nuage ou la ténèbres qui est une non-connaissance de Dieu.

Dieu ne peut pas être connu par les forces naturelles de l'intelligence. Il est le Transcendant, le tout-Autre. La meilleure façon de l'atteindre est d'entrer dans cette ténèbres ou cette nuit de Dieu lui-même.

Il va très loin là-dedans. Cette entrée dans le nuage amène la disparition de toute pensée sur l'humanité du Christ et sur sa passion. C'est presque hérétique. Il y a danger d'évacuer la dynamique du mystère de l'Incarnation. Sainte Thérèse d'Avila réagira et dira que c'est une erreur parce que le salut nous vient par le Christ mort et ressuscité.

Il est très ouvert aux manifestations sensibles de la présence de Dieu. Il dit que le bonheur de l'âme dans l'union mystique déborde parfois dans le corps en douceur et réconfort. Ce n'est pas essentiel, mais ce n'est pas à rejeter. C'est un ouvrage rempli d'humour et de liberté d'expression.

5.4 Julienne de Norwich, vers 1342-1413

Norwich est une ville du nord de l'Angleterre, un peu au nord de Cambridge, sur la mer du Nord. Julienne est une figure des plus attachantes parmi les mystiques. C'est une femme qui a vécu comme recluse près de l'église de Saint-Julien à Norwich. Elle a connu de très grandes extases et a vécu des phénomènes mystiques extraordinaires.

Son expérience principale, elle la vit à trente ans. Elle fait une expérience de rencontre avec le Christ sur la croix. Pendant une longue journée, elle est paralysée et respire à peine. Elle reçoit une connaissance intérieur de la passion qu'elle décrit dans ses ouvrages.

On peut penser qu'elle avait vraiment une facilité à somatiser ses émotions. Ses visions de la passion sont des visions entièrement conformes aux représentations des souffrances du Christ dans l'art médiéval. Il y a l'aspect humain des souffrances du Christ comme dans les vitraux des cathédrales.

Pour elle, l'amour de Dieu n'est pas l'amour d'un père, mais un amour plus intime et plus tendre, celui d'une mère. Elle parle de Dieu et du Christ comme notre véritable mère. Elle utilise un vocabulaire maternel pour parler de Dieu, se dissociant du courant traditionnel qui voit Dieu comme père.

Elle voit Dieu comme mère de plusieurs façons. Dieu est notre mère selon la nature et selon la grâce, parce que l'aide et le service d'une mère sont plus proches de nous que celui d'un père. Dieu nous nourrit dans l'Eucharistie comme une mère nourrit ses enfants. Pour elle, le mot de mère est si beau qu'il ne devrait désigner que Dieu seul.

6. En Orient: Grégoire Palamas 1296-1359 et l'hésychasme

6.1 Le courant hésychasme

a) Définition.

C'est le principal courant spirituel dans l'Eglise d'Orient. Le mot vient du grec: hesuchia qui signifie tranquillité, repos, solitude. Ce courant a une tendance mystique. C'est une façon de présenter la vie spirituelle en Orient, qui insiste sur deux éléments.

D'abord il s'appuie sur une tradition qui est celle de la prière de Jésus: répétition soit du nom de Jésus, soit de la formule: Seigneur Jésus, Fils de Dieu, aie pitié de moi.

Il est constitué d'une technique psycho-physiologique, technique qui consiste à utiliser sa respiration et à centrer son attention sur son propre corps lorsqu'on prononce le nom de Jésus. Les hésychastes furent traités d'onphalopsychistes, c'est-à-dire de mettre leur spiritualité dans le nombril. Ils sont strictement centré sur le nombril.

Le but est d'atteindre le calme, le repos et la paix. C'est une technique de concentration. Dans ce courant va se développer une spiritualité qui attachera beaucoup d'importance aux aspects psycho-physiologiques.

b) Notes historiques

Cela va commencer au IVe siècle chez les Pères du désert. Ils utilisaient déjà une métanie ou technique de répétition. Ca s'est beaucoup développé au Ve siècle avec Diadoque de Photicée, moine, et au VIIe siècle avec saint Jean Climaque qui a écrit: L'échelle du paradis, et avec saint Maxime le confesseur.

C'est, à partir du Ve siècle, quelque chose qui va devenir très important dans la Péninsule du Sinaï. On va commencer à les appeler les hésychastes: celui qui va chercher de façon consciente cette tranquillité de l'esprit et du corps et dans le monde de ses pensées, le calme et la paix en vue de la contemplation, de l'oraison d'union à Dieu. Il y a une orientation assez mystique dans ce courant.

En 1054, Michel Cérulaire patriarche d'Orient fait le schisme entre l'Orient et l'Occident. Après le schisme, l'hésychaste s'organise petit à petit dans une méthode beaucoup plus stricte de contemplation, dans la Péninsule du mont Athos en Grèce, qui est une république monastique indépendante encore aujourd'hui.

Comme ce sera le cas du côté de l'Occident, il y aura des disputes entre les théologiens et ceux qui pratiquent cette méthode avec des aspects mystiques, qui sera combattue par des théologiens, comme dangereuse.

6.2 Grégoire Palamas, 1296-1359

6.2.1 Sa vie

Grégoire Palamas est un théologien qui prend la défense des moines qui vivent cette spiritualité. Il sera d'abord moine. Il abandonne ses études à vingt ans et entre avec deux de ses frères et des amis au mont Athos. Il va devoir quitter le mont Athos à cause de l'invasion turque et va dans la ville de Thessalonique au nord de la Grèce. Il est ordonné prêtre et se retire avec dix moines dans un ermitage. Ils y vivent durant cinq jours en parfait silence et en prière continue. Puis le samedi et le dimanche, ils vont à la liturgie et ont des conversations avec d'autres.

A la fin de sa vie, il a des controverses avec un théologien oriental qui veut combattre ces techniques qu'il juge beaucoup trop matérialistes. Ca nous vaut ses principaux écrits. Il devient évêque. En 1351, il y a une déclaration d'orthodoxie de son enseignement par un concile convoqué par l'empereur. Peu de temps après sa mort, il sera canonisé par l'Eglise grecque en 1368. Il avait une réputation de sainteté.

6.2.2 Sa doctrine ou son enseignement

a) Il a précisé certains points. Sa doctrine est une mystique engagée. Il s'appuie sur l'Incarnation, les sacrements qui en découlent et la vie de l'Eglise. Il est un peu un mystique engagé, analogue à saint Bernard et Catherine de Sienne.

b) Une mystique de gloire, d'illumination. Au centre de son expérience mystique, il y a le Christ glorifié

plutôt que le Christ crucifié. Pour lui, le mystique ne désire pas tellement participer aux souffrances du Christ, mais à sa vie de Ressuscité. C'est une des caractéristiques de la spiritualité orientale.

La vie de Ressuscité est représentée pour lui dans l'Evangile par le mystère de la Transfiguration sur le mont Thabor. C'est important pour lui. Il connaît la mystique de ténèbres du Pseudo Denys, mais il ne s'oriente pas de ce côté. Mystique de la lumière, lumière divine qui rayonne derrière cela.

c) L'homme tout entier, corps et âme entre dans la vie mystique. Il a une vision de l'homme comme un être qui est un. C'est la totalité de la personne qui entre dans la vie mystique. Il sera très ouvert aux retombées corporelles et sensibles de l'expérience spirituelle. Le corps participe de la grâce reçue par l'esprit, il entre en harmonie avec la grâce. D'une certaine manière, il sent le mystère ineffable dans l'âme.

d) Pour lui, la contemplation n'est pas seulement le renoncement et la négation, mais l'union déifiante qui rend participant de Dieu. Il y a danger d'illuminisme dans cette vision et cela demande beaucoup plus de discernement.

Ce qui produit l'union avec Dieu, c'est qu'il y a en moi quelque chose qui vient de Dieu et qui est Dieu: les énergies divines. Cela fait partie de Dieu, mais ce n'est pas l'essence de Dieu. Ce n'est pas l'étincelle dont parlaient les mystiques de l'essence. Ces énergies divines sont inséparables de l'essence divine. Ca me permet d'être déifié en Dieu.

Il y a des discussions là-dessus. Ce concept est délicat et imprécis: distinguer en Dieu l'essence et les énergies divines. Pour lui, les énergies sont

inséparables de l'essence divine, sans s'identifier avec elle. La lumière du mystique, dans sa vision, ce sont les énergies divines.

C'est la même question qui se repose toujours. C'est un peu une théorie de la vie mystique. Ca reste une question ouverte parce qu'il n'est pas très facile d'expliquer la problématique de l'union de l'Incréé avec la créature limitée.



Conclusion générale

Le but du cours était de donner une vision d'initiation à l'Histoire de la spiritualité. Ce n'est donc pas vu en profondeur. Un autre but était de retrouver dans ces expériences quelque chose de valable et d'encore éclairant aujourd'hui. J'espère que ce parcours aura pu répondre à ces attentes et qu'il vous permettra d'entrer de plus en familiarité avec nos devanciers et nos devancières "chercheurs" et "chercheuses" de Dieu, comme nous désirons l'être nous aussi aujourd'hui.



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Mise à jour le 29 août 2016

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