Les charismatiques en force aux funérailles de leur bienfaiteur. Ils honorent le pape qui les a sortis de la marginalité

tiré du journal LE FIGARO du 7 avril 2005


Elie Maréchal
[07 avril 2005]

La tête d'enterrement, ce n'était pas pour eux, ces centaines de jeunes qui, hier soir à Paris, prenaient le train pour Rome afin d'y participer aux obsèques de Jean-Paul II. Ils s'apprêtaient à passer la nuit dans le train, pour arriver ce matin à 10 heures dans la Ville éternelle. De Bayonne, de Toulon, d'Angers, d'Annecy, de Cahors, du Mans, de Lille, de Lyon, de Rennes, de Nice, des trains, des cars, voire des avions, emmèneront aussi des dizaines et des dizaines de pèlerins. Ceux-ci viendront grossir la foule cosmopolite de ceux que l'on peut appeler aujourd'hui les orphelins de Jean-Paul II.

Antoine, Parisien de 19 ans et membre de la communauté de l'Emmanuel, a repoussé à plus tard sa préparation du baccalauréat.

Avec Damien, il a formé le projet d'aller en voiture aux funérailles du Pape. Bien vite, le nombre de candidats à ce voyage les a submergés. Solution de recours : affréter un train. Sitôt dit, sitôt fait. «Ce projet, monté rapidement, suscite stress, inquiétude, mais tellement de joie aussi, raconte Antoine. Beaucoup de gens avaient le même désir que nous. Le bouche-à-oreille a fait le reste. Fabuleux !»

Téléphones portables, courrier électronique, Internet ont fonctionné à plein pour remplir, en une seule journée, un train de 850 places, moyennant 170 euros pour un aller et retour en place assise (220 euros en couchette). Jusqu'au dernier moment, de nouveaux inscrits sont arrivés : des jeunes, des familles, des plus âgés, des Parisiens, des provinciaux... Là-bas, ce soir, ce sera nuit à la belle étoile et les repas à la fortune du pot. Dès le départ de Paris, des prêtres et des jeunes laïcs ont proposé prière et méditation : il s'agit d'un pèlerinage, avant tout.

Pour Antoine, «c'est un événement unique et historique, comme la chute du mur de Berlin. Beaucoup, loin de tomber dans le culte de la personnalité, souhaitent ainsi montrer leur attachement à Jean-Paul II et à l'Église. Quand on a de l'estime et de l'affection pour quelqu'un, on le manifeste.» Elle aussi membre de la communauté de l'Emmanuel, Céline ajoute : «Nous espérons être aussi nombreux à Rome pour la première messe du prochain pape.» Antoine et Damien sont déjà partants : la préparation du bac attendra encore.

L'idée a été la même dans d'autres communautés nouvelles, telle celle du Chemin-Neuf : un car de 50 personnes quittera Lyon aujourd'hui à 17 heures. Il a aussi fallu refuser du monde, envisager un car supplémentaire au départ de Paris.

Même si beaucoup de communautés charismatiques sont nées avant le pontificat de Jean-Paul II, elles ont grandi, se sont épanouies avec lui et affirment toutes avoir beaucoup reçu de lui, alors que la suspicion ecclésiastique les marginalisait souvent à leurs débuts. Elles plongent leurs racines dans le protestantisme américain, fleurissent au lendemain du concile Vatican II (1962-1965), réchauffent l'atmosphère des églises.

La communauté du Chemin-Neuf, à vocation oecuménique, a vu le jour en octobre 1973 à Lyon. Fondée par deux laïcs à Paris en 1972, celle de l'Emmanuel est vite passée, sous Jean-Paul II, de quelques centaines d'hommes ou de femmes pris pour des hurluberlus, à 7 200 membres actuellement, dont 3 600 en France, à qui sont confiées des paroisses (23) et qui donnent prêtres (160), évêques, soeurs consacrées (150), coopérants (130). Les «chacha», comme on les surnomme, sont les jeunes pousses – les plus vigoureuses – de la «génération Jean-Paul II». Ils ne sont pas là pour pleurnicher, mais évangéliser.

Article du journal LE FIGARO 7 avril 2005